Actualité du dopage

Indice de confiance de ASTANA - PREMIER TECH : 5,9


15/07/2021 - cyclisme-dopage.com - S. Huby - #TeamWatttheFuck

L'équipe est née en 2007 sur les ruines de la Liberty Seguros (ex-ONCE), qui a sombré avec Manolo Saiz, emporté dans l'affaire Puerto. Elle porte le nom de la capitale du Kazakhstan et est constituée autour du Kazakh Alexandre Vinokourov. Elle est dirigée par Walter Godefroot, un ancien de l'équipe Telekom.

L’année suivante, Johan Bruyneel débarque, accompagné d’Alberto Contador. L’équipe est retenue en dernière minute pour le Tour d’Italie. Contador, alors en vacances à la plage, est appelé en urgence. Trois semaines plus tard, il est maillot rose. En fin d’année, Lance Armstrong annonce son retour à la compétition. Il retrouve naturellement son manager (et complice) de toujours, Johan Bruyneel. La cohabitation entre l’Américain et l’Espagnol sera compliquée.

Quand Bruyneel et Armstrong montent l’équipe Radioshack en 2010, les Kazakhs reprennent Astana en main. Alexandre Vinokourov revient après deux ans de suspension. Après son titre olympique de Londres en 2012 (il s’impose comiquement devant Rigoberto Uran), il devient manager général.

En 2021, la société canadienne Premier Tech arrive comme second parrain et met en place une nouvelle équipe dirigeante. Alexandre Vinokourov est mis à l’écart à trois jours du départ de Brest, de même que les directeurs sportifs historiques Alexandr Shefer et Dimitri Sedun. Alexey Lutsenko occupe la 7ème place du classement général à l’issue de l’étape de Luz Ardiden.

Des affaires à la pelle

Nous avons relevé 17 affaires en 15 années d’existence pour l’équipe, ce qui représente 1,13 affaires par an. Cela place Astana en 42ème place sur 423 équipes. Nous ne détaillerons ici que les affaires les plus retentissantes. La liste complète peut être consultée ici.

Nous n’avons pas ajouté au triste palmarès d’Astana les antécédents ONCE-Liberty Seguros. C’eût été ajouter plus d’une quinzaine d’affaires.

Dès sa première année, le nom d’Astana a été mêlé à plusieurs affaires de dopage. Avant le Tour de France 2007, il est révélé que l'Allemand Matthias Kessler a été contrôlé positif à la testostérone à la veille de la Flèche Wallonne. Il est licencié de même que l'Italien Eddy Mazzoleni pour une affaire datant d’avant son arrivée chez Astana (opération Oil for drugs).

Pendant le Tour, Alexandre Vinokourov est contrôlé positif aux transfusions homologues, à l'issue du contre-la-montre individuel d’Albi, qu’il remporte. Vinokourov a effectué cette transfusion très peu de temps avant l'étape, en utilisant le sang d'un donneur compatible (groupe sanguin et rhésus). Vino prend la poudre d’escampette et l’équipe se retire de l’épreuve. « C'est tout sauf une fuite, se défend-il. Je veux rencontrer au plus vite un grand hématologue qui va m'aider à me défendre. Je ne veux pas perdre de temps pour apporter la preuve de mon innocence. Je veux qu'on explique vite aux gens qu'il s'agit d'une connerie. Je ne suis pas celui que l'on croit ». Inutile de préciser que les grandes explications ne viendront jamais. Vinokourov sera même viré par l’équipe, qui s’auto-suspend quelques temps. Avant le départ du Tour, Vinokourov avait avoué travailler avec le Dr Michele Ferrari. Pour des programmes d’entraînement, disait-il. Excuse classique.


iTélé - 24/07/2007

Cette affaire marque aussi une défaite de l’UCI dans la lutte contre le dopage. En effet, avant le départ du Tour 2007, les coureurs avaient dû signer "l'engagement des coureurs pour un cyclisme nouveau" par lequel ils promettaient de verser la totalité de leur salaire à l'UCI en cas de dopage. Vinokourov a refusé de payer et saisit le TAS. Estimant que l'UCI n'avait aucune base légale pour imposer cette sanction, le TAS lui a donné raison et les coureurs ont pu continuer à se doper sans risquer de devoir rembourser leur salaire.

