Actualité du dopage



Pas de «socquette légère» en montant vers La Toussuire

24/07/2006 - Libération - Antoine Vayer

Extraits

Le vélo ce n'est pas des mathématiques ? Ben, si, désolé. (...) Le dopage, omniprésent dans les artères des coureurs vraiment performants sur ce Tour 2006, fausse tout. Leurs préparations sont planifiées. Certes, il existe quelques ratés. En 1998, à Trieste, le Giro est promis à Alex Zülle. Le sang savamment bourré d'hormones diverses, instillées méthodiquement selon des protocoles réfléchis permet au Suisse à 53,771 km/h de moyenne de battre le record du monde de vitesse dans un contre-la-montre de plus de 40 km, devant Honchar, notre éphémère maillot jaune ukrainien vainqueur cette année à Rennes et Montceau-les-Mines. Le temps réalisé par Zülle avait été prévu à quelques secondes près, grâce au logiciel «prédivélo». Ce record sera battu en 2000 par Armstrong à Mulhouse et par Millar en 2003 à Nantes. Mais voilà, le soigneur personnel de Zülle, qui se proclame «bras droit du docteur Ferrari» ne communique pas avec le toubib de l'équipe, Fernando Diaz Jimenez. Alex aurait donc eu droit avant la grande étape de montagne à deux doses de corticoïdes, touche finale de la préparation. Une de trop ? Les «corticos» dont le «taux légal» a été encore relevé cette année agissent formidablement pour les efforts intenses, dits en «anaérobie». Mais trop chargée de ces antidouleurs , l'horloge du coureur suisse se «déréglera». A 24 heures près, les produits n'auront pas eu le temps de «passer» dans l'organisme. Les fréquences cardiaques resteront «scotchées» à 160 pulsations par minutes là où elles auraient dû évoluer à 190 (...). On dit dans le jargon que le cycliste est «bloqué», au lieu d'«avoir la socquette légère». Ou bien «blocatos», l'expression qui a été utilisée par les coureurs experts après la défaillance de Landis à La Toussuire. Elle a pourtant été expliquée comme étant une fringale de cadet. L'Américain a perdu dans La Toussuire une minute par kilomètre pour refaire son retard le lendemain en pédalant, pendant plus de 100 bornes, trente secondes plus vite par kilomètre qu'un peloton de 80 coureurs. «Débloqué», il a pédalé seul vers Morzine en «négative split» : plus vite que ses adversaires, pourtant protégés par leurs équipiers, alors que la fatigue aurait dû le faire décliner. Alors, la veille, c'était une fringale dans cette équipe suisse Phonak hyperorganisée ?

Plutôt que prendre le sang préparé d'un copain, on se pompe donc maintenant soi-même 1,5 litre de sang en séparant les cellules rouges du plasma et en conservant le tout à -80°. On prend soin de mettre du glycérol avec les globules pour ne pas casser les membranes. Sinon, c'est comme le jus de la viande que vous décongelez... Mais certaines équipes n'ont pas pris le risque de réinjecter le sang avant et pendant ce Tour. Elles ont donc été inexistantes : les coureurs pédalant à 50 watts en deçà de leur valeur usuelle. C'est énorme.

Autre nouvelle : la fabrication des anticorps nécessaires à la détection des hormones de croissance vient d'être abandonnée par un laboratoire. Le marché de la lutte antidopage a été jugé trop peu rentable. Ces hormones parfaitement indétectables économisent le glycogène dans le muscle (...) et font fondre les graisses, principal ennemi des coureurs. Elles ont pu nourrir moult d'entre eux, avec de l'insuline et des anabolisants masqués grâce à des patchs transcutanés de testostérone. Des coureurs, pouvant être de chez nous et presque décharnés ont pu ainsi tenter de suivre les meilleurs en «poussant les watts», cette mesure mathématique de la puissance musculaire qu'on peut lire de manière directe avec des compteurs embarqués sur le vélo (1).

Pendant huit minutes sur les pentes de L'Alpe-d'Huez, Landis aura dépassé l'Armstrong de la grande époque 2001 quand il moulinait comme un dératé à 90 tours par minute en cadence de pédalage sur les mêmes pentes ! On est bien aux alentours des 6,7 watts/kilo de poids de corps nécessaires selon le docteur Ferrari pour gagner un tour «moderne». (...)

(1) L'intégralité des calculs de ces mesures de puissance permettant de comparer les performances sur l'ensemble des cols du Tour est réalisée par l'ingénieur Frédéric Portoleau. Elle est en ligne sur le site http://www.cyclismag.com.

Lire l'article en entier



Cette page a été mise en ligne le 25/7/2006.