Israel Start-Up Nation est une jeune équipe puisqu’elle est apparue dans les pelotons en 2015 seulement. Financée par le milliardaire canadien Sylvan Adams, elle a fait un gros coup en recrutant cette année le quadruple vainqueur du Tour, Chris Froome. Son salaire (on parle de cinq millions d’euros annuel) n’est guère rentabilisé puisqu’il traîne sa misère sur ce Tour, visiblement incapable de se remettre de sa terrible chute au Dauphiné 2019. Dans la première ascension du Ventoux, il a été distancé du peloton à l’endroit même où il écrasait tous ses concurrents en 2013. Si chris Froome montre encore le maillot, c’est en queue de peloton. C’est déjà ça.
Une équipe encore vierge d’affaire de dopage
Israël Cycling n’a pas encore eu à gérer d’affaire de dopage. Le contraire serait fâcheux pour une formation aussi jeune. Le record de l’équipe 3 Molinos Resort, née et morte en 2006, ne sera sans doute jamais battu : six de ses coureurs avaient été contrôlés positifs en l’espace d’un an.
Un célèbre asthmatique épinglé
Le 13 décembre 2017, Le Monde et The Guardian révèlent un résultat de contrôle urinaire anormal pour Chris Froome. Son taux de Salbutamol est anormalement élevé (2000 nanogrammes par millilitre pour un maximum autorisé de 1000 nanogrammes par millilitre). L'information est confirmée dans la journée par l'UCI. Dans un communiqué, Froome apporte des explications : « Je souffre d'asthme depuis longtemps. Je connais parfaitement les règles. Durant la Vuelta, mon asthme s'est aggravé et j'ai augmenté ma dose de Salbutamol sur le conseil du docteur de l'équipe Sky. J'ai pris soin de veiller à ne pas dépasser les limites autorisées par l'UCI dans la prise de ce médicament. Je suis bien sûr prêt à me soumettre à toutes les demandes de l'UCI ». La formation britannique Sky envoie au charbon les meilleurs avocats et les meilleurs experts pour remettre en cause la fiabilité du contrôle. L’Agence Mondiale Antidopage dont le budget est limité tremble. L’affaire traîne. A quelques jours du départ de la Grande Boucle 2018, ASO tremble car la présence de Chris Froome promet de polluer la fête de juillet. L’organisateur du Tour demande à la Sky de ne pas aligner le Kenyan. Finalement, l’AMA préfère baisser pavillon et blanchir le coureur. L’UCI entérine. ASO autorise Froome à mettre un dossard.
Quant à savoir si Chris Froome souffre toujours d’asthme et utilise toujours du Salbutamol, le coureur oppose une fin de non-recevoir :
Nous avons toutefois maintenu Chris Froome dans notre annuaire du dopage. Les différentes péripéties qui ont émaillé cette affaire sont détaillées sur son portrait.
Un encadrement inquiétant pour une jeune équipe
Quatre encadrants d’Israël Cycling sont épinglés dans notre annuaire du dopage. Dès sa création, l’équipe n’a pas hésité à recruter du personnel au passé frelaté.
- Nicki Sorensen : quand il passe professionnel en 1998 dans l’équipe Chicky World, le désormais directeur sportif d’Israël Cycling est suivi comme plusieurs coureurs de l’équipe par le Dr Georges Mouton. Ce médecin, mis en cause en 2001, partisan déclaré du rééquilibrage hormonal, adepte de la DHEA, sera jugé en 2007. Au cours de la procédure, il apparait qu'il stockait des produits dopants dans sa cave et utilisait des codes pour faire référence à l'EPO et la DHEA. Le tribunal devra toutefois abandonner toutes les poursuites engagées contre lui considérant que le dossier repose sur les accusations d’un médecin qui aurait enfreint le secret médical.
En 2013, Mickael Rasmussen charge Sorensen. Le « Chicken » raconte que Sorensen était désespérément à la recherche d'EPO et d'hormones de croissance lors d'un stage d'avant-saison sur l'île de Majorque, en 2003. Il explique qu'ils sont allés tous les deux dans une pharmacie pour acheter ce dont ils avaient besoin et ajoute avoir vu Sorensen cacher ces produits illicites dans le jardin de sa maison en Toscane. Sorensen refuse de commenter.
