Actualité du dopage



Une grande baffe pour la petite reine

23/01/2004 - Libération - Blandine Hennion et Jean-Louis Le Touzet

Extraits

Le sport cycliste est à nouveau empoisonné par une affaire de dopage. Cinq ans après l'affaire Festina, qui avait mis le vélo sens dessus dessous, l'affaire qui touche l'équipe Cofidis est bel et bien en train de mettre cul par-dessus tête le peloton (...). Les remarquables vitesses ? Les renversantes ascensions ? Rien que de très normal puisque les contrôles antidopage réalisés sur le Tour du centenaire se limitaient à un positif à l'EPO pour 90 coureurs contrôlés sur les 198 que comptait le peloton. A l'époque, la direction du Tour s'était félicitée de la chose et trouvait déplacé que l'on se moqua de la vitesse moyenne du Tour, près de 41 km/h, la plus élevée de l'histoire.

(...) La fumée qui se dégage de cette affaire fait désormais tousser le ministère des Sports. Jean-François Lamour (...) jugeait hier en privé, à propos des cyclistes : «Ils sont indécrottables.» Thierry Cazeneuve, le président de la Ligue, déclarait à Reuters : «Depuis 1999, il y a eu de plus en plus de contrôles sanguins et le tout le monde passe à travers le radar.» Quant à Jean Pitallier, le président de la Fédération, il démissionnait carrément de son pouvoir sportif : «Il faut de la prison ferme en matière de dopage, a-t-il réclamé dans un entretien à l'AFP. J'espère qu'il y a des équipes où tout se passe bien... mais Armand Megret, le médecin fédéral, a vu dans le suivi médical que certains coureurs avaient des courbes bizarres.» De son côté, François Migraine, le patron de Cofidis, s'affaisse un peu plus de jour en jour. Le généreux sponsor (...) faisait part de son interrogation : «Je suis surpris que les coureurs n'aient pas encore compris qu'il ne fallait plus faire les imbéciles. Si j'apprends qu'il y a vingt-cinq dopés dans l'équipe, il n'y aura plus d'équipe Cofidis.» On peut lui rétorquer qu'il ne prend pas de risques démesurés mais qu'il a pour lui l'opiniâtreté : «Si le sponsor quitte le cyclisme, il n'y aura plus de cyclisme.» Tout cela se tient. Mais que dire de la présence dans l'équipe de Philippe Gaumont, 31 ans, impliqué pour la quatrième fois dans une affaire de dopage et mis en examen mercredi soir ? (...)

Il reste que les leçons de l'affaire Festina tirées par les sponsors sont limitées. Il s'agit surtout d'une charte d'éthique, signée depuis 1999 par tous les coureurs. En cas de tricherie avérée, le dopé est licencié sur le champ pour faute grave. Et le sponsor hurle ses grands dieux qu'on l'a trompé. En cas de victoire en revanche, il parade avec son petit prodige.

Le PDG de la Française des jeux, Christophe Blanchard-Dignac, n'est pas naïf : «Je l'ai dit cet été, certaines performances sur le Tour m'ont interpellé. Les contrôles ne sont pas toujours opérants.» Reste que le sponsor est enclin à mutualiser les victoires et à se défausser de la lutte antidopage. Or, bon an mal an, l'investissement est juteux, le meilleur rapport qualité/prix du sponsoring. Et l'opprobre [du] public n'est pas garanti. Festina, par exemple, n'a jamais vendu autant de montres qu'après l'affaire du même nom. Tout ça pour dire qu'il faut quand même une intelligence assez souple pour comprendre le vélo.

(...) Hier, Europe 1 s'interrogeait sur l'opportunité «d'un moratoire sur le Tour de France 2004». Le Monde avait suggéré en 1998, en pleine affaire Festina, de suspendre le Tour et s'était fait remettre à sa place par l'organisation. Le secrétariat du directeur du Tour faisait d'ailleurs savoir hier que Jean-Marie Leblanc ne répondrait «à aucune question». Selon nos informations, ce dernier est très abattu par cette affaire. (...) C'est par un simple communiqué qu'Amaury sport organisation, la société qui organise le Tour, a tenu à condamner «fermement la pratique du dopage» : «Le dopage insulte les valeurs éthiques du sport et du Tour de France.» Et de rappeler, outre toutes les actions menées depuis 2001, «que, contrairement à certaines affirmations, les contrôles antidopage sont de plus en plus efficaces». Ce qui n'empêchait pas une source policière proche de l'enquête d'ironiser : «Plus la lutte antidopage progresse, plus les vitesses augmentent.» Et le perfide d'ajouter : «Le Tour se dispute peut-être en descente...»


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