Le Team UAE-Emirates a été constitué en 2017 dans la continuité de l’historique équipe italienne Lampre, née en 1990. Les cyclistes émiratis ont conservé un fort accent italien : Giuseppe Sarroni y a toujours son rond de serviette. Plusieurs coureurs et dirigeants sont issus de la formation au célèbre maillot rose et bleu.
Son leader cette année est Tadej Pogacar. Le jeune coureur slovène (22 ans seulement) a stupéfait tout le monde l’année dernière lorsqu’il s’est emparé du maillot jaune à la veille de l’arrivée à Paris. Primoz Roglic et ses coéquipiers de Jumbo-Visma ne s’en sont pas remis.
Cette année, Pogacar s’est dévoilé très tôt. A Laval, il a battu les meilleurs spécialistes du contre-la-montre. Au Grand-Bornand, il a battu les meilleurs grimpeurs. Il sait tout faire. Il attaque à tout va. Son équipe apparaît fragile. Il n’en a cure.
Source : Espé - 03/07/2021
Lampre : une histoire émaillée de nombreuses affaires de dopage
Entre 1999 et 2016, la Lampre a accumulé les cas de dopage : nous avons comptabilisé une trentaine d’affaires. Sous ses nouvelles couleurs, inaugurées en 2017, elle a gardé le rythme puisque deux affaires sont venues entacher son palmarès.
Le Croate Kristijan Durasek a été suspendu quatre ans dans le cadre de l'opération Aderlass, une affaire de dopage sanguin, après avoir été exclu du Giro 2019. L’UCI s’est appuyée sur les informations reçues des autorités policières autrichiennes.
Dernière affaire en date, moins sérieuse, le coureur colombien Juan Sebastián Molano est mis sur la touche par l'équipe en raison de « valeurs physiologiques anormales », le 3 mai 2019. Il est suspendu préventivement et doit passer des tests pour déterminer les causes de ces résultats. Soulagement, il reçoit l’autorisation de courir à nouveau dès juillet. Le directeur médical de l'équipe, le Dr Jeroen Swart, un transfuge de la Sky, justifie les variations des valeurs physiologiques par une sensibilité aux séjours en altitude. Le Colombien avait passé plusieurs semaines à plus de 3000 m.
Avant cela, la Lampre a souvent fait la une sur note site. Des couleurs de renom ont été épinglés : Ludo Dierckxsens (1999), Maximilian Sciandri (2001), Raimondas Rumsas (2002), Francesco Casagrande (2004), Evgueni Petrov (2005), Daniele Bennati (2005), Damiano Cunego (2008), Alessandro Ballan (2009), Danilo Hondo (2011), Alessandro (2012) ou encore Diego Ulissi (2014). Les plus curieux de nos lecteurs pourront consulter les revues de presse de quelques-unes de ces affaires :
- www.cyclisme-dopage.com/actualite/actualite.htm#Giro2014
- www.cyclisme-dopage.com/actualite/actualite.htm#Ubeto
- www.cyclisme-dopage.com/actualite/actualite.htm#Ferrari2011
- www.cyclisme-dopage.com/actualite/actualite.htm#Mantoue
- www.cyclisme-dopage.com/actualite/actualite.htm#Vila
Cinq coureurs épinglés, en activité sous le maillot UAE
Ils sont cinq à porter les couleurs blanc-noir-vert en 2021 et à avoir déjà été épinglés dans notre annuaire du dopage. C’est un record établi haut la main. Aucune autre équipe présente sur ce Tour de France n’a dans ses rangs plus de deux coureurs épinglés.
- Juan Sebastián Molano : c’est la dernière affaire en date pour cette équipe. Son cas est évoqué plus haut, nous n’y revenons pas.
- Rui Alberto Faria Da Costa : vainqueur du contre-la-montre du Tour du Portugal 2010, le coureur de la Caisse d’Epargne est provisoirement suspendu après avoir été contrôlé positif à un produit stimulant, le methylhexaneamine. Ce produit est interdit depuis quelques mois seulement. Avec son frère, lui aussi contrôlé positif, il explique avoir utilisé « un supplément diététique à base d'arginine ». L'intention de se doper n’ayant pas être prouvée les deux coureurs voient leur suspension levée en février 2011. Rui Costa est conservé par la Movistar. Deux ans plus tard, il devient Champion du monde sur route à Florence, en Italie. Il a rejoint UAE en 2017.
- Ariel Maximiliano Richeze : il a fait l'objet d'un contrôle antidopage positif au Circuit de la Sarthe 2008. Il doit quitter le Tour d'Italie à la veille du départ de Palerme. Le produit retrouvé dans ses urines est le Stanozolol, le même que celui qui entraîna la chute de Ben Johnson aux Jeux Olympiques de Séoul 1988. Outre une disqualification, il écope d’une suspension de deux ans. Ce faux pas ne l’empêchera pas de faire carrière chez Lampre, Quick-Step et désormais UAE.