En 2015, il reconnait finalement s'être dopé , tout du moins durant la première partie de sa carrière : « Je me suis dopé. Je le reconnais pleinement et entièrement. J'en suis attristé, et souhaiterais revenir en arrière pour annuler cela. () Cela s'est passé durant les premières années de ma carrière, il y a plus de 10 ans. C'était ma propre décision ». Il nie avoir été encouragé à se doper par son ancien manager, Bjarne Riis. Dans le rapport publié par l’Agence Danoise Antidopage, le coureur reconnait avoir utilisé de l’EPO et de la cortisone entre 1999 et 2003, après quoi il aurait arrêté, se contentant de Synachten avant l’épreuve sur route des Jeux Olympiques 2004.
- Rory Sutherland : au Tour d'Allemagne 2005, il est contrôlé positif au clomiphene et hydroxy-clomiphene. D’abord suspendu par son équipe, la Rabobank, il est licencié après la contre-expertise. Il écope d’une suspension 24 mois dont 15 mois fermes. Selon Michael Rasmussen, les médecins de Rabobank distribuaient de la DHEA aux coureurs de l'équipe dans les années 2003-2005. Les coureurs recevaient 25 mg de comprimés tous les soirs avant le coucher, ce qui ne s'est arrêté qu'en 2005 lorsque Rory Sutherland a été contrôlé positif.
- Sergueï Ouchakov participe au Tour de France 1998 avec l’équipe TVM lorsqu’une descente de police à son hôtel permet de découvrir un arsenal de produits dopants. Une expertise médicale établie par le Professeur Bressolle conduira à relever chez Ouchakov des « concentrations d’EPO très faibles ou nulles explicables par une hémodilution () et un phénomène de « feedback » résultant de l’arrêt d’un traitement à l’EPO ainsi que des () hématocrites et de « sTfR » correspondant à ceux attendus après plusieurs jours d’arrêt de prise d’EPO ».
- Hubert Nowak : il a été contrôlé positif au Stanozolol lors du Tour de Normandie 2003. Il court alors sous les couleurs de l’équipe Legia. Il est disqualifié, suspendu 8 mois et écope d’une amende de 300 Francs Suisses. Il est actuellement mécanicien.
Chris Froome affole les radars, Dan Martin les allume
Coureur moyen à ses débuts (et à sa fin ?), Chris Froome s’est révélé au Tour d’Espagne 2011 qu’il termine deuxième à la surprise générale. Alors équipier de Bradley Wiggins, il réussit un 407 Watts-Etalon (WE) de moyenne. C’est le début d’une irrésistible ascension : 415 WE et 411 WE au Tour 2012 et à la Vuelta 2012. Il gagne le Tour de France 2013 en se contentant de 412 WE. On se souvient de ses attaques délirantes dans le Ventoux où il écœure Nairo Quintana et Alberto Contador. A la Vuelta, l’année suivante, il lâche les watts : 423 WE. Par la suite, il dépasse la barre des 410 WE à cinq reprises.
Cette année, Chris Froome ne grimpe plus. Il est lâché. Comme à ses débuts.
Elle va finir par valoir de l'or ma photo prise sur le TDF 2008 de @chrisfroome largué par le grupetto dans une étape de montagne...#giro101 #lequipeGIRO #lequipeVELO #Froome @MDistinctif @LeGruppetto @DansLaMusette pic.twitter.com/bm6soXc2u8
— Aurélien Rez (@Rezistan92) May 26, 2018
Dan Martin, plusieurs crans en-dessous de Chris Froome, a lui aussi franchi la barre de la suspicion placée à 410 WE par Antoine Vayer. C’est en 2016, lors du Tour de France qu’il court sous le maillot de la Quick-Step, qu’il établit son record à 415 WE de moyenne. Il le réédite lors du Tour d’Espagne 2020, sous le maillot Israël Cycling. En 2018, année de sa victoire à Mûr-de-Bretagne, il avait réussi 412WE.
Israël Cycling adhère au MPCC
L’équipe a adhéré au Mouvement Pour un Cyclisme Crédible en 2017. Seulement trois coureurs (dont André Greipel) et trois encadrants y adhèrent à titre individuel.
Verdict
Nous attribuons à ISRAEL START-UP NATION la note de 10,2/20, tout juste au-dessus de la moyenne et en deuxième partie de tableau. C’est peu pour une si jeune équipe.

