Actualité du dopage



La grande "famille" du vélo

26/07/2008 - Le Monde - Benoît Hopquin

Extraits

Dans le Tour de France, depuis des années, les coureurs français ressemblaient au frère de Pin-Pon, héros de L'Eté meurtrier de Jean Becker. Ce cycliste amateur partait chaque dimanche matin de la maison en promettant : "J'vais gagner, merde !", et revenait chaque dimanche soir en râlant : "J'ai perdu, merde !" Abonnés aux échappées fleuves, nos tendres chérubins étaient voués à être dévorés dans les derniers kilomètres par un peloton d'ogres. Or les voilà qui cette année cueillent les bouquets à pleines brassées ! Vendredi 25 juillet, (...) Sylvain Chavanel (Cofidis) a remporté une troisième victoire française.

La veille, Chavanel avait annoncé qu'il quittait (...) Cofidis pour (...) Quick-Step. Avec ce changement d'air, il affichait l'intention d'étoffer son palmarès, notamment dans les classiques. Le manager de Quick-Step, Patrick Lefévère, a en ce domaine de solides références. Il fait main basse sur Paris-Roubaix depuis près de quinze ans, avec une constance qui a suscité bien des questions. Le sorcier flamand a embauché un autre Français prometteur, Jérôme Pineau (Bouygues Telecom) (...). Jean-René Bernaudeau, patron de l'équipe française, s'en est entretenu les yeux dans les yeux avec le pillard. "Je lui ai dit : "C'est un bon petit gars. Ne le gâte pas.""

Dans un peloton qui prétend cette année encore au pardon, il est une caste qui devrait plus que les autres avancer sur les genoux, la corde des pénitents autour du cou : les managers. Il est aujourd'hui admis que la hiérarchie d'une génération a été dévoyée par l'EPO. La plupart des responsables d'équipe sont toujours aux manettes. Ils ont su, couvert ou organisé la parodie.

On assiste cependant à l'émergence d'une nouvelle génération de cadres, mais ce sont d'anciens coureurs ayant établi leur réputation dans les sulfureuses années 1990, gavées d'EPO et d'hormone de croissance. On a beaucoup parlé du Suisse Mauro Gianetti (Saunier-Duval). Le patron de Riccardo Ricco et de Leonardo Piepoli a licencié ses deux employés italiens après le contrôle positif du premier. (...)

On évoquera aussi Bjarne Riis, à la tête de la CSC, qui a admis s'être dopé dans le Tour 1996, qu'il remporta. Erik Breukink (Rabobank) était, lui, le leader de l'équipe PDM sur le Tour 1991, quand un virus à l'origine jamais élucidée décima l'équipe. Rolf Aldag (Columbia) ou Christian Henn (Gerolsteiner) ont confessé s'être dopés quand ils roulaient sous la bannière de Deutsche Telekom. Didier Rous (Bouygues Telecom) était un ancien coureur de l'équipe Festina. Et la liste est non exhaustive.

Tous ont nié à l'époque. Tous sont repentis aujourd'hui. Tous ont été pardonnés. C'est dire si la petite reine est bonne fille et parfois un rien Bécassine. L'ancien coureur Stéphane Heulot s'en est récemment agacé dans Ouest-France : "Le dopage est tellement ancré chez certains managers, comme Gianetti, qu'ils ne peuvent concevoir le cyclisme autrement." Est incriminée cette règle qui veut qu'un bon patron sorte forcément de la famille.

"On dit que ces anciens coureurs ont de meilleures notions stratégiques. Mais quelle était la stratégie quand on était capable de rouler à fond dans la plaine et de continuer dans les cols ?", demande Jean-René Bernaudeau. "Je sais que les gens se posent des questions, je les comprends, assure Roger Legeay, manager de la vieille école (...). Ce qui compte, c'est le présent et l'avenir. Et puis on a déjà eu des gens venus de l'extérieur et cela n'a pas été forcément plus concluant." Allusion directe à Bruno Roussel (Festina) et Manolo Saiz (Once), impliqués dans des affaires de dopage. Deux métèques qui n'ont pas eu le droit, eux, à l'absolution.

Le manager, c'est le choix des sponsors, insiste Roger Legeay. Et force est de constater que le palmarès, même acquis frauduleusement, la notoriété, fût-elle escroquée, pèsent dans la confiance des investisseurs. Jean-René Bernaudeau s'agace parfois des gloires surfaites. "On dit que je suis un mauvais manager. Mais si j'avais accepté l'EPO pour mes coureurs, j'aurais gagné plus de courses et on dirait aujourd'hui que je suis un grand stratège."

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Cette page a été mise en ligne le 26/7/2008.