- Matteo Trentin : il a été contrôlé positif au Salbutamol lors d’une épreuve de Coupe de Monde junior de cyclo-cross. C’était en 2006 à Hofstade, en Belgique. Il est suspendu deux mois. L’incident ne rebute pas Patrick Lefevere qui le recrute en 2011. Il a rejoint UAE cette année.
- Diego Ulissi : il est contrôlé positif lors de la onzième étape du Tour d'Italie 2014. Le coureur de la Lampre venait d’empocher deux victoires d’étapes. Il est retrouvé avec 1900 nanogrammes de Salbutamol dans ses urines, près du double de la quantité permise. Pour sa défense, il explique avoir utilisé de la Ventoline avant l'étape parce qu'il souffrait de bronchospasmes. Il garde la confiance de la Lampre qui l’autorise à recourir sans même attendre la décision de l’UCI. « J'ai décortiqué tous les documents provenant de son avocat. Avec ces documents et en tenant compte des règles du MPCC, je peux donner un avis favorable comme quoi Diego peut recourir », justifie le docteur Carlo Guardascione dans un communiqué. Il est suspendu neuf mois en mars 2015. Il garde la confiance de la Lampre qui préfère quitter le MPCC plutôt que de se séparer de son champion.
Aucun de ces cinq coureurs n’est présent sur la grande boucle.
Quatre directeurs sportifs épinglés et un conseiller très particulier
Avec cinq membres de l’encadrement épinglés dans notre annuaire du dopage, UAE-Emirates ne nous inspire pas confiance. Seules Astana et Deceuninck-Quick Step font pire dans ce domaine.
- Fabrizio Guidi : le directeur sportif est heureux comme tout en rejoignant UAE à la fin de la saison dernière. « C’est une équipe que j’admire depuis longtemps. Je suis ravi et fier de rejoindre une équipe forte et ambitieuse avec un solide projet pour le futur », se satisfait-il. EF-Education ne devait plus le faire rêver. Il arrive avec son passif. Membre de l’équipe Phonak qu’il a rejointe cette année-là, il est déclaré positif à la suite d'un contrôle antidopage effectué fin juillet 2005 à l'occasion de la Cyclassics, épreuve du ProTour disputée à Hambourg (Allemagne). En deux ans, il est alors le quatrième coureur de la Phonak à avoir été déclaré positif, après Tyler Hamilton, Santiago Perez et Oscar Camenzind. Il est blanchi après analyse de l’échantillon B. A cette époque, l'apport d'EPO exogène dans l'organisme est sujet à interprétation. Le test mis au point par le laboratoire national français et validé en 2001 par l'UCI puis par l'Agence mondiale antidopage (AMA) a déjà donné lieu à ce cas de figure.
- Andrej Hauptman : en plus d’être directeur sportif chez UAE, il est le sélectionneur de l’équipe nationale slovène. Après la victoire de Tadej Pogacar dans le Tour 2020, il déclare au site lequotidiendusport.fr : « Quand j’arrive dans l’équipe, je sens déjà cette exigence du haut niveau. Tout était réuni pour réussir. Je n’ai fait qu’apporter ma pierre à l’édifice. Les progrès se sont faits rapidement et ont permis de tout de suite aller chercher des objectifs de plus en plus hauts. Le plus important, pour moi, était de ne pas brûler les étapes et de toujours faire en sorte que sa santé prime sur le reste. Mais, avec un coureur aussi motivé, c’est difficile de le freiner. Et ce qu’il a fait sur le Tour, c’est remarquable ». Interrogé sur les raisons du succès des slovènes, il ajoute : « Il y a eu une grosse base de travail qui a permis à de jeunes coureurs de s’affirmer. Tout le monde a été poussé par les résultats des autres. Les cyclistes slovènes n’étaient pas forcément observés, mais ils méritaient d’avoir une opportunité de s’exprimer. On aura la possibilité de le montrer en sélection nationale ».
