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Indice de confiance de TOTAL DIRECT ENERGIE : 16


13/07/2021 - cyclisme-dopage.com - S. Huby - #TeamWatttheFuck

Retraité des pelotons, Jean-René Bernaudeau s’investit d’abord dans le milieu amateur en créant la structure Vendée-U en 1991. Sur cette base, il crée l’équipe Bonjour en 2000. L’équipe s’appellera ensuite La Boulangère, Bouygues Telecom, Europcar et enfin Total-Direct Energie.

Après quelques écarts quand il portait un dossard et quelques rechutes (comme lorsqu’il recrute le déjà sulfureux Joseba Beloki en 2004, pendant six mois, deux ans avant que celui-ci ne soit lié au scandale Puerto, Bernaudeau tient depuis 2000 un discours ferme contre le dopage. Il est parfois moqué. On l’a fait ici même, parfois. Le Tour de France de Thomas Voeckler et de l’ensemble des Europcar en 2011 était, disons, épatant. Ensuite, la justice s’est intéressée à l’équipe, l’Oclaesp ayant été informée d’un éventuel usage de perfusions de récupération et de corticoïdes. Le pôle santé du parquet de Paris ouvrira une enquête avant de la classer sans suite.

Depuis, l’équipe semble avoir baissé d’un ton. L’étude de son passé mais surtout de son présent rassure. Même si Fabien Doubey a essayé sur la route de Saint Gaudens, Total – Direct Energie peine à exister sur ce Tour. Ceci explique peut-être cela.

Trois affaires en 22 ans

Nous avons relevé trois affaires en 22 années d’existence pour l’équipe. Trois de trop mais c’est peu, comparé à beaucoup d’équipes.

La première intervient dès 2001 avec le contrôle positif de Noan Lelarge pendant le Tour d’Italie. Le laboratoire trouve dans ses urines de la Triamcinolone acétonide (un glucocorticostéroïde). L’équipe Bonjour lui dit immédiatement au revoir.

Unaï Yus est mis à pied par son équipe en septembre 2005. Pendant le Tour d’Espagne, il avait dans sa valise des médicaments que le médecin de l'équipe ne lui avait pas prescrits. Pour le coup, Jean-René Bernaudeau a eu raison de prendre cette précaution car l’analyse commanditée par la formation révélera qu’il s’agissait d’hormones de croissance. Yus est licencié. Il effectuera trois piges en 2006 dans l’équipe portugaise Paredes Rota Dos Moveis (ancètre de LA Alumínios-LA Sport) avant de mettre un terme à sa carrière.

Anthony Charteau n’a pas non plus été contrôlé positif. Le meilleur grimpeur du Tour 2010 est mis au repos avant la 4ème étape des Quatre Jours de Dunkerque 2012 en raison de l'effondrement de son taux de cortisolémie. L’analyse a été diligentée car son équipe Europcar appartient au Mouvement pour un Cyclisme Crédible (MPCC). Un taux de cortisolémie effondré, synonyme d’insuffisance surrénale, atteste généralement d'une prise de corticoïdes. Au début des années 2010, des rumeurs circulaient sur l’utilisation intensive des corticoïdes au sein de l’équipe de Jean-René Bernaudeau. Une enquête préliminaire du Parquet de Paris sera même ouverte à l'issue de la Grande Boucle 2011. Elle sera classée sans suite faute d'éléments suffisants pour ouvrir une information judiciaire.

Il est notable que sur trois des cas cités ici, un seul relève d’un contrôle positif. Le deuxième repose sur un contrôle interne à l’équipe qui aurait tout aussi bien pu être étouffé. Le troisième découle de l’adhésion au MPCC.

Aucun coureur épinglé dans l’effectif

Nous n’avons épinglé aucun des 27 coureurs de l’équipe Total – Direct Energie.

Le patron et un directeur sportif épinglé

Jean-René Bernaudeau, le patron de l’équipe, est au nombre des coureurs qui refusent de se présenter au contrôle antidopage effectué au Critérium de Callac en 1982. Les coureurs, avec Bernard Hinault à leur tête, protestent. Depuis 1973, le laboratoire antidopage français avait pris l’habitude de prendre des vacances, ce qui permettait aux coureurs de remplir le tiroir-caisse pendant les critériums sans craindre un contrôle. S’exprimant dans L’Equipe le 17/08/1982, Bernaudeau invoque « une atteinte à la liberté du travail ». Un constat de carence (qui vaut contrôle positif) est établi à l’encontre de Bernaudeau et des autres « grévistes ». La sanction prévue était de 1 mois de suspension avec sursis assortie d'une amende de 1100 francs suisses. Devant la levée de boucliers et la menace de boycott des championnats de monde, la Fédération Française de Cyclisme renoncera à appliquer la sanction.

