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Indice de confiance de COFIDIS : 15,4


10/07/2021 - cyclisme-dopage.com - S. Huby - #TeamWatttheFuck

L’équipe Cofidis est présente dans le peloton depuis 1997. Elle n’a jamais changé de parrain. François Migraine, le PDG de la société de crédit, est un passionné de vélo. « Il était à la tête d’un groupe de rock et il ne le savait pas », nous dit un jour un suiveur du Tour. Effectivement, les premières années sont sportives mais aussi et peut-être surtout « sexe, drogue et rock-and-roll ». Les succès s’enchaînent. Philippe Gaumont, Nico Mattan et Frank Vandenbroucke et leurs compères s’éclatent sur le vélo le jour, en discothèque la nuit. Bernard Sainz, alias docteur Mabuse, est parfois de la fête.

Les excès de cette époque folle feront de terribles dégâts. Frank Vandenbroucke est mort au Sénégal en 2009. Philippe Gaumont est décédé en mai 2013, juste avant d’être auditionné par les sénateurs français. Robert Sassone, s’est suicidé en 2016.

Depuis, Cofidis s’est achetée une conduite. Eric Boyer, manager à partir de 2005, puis Cédric Vasseur, depuis 2017, sont chargés de changer son image et ses pratiques. Guillaume Martin, le leader de l’équipe, deuxième au classement général Tour de France après l’étape de Quillan, est plus philosophie que rock-and-roll. Peut-on faire confiance à son équipe ?

Le passé rock-and-roll de l’organisme de crédit

Depuis 1997, le nom Cofidis est souvent revenu à la une dans des affaires de dopage. En 2004, c’est une sorte de consécration : l’« affaire Cofidis » défraye la chronique.

L’histoire mouvementée de l’équipe a commencé dès 1997 avec une affaire qui n’a pas fait la une, l’UCI s’étant chargée de l’étouffer. Le 13 octobre, elle adresse un courrier à Kevin Livingston lui indiquant qu’une concentration « d’environ » 2 ng/ml de métabolites de nandrolone, un anabolisant, a été détectée dans ses urines à l’issue de la septième étape du Tour de l’Avenir. La limite étant fixée à 2 mg/nl, le mot « environ » est lourd de sens. Anne-Laure Masson, responsable de l’antidopage à l’UCI, l’« avertit pour le futur ». Il serait mieux pour tout le monde d’éviter un scandale.


L'UCI avertit Kevin Livingston
Source : UCI - 23/10/1997

La commission d’enquête sénatoriale de 2013 révélera pour le coureur américain la présence de deux échantillons d’urine positifs à l’EPO lors du Tour de France 1999. Les sénateurs lâcheront le nom de trois autres coureurs de l’équipe Cofidis positifs à l’EPO sur la Grande Boucle cette année-là ou la précédente : Roland Meier, Bobby Julich, Laurent Desbiens. Le dopage n’était peut-être pas organisé dans cette équipe mais il était généralisé.

La nandrolone, utilisée par Kevin Livingston, était visiblement un produit en vogue dans l’équipe au maillot rouge. Philippe Gaumont se retire du Tour d’Espagne 1998 alors qu’il occupe la 4ème place du classement général. Il vient d’apprendre son contrôle positif à la nandrolone lors du Midi Libre. Il sera relaxé au bénéfice du doute. L’UCI, la FFC et le CIO s’étaient étripés autour du fameux seuil de 2 ng/ml. C’est tant mieux pour Gaumont qui risquait 5 ans de suspension puisqu’il était en état de récidive.

En 2004, éclate l’affaire Cofidis. Le 12 janvier, la police interpelle Marek Rutkiewicz à l’aéroport de Roissy, en possession de sept ampoules d'EPO ainsi que de l’hormone de croissance. Chez le soigneur Boguslaw Madejak, ce sont des anabolisants, des médicaments non commercialisés en France et du matériel de transfusion qui sont découverts. Chez le spécialiste de la piste, Robert Sassone, les enquêteurs découvrent 65 capsules contenant de l’undécaonate de testostérone, du Kenakort et de l'EPO. Trois ans plus tard, en janvier 2007, Boguslaw Madejak, Philippe Gaumont, Robert Sassone, Marek Rutkiewicz et Daniel Majewski sont condamnés à des peines de prison avec sursis. David Millar et Massimiliano Lelli, qui ont avoué, sont relaxés. Cofidis Compétition et Cofidis SA qui s’étaient portées parties civiles sont déboutées. Pire, le Tribunal estime que « par leur implication dans le milieu du cyclisme professionnel, leur connaissance avérée du dopage et l'absence de mesures significatives prises pour l'enrayer, ne pouvaient ignorer le phénomène notoire du dopage ni son ampleur, d'autant que des personnalités du monde médical et sportif avaient de longue date stigmatisé ces pratiques connues de tous ». Pour retracer le fil de cette histoire, on pourra consulter notre revue de presse.