Après Vinokourov, c'est au tour d'un autre coureur kazakh de l’équipe, Andrey Kashechkin, de subir un contrôle sanguin positif pour une transfusion sanguine homologue, le 1er août en Turquie. Il est licencié et sera suspendu deux ans. Après un passage chez Lampre, il fera son retour chez Astana en 2011. En fin d’année suivante, refusant de signer un accord sur les nouvelles règles internes de l’équipe relatives au dopage, il est suspendu deux jours, avant de signer.

L’affaire Alberto Contador au Tour de France 2010 reste la plus retentissante pour l’équipe Astana. Cette année-là, débarrassé de son ancien coéquipier Lance Armstrong, Contador remporte le Tour de l'Algarve et Paris-Nice. Il s’entraîne dans le plus grand secret pour le Tour de France qu’il remporte. La fête est cependant de courte durée car, en septembre, il est accusé de dopage au Clenbuterol. S’ensuivent 565 jours de bataille judiciaire pour finalement aboutir à une suspension rétroactive de 2 ans et au retrait de tous ses gains entre juillet 2010 et février 2012. Alberto Contador prétendra avoir été contaminé par une viande de veau achetée au Pays Basque espagnol par un ami. Une explication qui ne convainc pas le TAS : le pourcentage de chances qu’une vache d’élevage soit suffisamment contaminée au Clenbuterol pour provoquer un contrôle positif n’est que de 0,0042 et on ne relève aucun autre cas de contrôle positif au Clenbuterol imputable à de la viande d’origine espagnole. Le TAS ne retient pas non plus l’hypothèse d’une transfusion sanguine malgré la concentration « extrêmement élevée de phtalates » dans le sang du Madrilène. Ces phtalates pourraient provenir d’une poche de sang utilisée dans les transfusions. Plus classiquement le TAS retient l’hypothèse d’une contamination par des compléments alimentaires.

Pour en lire plus sur cette affaire, cliquez ici.

En juin 2014, l’UCI lance une procédure disciplinaire à l'encontre de Roman Kreuziger. Le coureur tchèque doit s'expliquer d'anomalies sur son passeport biologique en 2011 et 2012, pendant ses années chez Astana. Kreuziger a reçu une lettre d'avertissement de l’UCI le 28 juin 2013 l’invitant à s’expliquer sur ces irrégularités sur son passeport. Après une longue bataille juridique, il est acquitté par la Commission d'arbitrage du Comité Olympique tchèque (COC). L'UCI qui avait la possibilité de faire appel devant le TAS renonce. Entre temps, il est accusé par son ancien coéquipier chez Liquigas, Leonardo Bertagnolli, d’avoir été un patient du Dr Michele Ferrari.

Deux coureurs épinglés dans l’effectif

Nous avons épinglé deux coureurs de l’équipe Astana dans notre annuaire du dopage.

En 2013, le premier, l'Espagnol Luis Leon Sanchez a été provisoirement suspendu par son équipe, Blanco (ex-Rabobank et future Jumbo-Visma), suite à ses liens avec le médecin espagnol Eufemiano Fuentes, au centre de l’affaire Puerto. La police espagnole aurait établi que le coureur était un client du docteur Fuentes en 2006, à l'époque où il défendait les couleurs de la formation Liberty Seguros, ce que le coureur a nié. Par ailleurs, il est soupçonné d’avoir eu des liens avec le Dr Michele Ferrari. L’équipe le blanchit officiellement mais rachète son contrat en fin d’année pour pouvoir s’en séparer. Il lui restait normalement deux ans à effectuer dans la formation néerlandaise.

Deuxième coureur épinglé, le Kazakh Zakharov Artyom, qui est passé professionnel chez Astana en 2016, a été contrôle positif au méthylhexanéamine, un stimulant, en 2013 pendant le Tour de Guyane. Il sera suspendu pendant six mois.

Un encadrement sulfureux

Pas moins de sept encadrants (en incluant Vinokourov) sont épinglés dans notre annuaire du dopage. Avec Deceuninck-Quick Step, c’est le record pour les équipes participant au Tour de France 2021.

