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Plus le Tour est dur, plus la course va vite !


06/07/2008 - Le Monde - Stéphane Mandard

Les Français ne croient plus au Tour de France. Plusieurs enquêtes d'opinion réalisées dans la foulée du cataclysmique Tour 2007 ont montré que la Grande Boucle avait perdu de sa crédibilité sportive.

Des travaux originaux menés par l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes) semblent donner raison à leur scepticisme. Ses chercheurs ont mesuré l'effet du dénivelé cumulé du Tour (le total de mètres à grimper) sur la vitesse moyenne de son vainqueur. (...) Si entre 1959 et 1989e, la vitesse du vainqueur décroît logiquement à mesure que le nombre d'ascensions augmente, à partir de 1990, c'est le phénomène inverse qui est observé : plus le parcours présente de pentes à gravir, plus les vitesses s'accélèrent. Autrement dit, plus le Tour est dur, plus le vainqueur va vite !

(...)

A titre d'exemple, le Français Jacques Anquetil surmontait les 29 km de dénivelé du Tour 1961 à la vitesse moyenne de 36 km/h quand l'Américain Lance Armstrong avalait les 44 km de dénivelé du Tour 2005 à la vitesse inégalée de 41,82 km/h.

Autre comparaison éloquente, entre ses victoires de 1961 et 1964, Anquetil perd plus d'un demi-kilomètre par heure de moyenne. Explication : le Tour 1964 comportait 6 km de dénivelé de plus que l'édition 1961. On retrouve à peu près le même écart de dénivelé entre les éditions 1991 et 1992. Mais contrairement à Anquetil, Miguel Indurain n'est pas freiné par le durcissement de la course : l'Espagnol améliore sa vitesse de près d'un kilomètre par heure pour atteindre les 39,5 km/h pour un dénivelé de plus de 29 km.

Les sceptiques diront que si les vitesses augmentent avec l'altitude c'est parce qu'il y a des descentes. Mais c'est oublier que de nombreuses arrivées (...) sont données en sommet. On pourrait aussi objecter que les Tours des années 2000 sont plus courts que ceux des années 1960. Là aussi l'argument ne tient pas. L'Irmes a calculé l'index de difficulté, c'est-à-dire la pente moyenne (l'altitude divisée par la distance totale du parcours) : il passe de 6 o/oo en 1960 à 12 o/oo en 2005.

Comment dès lors expliquer qu'à partir de 1990, plus le Tour grimpe, plus le vainqueur va vite, si ce n'est à se rappeler que le début des années 1990 correspond à l'arrivée de l'érythropoïétine (...) dans le peloton ? Signe encourageant, la vitesse des deux derniers vainqueurs de la Grande Boucle a reculé. Mais elle reste tout de même au niveau des performances réalisées par Lance Armstrong lors de ses victoires de 2000 et 2003.


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Cette page a été mise en ligne le 22/07/2008