L’année 2007 avait mal débuté pour Cofidis mais l’équipe n’en a pas fini avec les affaires. Pendant le Tour de France 2007, Cristian Moreni est contrôlé positif à la testostérone. Cofidis se retire de l’épreuve et licencie son coureur. Il sera le premier à payer une amende à l’UCI, correspondant à une année de salaire. La mesure a été introduite par l’UCI en juin, juste avant le Tour.

La dernière affaire Cofidis est celle de Rémy Di Gregorio, pris en flagrant délit de « possession de matériel prohibé permettant de se doper » pendant le Tour de France 2012. Il sera condamné à un an de prison avec sursis. Tout n’est pas perdu pour lui puisque Cofidis sera condamnée aux prud’hommes à lui verser des dommages-intérêts pour ne pas avoir apporté la preuve de la faute grave invoquée dans son licenciement.

La longue histoire Cofidis est à consulter ici. Elle aurait pu être pire. Cyrille Guimard, directeur sportif, embauche le jeune Lance Armstrong en 1996. Le future septuple non-vainqueur du Tour de France dispute le Grand Prix Eddy Merckx mais retourne précipitamment au Texas. On lui découvre un cancer des testicules. Cofidis et Armstrong en resteront là. Soulagement rétrospectif.

Un encadrant épinglé

Aucun coureur n’est épinglé dans notre annuaire du dopage. En revanche, un directeur sportif a été impliqué dans une affaire alors qu’il était coureur dans les équipes Cédico-Ville de Charlero et Lotto-Mobistar. Entre 1996 et 1999, le belge Thierry Marichal se fait prescrire du Synacthen et du Kenacort par le Dr Georges Mouton, ceci sur des ordonnances libellées à des faux noms. L’enquête démontre également qu’il a pris de l’EPO sur les conseils du médecin. Il adhère désormais au MPCC.

Le manager Cédric Vasseur a été éclaboussé par l’affaire Cofidis de 2004. Il était alors coureur dans la formation nordiste. Il sera totalement blanchi. Les échantillons des cheveux du coureur qui l’incriminaient après analyse n’étaient pas les siens ! Un policier de la brigade des stupéfiants sera condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir falsifié deux procès-verbaux d'audition du coureur. Pour ces raisons, nous n’avons évidemment pas épinglé Cédric Vasseur dans notre annuaire du dopage. On a même failli lui élever une statue pour son commentaire de l’attaque de Chris Froome dans le Mont Ventoux 2013 !

« Regardez cette attaque, assis sur la selle. C’est incroyable d’attaquer dans le Ventoux comme ça, assis sur la selle. On a l’impression qu’il est sur une portion de plat ! C’est surréaliste !... Attaque à la Cancellara pour Christopher Froome ! »

Radars éteints

Le grimpeur Guillaume Martin n’a jamais allumé les radars positionnés par Antoine Vayer et Frédéric Portoleau dans les ascensions des Grands Tours. L’ancien entraineur de la Festina positionne la limite « suspecte » à 410 Watts-Etalons. C’est au dernier Tour de France que Martin réalise sa meilleure performance avec 404 WE. Cette année, il se hisse à la deuxième place provisoire du Tour sans avoir réalisé d’exploit ni explosé les compteurs.

La Cofidis, bonne élève du MPCC

L’équipe est membre du Mouvement Pour un Cyclisme Crédible depuis l’origine en juillet 2007. Près de la moitié des coureurs et des encadrants adhèrent à titre individuel. Guillaume Martin et Samuel Bellenoue, son entraîneur, en font partie.

Verdict

L’ensemble vaut à Cofidis un ICCD (indice de confiance) de 15,4. Elle est septième et dernière équipe française. Elle est surtout handicapée par son passé mouvementé. Elle est malgré tout nettement dans le haut du classement : le passé fait peur, le présent rassure.

Indice de confiance de COFIDIS : 15,4
Source : cyclisme-dopage.com - 10/07/2021

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Cette page a été mise en ligne le 10/07/2021