Hauptman, lui aussi, est arrivé avec un passif chargé dans la formation AUE. En 2000, il fait partie des trois coureurs devant participer au Tour de France et qui ont subi des tests sanguins révélant des niveaux d'hématocrite supérieurs à la limite autorisée de 50%. En vertu des règlements de l'UCI, le coureur de l’équipe Vini Caldirola est mis au repos et ne prend pas le départ du Tour, qui s'élançait du Futuroscope. - Manuele Mori : en 2002, le futur directeur sportif reçoit, lui aussi, une interdiction de courir en raison d’un hématocrite supérieur à 50%. Il évolue alors dans la catégorie des moins de 23 ans (U23). Sa licence lui est retirée pour une durée de 45 jours et il est écarté de la sélection italienne pour le Triptyque des Ardennes. Après cette entrée en matière, il est impliqué dans l'affaire de Mantoue, déclenchée en 2008, et dans laquelle sont notamment cités son frère Massimiliano, Giuseppe Saronni, le manager général de la Lampre (et toujours chez UAE), Alessandro Ballan, Marzio Bruseghin, Pietro Caucchioli, Damiano Cunego, Mirco Lorenzetto, Mauro Santambrogio ou encore Michael Rasmussen, pour ne citer que les plus connus. Mori court alors sous les couleurs de Casprini Cycling Team.
- Allan Peiper : au Tour de Belgique 1986, il prend 10 minutes de pénalités pour ne s’être pas présenté à un contrôle antidopage. Il est alors dans l’équipe Panasonic – Merckx. Dans son autobiographie A Peiper's Tale publiée en 2005, il écrit : « J'ai essayé de rouler propre, la plupart du temps ». C’est un humoriste. Il reconnait avoir utilisé des amphétamines dans les kermesses et de l’hormone de croissance quand il était chez Peugeot. Son idôle de jeunesse était Giuseppe Saronni.
- Giuseppe Saronni : le champion italien, rival de Francesco Moser dans les années 1980, a dirigé l’équipe avant de se mettre en retrait. Il en est désormais un éminent « conseiller ». En tant que manager, Il n’a jamais hésité à recruter d’anciens coureurs dopés. C’est ainsi qu’à la fin 2009, il embauche Lorenzo Bernucci pour épauler Alessandro Petacchi. Bernuci avait été suspendu un an, suite à un contrôle positif lors du Tour d’Allemagne 2007.
Coureur, Saronni a eu recours à la cortisone lors de sa conquête du maillot rose au Giro 1983, révèle le rapport Donati.
En 2008, directeur sportif chez Lampre, il est impliqué dans l’affaire de Mantoue. Vingt-huit personnes, la plupart membres ou proches de la Lampre, seront poursuivies « pour avoir en bande organisée procuré, administré ou au moins favorisé l'utilisation de produits dopants non justifiée médicalement (...) afin de favoriser les prestations des coureurs de la Lampre ». Il envisage un temps de jeter son tablier avant de se raviser.
Bien lui en prend car le parquet ne requiert aucune sanction contre Saronni, qui est acquitté en décembre 2015. Le tribunal a estimé que les faits reprochés ne constituaient pas une infraction ou n'étaient pas avérés. En revanche, Sebastian Gimozzi, un coureur amateur, et Guido Nigrelli, un pharmacien que Sarroni présente comme un ami de 30 ans, ont été condamnés à cinq et huit mois de prison avec sursis.
Gianetti, Matxin, San Millan cadeaux bonux
Mauro Gianetti et José Antonio Fernández Rodríguez, dit «Matxin », ont pris le pouvoir de l’équipe émiratie. Ils trimballent avec eux une quantité impressionnante de casseroles. Pourtant, nous ne les avons pas pris en compte dans le calcul de l’ICCD. Nous aurions pu. Nous aurions dû.
Source : Antoine Vayer - 24/06/2021
Interrogé par Pierre Carrey pour Le Temps, Gianetti, membre du conseil d’administration UAE, disait en avril dernier : « Quant à moi, tout le monde connaît mon histoire. Je ne suis pas le seul manager qui ait été touché par des problèmes ». C’est un aveu. Nous pourrons dire que la note attribuée à UAE-Emirates est clémente.
Le Suisse est présenté comme un « cycliste et manager au passé sulfureux » par l’ancien directeur des contrôles à l’Agence française de lutte contre le dopage, Jean- Pierre Verdy, dans un livre intitulé Dopage, ma guerre contre les tricheurs, paru ce printemps. L’ancien coureur aurait pu disparaître du milieu du vélo en 1998. Disparaître au sens propre. Il est fortement suspecté d’avoir pris du PFC, un transporteur d’oxygène alors expérimental.
En 2008, Christian Prudhomme, directeur du Tour est formel : « J’ai assurément le sentiment que son manager [de Ricco] n’est pas un parangon de vertu. [] Je ne pense pas que j’aurai une opinion différente dans trois mois, six mois, deux ans ou cinq ans, sur la personne en question ». Et treize ans plus tard ?