L’usage des stimulants pour tenir pendant le marathon des critériums d’après-Tour est de notoriété publique. Au procès dit des « Six Jours de Bercy 1986 », une affaire de trafic d’amphétamines, qui se tient en 1990 du Palais de Justice de Paris, Jean-René Bernaudeau justifie : « On n'est pas là pour se faire plaisir mais pour gagner de l'argent. A l'époque, une bonne tournée de critériums représentait 50 pour cent de mes revenus annuels... De plus, la loi nous oblige à rembourser le double de notre cachet en cas d'abandon. J'en faisais pas mal, jusqu'à 18 en 20 jours ».

Dans sa carrière, Jean-René Bernaudeau a également consulté, pour soigner un genou récalcitrant, le médecin le Dr Bellocq, adepte du rééquilibrage hormonal.

En 1981, il a également fait appel aux connaissances de Bernard Sainz, alias docteur Mabuse. A son propos, le faux médecin pleurniche dans son livre Les stupéfiantes relations du Docteur Mabuse : « En cette année 2000, où Jean-René vient de prendre la direction d'une nouvelle équipe baptisée Bonjour, je suis d'autant plus navré d'apprendre la consigne qui a été donnée à ses coureurs : « Le premier qui a affaire à Bernard Sainz est viré sur-le-champ ». Si l’anecdote est vraie, elle est à porter au crédit du Vendéen.

Lylian Lebreton, directeur sportif, a avoué avoir eu recours au dopage et notamment à l’EPO. Interrogé en septembre 1998 par le juge Keil qui enquête dans le dossier Festina, il a utilisé des corticoïdes chez Big Mat – Auber puis de l’EPO chez Festina.

Thomas Voeckler étonne mais n’allume pas les radars

Aucun coureur ni encadrant n’a allumé les « radars » placés sur les Grands Tours par Frédéric Portoleau et Antoine Vayer.

Thomas Voeckler n’y est pas parvenu même si son Tour de France 2011 interroge. Sur le papier, rien d’anormal : il passe devant le radar (puissance moyenne sur les ascensions longues) à 397 Watts-Etalons (WE). Si l’on exclut l’ascension de l’Alpe d’Huez qu’il effectue à sa main après avoir perdu le Tour de France dans le Galibier, il est à 405 WE. C’est sous le seuil « suspect » tel que le définit Antoine Vayer. Sa transformation reste étonnante.

Avant 2010 et excepté sur le Tour de France 2004 lorsqu’il devait défendre le maillot jaune en montagne, Voeckler n’a jamais été réellement un grimpeur. Les premiers signes de transformation datent de la fin du Tour d'Italie 2010 où il termine 12ème de la difficile étape se terminant au Sommet du Passo di Tonale. Il termine le Tour de France 2011 au pied du podium en développant 6% de puissance en plus sur les derniers cols par rapport à 2004, sa meilleure année jusque-là.

En 2012, il fait encore un bon Tour en remportant le maillot de meilleur grimpeur et deux étapes de montagne. Son raid pour l'emporter à Luchon est détonnant. Nous l'analysions dans le magazine Tous dopés ? La preuve par 21.

Analyse du raide de Thomas Voeckler dans l'étape Pau-Luchon, Tour de France 2012
Source : Tous dopés ? La preuve par 21

Adhésion au Mouvement pour un Cyclisme Crédible (MPCC)

Total – Direct Energie adhère au MPCC. La moitié des coureurs et un petit tiers des encadrants y adhèrent à titre individuel.

On l’a vu plus haut, l’adhésion au MPCC a conduit Europcar à mettre Anthony Charteau au repos en 2012. En 2013, c’est au Tour de Pierre Rolland de présenter un taux de cortisol effondré ou, plus exactement pour reprendre les termes de la défense, « très bas ». « La valeur basse relevée s'explique parfaitement par le traitement nasal suivi par le coureur et administré sous contrôle du médecin de l'équipe, ainsi que par l'heure inadéquate du contrôle », justifie l’équipe. Problème, elle n’a pas retiré le coureur du Dauphiné libéré. Le MPCC exclut temporairement l’équipe Europcar.

Verdict

L’ensemble vaut à la l’équipe Indice de confiance de TOTAL DIRECT ENERGIE, un ICCD (indice de confiance) de 16, au pied du podium où trône Groupama-FDJ, DSM et AG2R.

Indice de confiance de TOTAL DIRECT ENERGIE : 16
Source : cyclisme-dopage.com - 13/07/2021

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Cette page a été mise en ligne le 13/07/2021