Alexandre Vinokourov : sa transfusion sanguine du Tour de France 2017 n’est pas sa seule casserole. Avant le départ de la 15ème étape du Tour d'Espagne 2004, il manque un contrôle sanguin inopiné, de même que son équipier Andrey Kashechkin. Les deux hommes étaient déjà partis en bus quand des inspecteurs de l'Union cycliste internationale (...) sont arrivés à l'hôtel pour effectuer les tests. Ils ont demandé que le bus revienne à l'hôtel. « Trop tard pour les deux coureurs », explique Jacinto Vidarte, porte-parole de l'équipe.

Il est également mis en cause dans de sombres histoires d’achat de courses. Philippe Gaumont l’a accusé dans son livre Prisonnier du dopage d'avoir acheté sa victoire sur Paris-Nice en 2003. La veuve d'Andreï Kivilev confirmera. En juillet 2012, illustre.ch publie une copie de relevé bancaire censée prouver l'existence d’un virement sur les comptes de Kolobnev, effectué par Vinokourov. Il évoquera un simple prêt mais la justice belge ouvrira une enquête, ce virement pouvant être la preuve d’une récompense offerte à Kolobnev pour avoir laissé la victoire dans Liège-Bastogne-Liège 2010 à Vinokourov. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Les images de l’arrivée de l’épreuve sur route des Jeux Olympiques laisse toujours songeur près de dix ans après. Aucune enquête ne sera menée.

Bruno Cenghialta : en 2004, l’enquête concernant le Dr Conconi met au jour des examens médicaux de plusieurs cyclistes de premier plan révélant des fluctuations importantes d’hématocrite. C’est ainsi que l’hématocrite de Cenghialta passe de 37,2% le 15 décembre 1994 à 54,5% le 24 mai 1995. Dans ce dossier, Conconi sera finalement acquitté car il n'y avait pas suffisamment d'éléments pour établir un lien direct entre ces variations et l'usage d'EPO. Les coureurs ne seront pas inquiétés. Celui qui s’enorgueillit d’avoir découvert Vincenzo Nibali a rejoint Astana en 2017.

Dimitri Fofonov, qui évolue alors sous le maillot Crédit Agricole, est contrôlé positif à l'heptaminol, un stimulant interdit, à l'issue de la 18ème étape du Tour de France 2008. Le Kazakh explique avoir pris un produit contre les crampes acheté sur Internet. « C'est un non-respect des règles élémentaires », réagit Roger Legeay, patron de l'équipe française. Il suspend immédiatement son coureur. Dans un deuxième temps, Fofonov change de version et reporte la faute sur son médecin : « on peut considérer qu'il n'y a pas de faute de mon côté, puisque le médecin a reconnu que c'était sa responsabilité »,, justifie-t-il. Le coureur avait consulté ce médecin personnel avant le Tour de France pour une crise hémorroïdaire. En conclusion de ce dossier, Fofonov sera licencié par l’équipe Crédit Agricole et suspendu trois mois pour "négligence" par l'instance disciplinaire de la Ligue nationale de cyclisme. Il fera un procès à son médecin personnel, procédure qui ira jusqu’en cassation Elément aggravant pour le coureur, la perquisition de sa chambre d'hôtel a permis la découverte de deux autres produits dopants, dont du Rhinocort pour lequel il bénéficiait d’une AUT.

Fofonov rejoint l'équipe Astana pour les saisons 2010 à 2012, après quoi, comme son leader Vinokourov, il prend sa retraite. Il devient directeur sportif. En 2016, il est nommé manager sportif de la formation à la place de Giuseppe Martinelli.

Avant Astana, le Dr Andrei Mikhailov a exercé chez TVM, Collstrop, Lotto et Unibet. Le 9 mars 1998, les douanes françaises saisissent près de Reims 104 doses d'EPO à bord d'un véhicule de l'équipe néerlandaise TVM. La voiture est conduite par le docteur Andrei Mikhailov, de retour du Tour de Murcie (Espagne). Pendant le Tour de France, la même année, la police découvre des produits dopants, un matériel de perfusion, un ordinateur servant à analyser les tests sanguins et une centrifugeuse dans les camions de la TVM et dans son hôtel de Pamiers (Ariège), où séjournait l'équipe. Le Dr Mikhailov explique aux enquêteurs que les médicaments sont destinés à un hôpital pour enfants malades à Moscou puis à une association internationale en faveur d'enfants. Il ne les convainc pas. Interrogé par les enquêteurs, le coureur français de l’équipe TVM, Laurent Roux, est plus collaboratif et détaille l’organisation du dopage au sein de l’équipe.

