Actualité du dopage



L'"opération Puerto", une enquête inachevée

24/03/2007 - Le Monde - Stéphane Mandard

Extraits

Au quartier général de la Guardia Civil (...) à Madrid, les enquêteurs à l'origine de l'"opération Puerto" balancent entre frustration et impatience. Frustration, après que le juge d'instruction madrilène Antonio Serrano a décidé (...) de classer sans suite le dossier qui avait pourtant révélé l'existence d'un vaste réseau de dopage sanguin dans le milieu cycliste professionnel. Impatience, depuis que le parquet de Madrid puis l'Etat espagnol ont interjeté appel, laissant ouverte la possibilité d'une reprise des investigations.

Pour le juge Serrano, aucun des huit prévenus - à commencer par le cerveau présumé du réseau de dopage, le médecin Eufemiano Fuentes - ne s'est rendu coupable d'"atteinte à la santé publique", seul délit pour lequel ils étaient poursuivis en l'absence d'une loi pénalisant le dopage (...) au moment des faits. Dans le recours en annulation qu'il a déposé jeudi 22 mars, rapporte le quotidien El Pais dans son édition de vendredi, l'avocat de l'Etat estime que le classement de l'"opération Puerto" est intervenu "de façon précipitée et surprenante".

L'avocat de l'Etat déplore que plusieurs investigations, pourtant (...) autorisées par le magistrat instructeur, n'aient pas été menées à leur terme. Ainsi, le juge n'a-t-il demandé aucune expertise pharmacologique pour chercher à savoir si les (...) médicaments de contrebande (hormones de croissance ou érythropoïétine (...) fabriquées en Chine) saisis par la police pouvaient être dangereux pour la santé.

Selon des sources policières, le magistrat n'a pas non plus demandé que soient analysées la centaine de poches de sang retrouvées dans un congélateur et destinées, selon le rapport de la police, à être transfusées à des coureurs tels Jan Ullrich ou Ivan Basso. Sur les 99 poches de plasma saisies, seules huit ont fait l'objet d'une recherche d'EPO, positive dans tous les cas. Les autres n'ont pas été traitées, le laboratoire antidopage de Barcelone n'ayant pas été payé par la justice espagnole.

Autre piste avortée, le juge n'a entendu qu'une douzaine de coureurs sur les 58 identifiés par la Guardia Civil comme "clients" du docteur Fuentes, au prétexte qu'aucun ne s'était plaint de problème de santé. (...)

Le juge n'a par ailleurs jamais entendu Jesus Manzano, partie civile dans ce dossier. Ce sont pourtant les révélations de l'ancien coureur - il avait notamment déclaré avoir frôlé la mort lors du Tour de France 2003 à la suite d'une transfusion sanguine - qui ont mis les enquêteurs sur la piste du docteur Fuentes. En novembre, affirme Jesus Manzano, l'avocat de Manolo Saiz (...), un des huit prévenus avait proposé 180 000 euros à son avocat pour qu'il se retire du dossier.

"Le juge ne m'a même pas appelé pour m'entendre. S'il me convoque, je lui expliquerai tout ce que je sais, qu'il y avait des footballeurs parmi les clients de Fuentes. Et ils n'y allaient pas pour se faire prescrire des compléments alimentaires. Mais le problème, c'est qu'en Espagne on ne touche pas à des dieux !", avait déclaré au Monde l'ancien coureur le 11 décembre 2006. Aujourd'hui, Jesus Manzano se dit "écoeuré".

(...)

Eufemiano Fuentes lui-même a reconnu avoir compté parmi ses clients (...) des footballeurs, des athlètes et des boxeurs. Les enquêteurs de l'"opération Puerto" ont acquis la conviction que le docteur Fuentes ne proposait pas uniquement ses services à des coureurs. Quelques boxeurs et athlètes apparaissent bien dans le dossier d'instruction, mais la police n'a pas pu démontrer jusqu'à aujourd'hui qu'ils avaient utilisé le réseau de dopage mis en place par le docteur Fuentes.

L'avocat de l'Etat reproche au juge Serrano de ne pas avoir exploité les données contenues dans les disques durs des ordinateurs saisis par la Guardia Civil. Si le dossier est rouvert, l'analyse de leur contenu pourrait mettre les enquêteurs sur de nouvelles pistes. A commencer par l'ordinateur d'Alberto Léon, ancien coureur de VTT, que la police soupçonne d'avoir été l'homme à tout faire d'Eufemiano Fuentes, en assurant le transport des produits ou encore en nettoyant les appartements où avaient lieu les manipulations sanguines.

Selon nos informations, l'ordinateur du docteur Fuentes ne recèlerait, lui, que des documents d'ordre familial. Concernant ses "clients" sportifs, le médecin consignait ses informations sur des fiches papiers qu'il conservait avec lui aux Canaries, où il vit depuis plusieurs années.

"Je vais essayer de donner un coup de main à la Guardia Civil : il est possible que les fiches des footballeurs ne se trouvaient pas là où ils ont perquisitionné", avait déclaré au Monde Eufemiano Fuentes, lors d'un entretien réalisé en décembre (...). La police espagnole n'a perquisitionné que les appartements madrilènes du docteur Fuentes.

Lire l'article en entier


Cette page a été mise en ligne le 25/3/2007.