Matxin, Manager General, n’a jamais été cycliste professionnel mais il devient rapidement directeur sportif, d’abord pour des équipes amateures. Il fonde la Saunier Duval amateurs en 1998. Carlos Sastre et David Arroyo se révèlent à cette époque. Après un passage à la Mapei où il s’occupe des jeunes, Matxin crée l’équipe Saunier Duval, version pro, en 2004. Il s’entoure du médecin, María Sagasti, « spécialiste en homéopathie » et d’Iñigo San Millán, présenté par El Pais comme un « génie de la planification des entraînements, du calcul de la forme des pics ». San Millán est toujours aux côtés de Matxin chez UAE. Normal, c’est un génie. El Pais conclut son article de 2004 par les mots de Matxin : « L'important est que nous nous amusions beaucoup ensemble ». On s’est beaucoup amusé à la Saunier de Duval de Ricco et Piepoli.
Cependant, tous les coureurs passés dans les équipes du duo Gianetti-Matxin n’ont pas gardé un bon souvenir. « Matxín est infréquentable. J'ai été avec lui pendant un an et il me doit toujours de l'argent. Je n’ai aucune confiance en Matxin et Mauro Gianetti (). Matxin est une personne qui vend de la fumée (). Quand vous avez un contrat signé et qu'ensuite vous ne le respectez pas... Je n'ai aucun respect pour ça parce que ce n'est pas honnête », juge abruptement Carlos Sastre en 2019.
Iñigo San Millán, non plus, n’est pas épinglé dans notre annuaire du dopage. Il y a 20 ans, il a publié avec Sabino Padilla, le médecin de Miguel Indurain, un article scientifique sur « Le lactate et son métabolisme pendant l'exercice physique ». Ses compétences ont intéressé la ONCE, la Saunier Duval, Astana ou encore la Radio-Schack de Lance Armstrong et Johan Bruyneel. Il excelle dans l’étude du métabolisme énergétique cellulaire et notamment des mitochondries. Le métabolisme des coureurs qu’il a suivi comme Joseba Beloki, Abraham Olano, Chris Horner, Fred Rodriguez, Jorge Jackshe, Leonardo Piepoli, David Millar ou encore Alexandre Vinokourov n’a sans doute pas de secret pour lui. Il a rejoint AUE en 2019. Il étudie désormais le métabolisme de Tadej Pogacar.
La fusée Tadej Pogacar
Tadej Pogacar est un prodige. Le jeune slovène l’a encore démontré en écrasant la première semaine de ce Tour de France 2021.
Il se distingue dès le Tour d’Espagne 2019 en réalisant une moyenne de 437 Watts-Etalon après avoir remporté trois étapes et réussi un incroyable raid en solitaire en troisième semaine. Les ascensions étaient toutefois trop courtes pour être prises en compte dans les radars de Frédéric Portoleau et Antoine Vayer.
En septembre dernier, il remporte le Tour de France au nez et à la barbe de l’armada Jumbo-Visma. Il dégaine dans une apparente facilité un 421 WE, largement dans la zone suspecte. Dans l’ascension de la Planche des Belles Filles, qui, trop courte, n’est pas un des radars du Tour, il réussit l’exploit de reprendre 1min 46sec à Primoz Roglic à qu’il il chipe le maillot jaune.
Pogacar est le seul coureur d’UAE à avoir allumé les radars mais il l’a fait à un niveau inquiétant pour un si jeune coureur dont la marge de progression devrait être logiquement importante. Si tant est qu’il respecte la logique.
Aucun encadrant n’a allumé les radars.
Le MPCC, ça va un temps mais...
La Lampre a adhéré au MPCC tant que ça l’arrangeait. Mais en mars 2015, quand Diego Ulissi est suspendu suite à son contrôle positif au Salbutamol. L’équipe italienne préfère s’en aller plutôt que de le licencier. « Nous sommes obligés de prendre cette décision, car certains principes fixés par le MPCC ne sont pas compatibles avec le droit du travail et les règlements de l'UCI », se justifie-t-elle dans un communiqué. En clair, le règlement du MPCC oblige les équipes membres « à ne pas engager, dans les 2 ans qui suivent la suspension, des coureurs reconnus coupables de violation des règles antidopage et qui ont été sanctionnés de plus de 6 mois par l’instance internationale ou leur instance nationale ». C’en est trop pour les dirigeants de la Lampre. Quand tout va bien, le MPCC est une couverture confortable pour donner des gages de crédibilité mais elle ne résiste pas longtemps quand il faut faire des choix difficiles.
Trois coureurs, dont Marc Hirschi et Brandon McNulty présents sur les routes du Tour, adhèrent individuellement au MPCC. Ils sont bien car aucun membre de l’encadrement n’y adhère.
Verdict
Nous attribuons à UAE-Emirates la note de 2/20. C’est, de loin, la pire note de notre classement.

Détail de la note :
Source : cyclisme-dopage.com - 04/07/2021