Jugé en mai 2001 à Reims, Andrei Mikhailov apparaît dans les attendus du jugement, comme le « personnage central du système de dopage » au sein de TVM. Il est condamné à un an de prison avec sursis assorti d’une amende de 60000 FRF (environ 9000 euros). Pendant l’enquête, Servais Knaven (actuellement chez Ineos Grenadiers) déclare qu'il était heureux de prendre tout ce que Mikhailov lui donnait et que tout était permis. « Tant que ce que Mikhailov me donne ne me fait pas être contrôlé positif, je lui fais confiance », déclare-t-il.

Andris Reiss : en 2003, après une seule année comme coureur professionnel, il est suspendu deux ans, à cause d’un contrôle positif à l’EPO. Il évolue alors dans le club S.C. Ceramiche Pagnoncelli. Il est désormais masseur chez Astana depuis 2020 après un passage chez Katusha.

Iban Velasco Murillo : en janvier 2005, il se voit infliger par la Fédération Espagnole de Cyclisme une amende de 1000 Francs Suisses pour avoir enfreint le règlement antidopage. En 2004, année de l’infraction, il est alors membre de l’équipe amateur Serbitzu-Kirolgi - Oreki F.T.E.. L’incident ne l’empêchera pas de passer professionnel en 2006 dans l’équipe Orbéa. Il rejoint l'équipe Astana en 2019 avec pour mission de développer le matériel.

Stefano Zanini : pendant le fameux Blitz du Tour d’Italie 2001, Stefano Zanini (Mapei-Quick Step) est pris en flagrant délit de détention d'une seringue avec des traces d'insuline. Pour cette infraction, aussi reprochée à Marco Pantani, il écope de 6 mois de suspension. Par la suite, la Commission d'enquête sénatoriale de 2013 révèle que Zanini était dopé à l’EPO lors du Tour de France 1998. Il est directeur sportif chez Astana depuis 2013.

Vinokourov, des watts miraculeux

Avec autant d’affaires de dopage à son débit, Alexandre Vinokourov a bien entendu allumé les radars positionnés sur les routes des trois Grands Tours par Antoine Vayer et Frédéric Portoleau. Pire encore, il a fait une incursion en zone « miraculeuse » (plus de 430 WE). C’était pendant le Tour d’Espagne 2006 lors duquel il s’impose au général. Deux ans plus tôt, il avait déjà fait quasiment aussi « bien » avec 429 WE pendant le Tour de France qu’il termine sur la troisième marche du podium. Il accomplit alors son plus grand exploit en montagne, sur les pentes de Peyresourde où il tient 458 WE pendant 31 min 10 sec à l’issue d’une étape marquée par l’ascension de six cols : Latrape, la Core, Portet d’Aspet, Menté, Portillon et Peyresourde.

Astana éjecté du MPCC

Cinq coureurs adhèrent au MPCC à titre individuel. L’un deux, Stefan De Bod, participait au Tour de France mais il est arrivé hors-délais à Tignes. Aucun encadrant n’adhère au MPCC.

Quant à l’équipe, elle adhéra un temps mais a été exclue à la suite de l’affaire Lars Boom. Le coureur avait été contrôlé avec un taux de cortisolémie anormalement bas au départ du Tour de France 2015. Astana l'avait quand même autorisé à prendre le départ en contravention avec le règlement du MPCC.

Verdict

L’ensemble vaut à la l’équipe ASTANA - PREMIER TECH, un ICCD (indice de confiance) de 5,9. Seule l’équipe UEA TEAM EMIRATES du maillot jaune du tour, Tadej Pogacar, fait pire.

Le départ d’Alexandre Vinokourov peut lui faire espérer une meilleure note dans la prochaine mise à jour de notre ICCD. Reste à voir si ce départ marquera un changement d’éthique.

Indice de confiance de ASTANA - PREMIER TECH : 5,9
Source : cyclisme-dopage.com - 15/07/2021

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Cette page a été mise en ligne le 15/07/2021