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Qui vivra verra

21/07/2021 - cyclisme-dopage.com - S. Huby - #TeamWatttheFuck

L’Indice de confiance est-il digne de confiance ? Tel aurait pu être le titre de cet article. Mais c’eut été « putaclic » car seul l’avenir pourra répondre à cette question. Des coureurs dopés, des tricheurs, il y en avait dans ce Tour de France. C’est une évidence, une vérité probabiliste. Certains seront démasqués. Quand ? Demain, dans un an, dans cinq ans, dans dix ans. Plus tard, même. Les échantillons prélevés pendant le Tour, eux, seront conservés pendant dix ans. Au fur et à mesure des révélations, nous pourrons regarder à quelles équipes appartiennent les dopés. Et en déduire si notre indice de confiance se trompe ou pas.

En attendant, il n’est sans doute pas inutile de répondre à quelques questions. Nous en avons reçues. Nous en avons lues sur les réseaux sociaux.

Tout d’abord, rappelons les critères pris en compte dans le calcul de la note attribuée à chaque équipe.

Les critères de l'indice de confiance cyclisme-dopage.com (ICCD)
Source : cyclisme-dopage.com - 25/06/2021

Les notes étaient ensuite ramenées sur une échelle de 0 à 20. Plus exactement de 2 à 18. On n’est pas des brutes.

Comment l’adhésion au MPCC et les « radars » influencent-ils le classement ?

Alors que les coureurs ont les yeux rivés sur leurs capteurs de puissance, alors que « Watt » doit être le mot le plus souvent prononcé dans les bus des équipes, la prise en compte des calculs puissances dans l’ICDD est une évidence. A double titre. D’abord, la justesse des calculs effectués par Frédéric Portoleau n’est plus remise en cause que par quelques irréductibles. Les puissances publiées par les coureurs sur Strava (sujettes à caution), celles communiqués directement (nettement moins suspectes) ont permis au fil des ans à l’ingénieur d’étalonner ses calculs et de réduire sa marge d’erreur. D’autre part, les seuils « suspects », « miraculeux » et « mutants » posés par Antoine Vayer ont aussi fait leurs preuves. En 2015, nous nous étions livrés à un exercice intéressant : croiser le fichier de Frédéric Portoleau avec notre annuaire du dopage. Verdict : plus un coureur est monté haut dans les « radars », plus il est probable qu’il figure dans notre « annuaire du dopage ». C'est à lire ici.

L’autre critère qui a soulevé des questions, et pour lequel nous nous sommes interrogés, est celui du MPCC (Mouvement Pour un Cyclisme Crédible). Faut-il le prendre en compte ? Nous pensons que oui. Oui, parce que dans un milieu où règnent le conformisme, la peur et l’Omerta (les « zipped-lips » de Matej Mohoric en ont fait les triste rappel), adhérer au MPCC n’est pas anodin. Que ce soit de la part d’une équipe ou plus encore d’un coureur. Oui aussi, parce que choisir entre traitement aux corticoïdes ou compétition veut dire quelque chose. Oui, parce que renoncer aux Cétones (autorisés mais aux effets à long terme inconnus et aux effets sur la performance probables) veut dire quelque chose. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes. Le MPCC peut aussi servir de paravent. On peut y adhérer et se doper. Georg Preidler, pris dans l’affaire Aderlass, était à la FDJ. Il n’adhérait pas au mouvement à titre individuel. On peut aussi adhérer au MPCC et le quitter quand les règles deviennent encombrantes (souvenons-nous d’Astana et l’affaire Lars Boom).

Et puis, que serait l’ICCD sans MPCC et sans radars ? Pas si différent finalement. Le tableau ci-dessous permet de voir quel serait le classement en enlevant l’un de ses critères. Le haut du classement est alors quelque peu chahuté mais pas révolutionné. B&B Hotels monte sur la première marche et Groupama-FDJ est reléguée en septième position. En revanche, le bas de classement reste totalement inchangé. Et c’est bien ce bas de classement qui inquiète. Donc MPCC ou pas, radars ou pas, le problème avec ces équipes demeure.

Analyse de l'influence des radars et de l'adhésion au MPCC sur l'Indice de Confiance (ICCD)
Source : cyclisme-dopage.com - 21/07/2021

Ne faut-il rien changer pour autant ? Sans doute pas. Par exemple, l’adhésion au MPCC du personnel encadrant des équipes pèse sans doute trop lourd. Groupama-FDJ doit en partie sa première place à l’adhésion massive des coureurs mais aussi des encadrants. Autant nous considérons cela comme un geste fort pour les coureurs, autant ça l’est sans doute moins pour les encadrants. Nous maintiendrons notre indice à jour et le ferons évoluer en 2022.

Comment la nationalité influence-t-elle le classement ?

En rien. Rien de rien. Quoiqu’en pensent certains esprits chagrins, la nationalité des équipes comme des coureurs et des encadrants n’intervient en rien dans les critères de calcul de l’indice. Vous avez remarqué ? La deuxième, Team DSM, n’est pas française. Elle aurait même pu être première si elle n’était handicapée par Romain Bardet, un peu haut en watts et Français.

D’ailleurs, premier ou deuxième. Deuxième ou premier. C’est un peu pareil, non ?

Un classement plutôt que des notes

Nous avons peut-être trop mis en avant les notes. Alors que ce qui compte, finalement, c’est le classement. Car tout est relatif, comme chacun sait. Et la note n’est là que pour permettre d’établir un classement. Sans doute changerons-nous cela à l’avenir.

Jaune c’est noir

Puisqu’il est question de classement, jetons un œil au classement général individuel de ce Tour de France, et particulièrement au top 20.

Le maillot jaune, on le sait, est la propriété de Tadej Pogacar, équipe UAE Team Emirates, en noir dans notre classement. C’est notre bonnet d’âne : note 2/20, place 23/23. Ce n’est pas pour nous rassurer. Derrière, beaucoup de jaune (notes entre 8 et 12/20, place entre 13 et 20/23) et du rouge (notre entre 4 et 8/20, 21ème et 22ème sur 23). La meilleure place pour une équipe vert foncé (note entre 16 et 20, place entre 1 et 4/23) est pour Ben O’Connor de l’équipe AG2R-Citroën. Un « pas Français » dans une équipe française.

Top 20 du Tour de France 2021 et ICCD
Source : cyclisme-dopage.com - 21/07/2021

Des miettes pour les verts

Pour ce qui est des victoires d’étapes, seules huit équipes ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Toutes sont en jaune ou noir, sauf Alpecin-Fenix, AG2R-Citroën et Bora-Hansgrohe qui a elle trois ont « sauvé » cinq étapes.

Il vaudrait mieux que nous nous soyons trompés avec notre indice, car avec tout ce noir et ce jaune, on peut craindre que cette liste fasse à voir dans quelques années.

Qui vivra verra.

Vainqueurs d'étapes du Tour de France 2021 et ICCD
Source : cyclisme-dopage.com - 21/07/2021

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Cette page a été mise en ligne le 21/07/2021