Actualité du dopage



L'affaire Cofidis éclabousse un petit club

04/02/2004 - Libération - Blandine HENNION

Extraits

«Il n'avait pas encore sa licence. Il est arrivé le 6 janvier, l'affaire a débuté le 13...» Pascal Granié, président du CAC cyclisme de Castelsarrasin. L'ouverture de la saison cycliste en France (...) est plombée cette année par l'affaire Cofidis (...). La plus grande équipe ­ dont le masseur polonais Bob Madejak, deux anciens coureurs et la vedette Philippe Gaumont sont mis en examen ­, n'est pas la seule secouée par ce nouveau scandale de dopage. A Castelsarrasin, un modeste club du Tarn-et-Garonne, le CAC cyclisme, se retrouve aussi cul par-dessus tête.

(...) L'histoire est instructive des moeurs vélocipèdiques. Après deux semaines de perquisitions et d'interpellations en banlieue parisienne et dans le Nord, la brigade des stups a mis le cap vers le sud de la Loire. Mercredi, les enquêteurs interpellent à Limoux (Aude), à l'hôtel Le Monastère, Daniel Majewski, un coureur polonais de 23 ans, classé en élite 2, l'antichambre des professionnels. Il appartient au club CAC cyclisme. Dans sa chambre est saisi du matériel médical,­ des dizaines de seringues notamment.

Nouveau rebondissement de l'affaire Cofidis dans le milieu amateur ? Toujours est-il que Castelsarrasin fait froncer les sourcils des plus méfiants : le club n'est-il pas parrainé par le coureur du cru, Didier Rous, ex-Festina de l'époque du scandale de l'EPO en 1998, aujourd'hui membre de l'équipe Brioches la Boulangère... (...) «Didier Rous est natif du Tarn-et-Garonne. Je crois qu'il a compris la leçon de Festina», tranche le président du club, Pascal Granié, qui jure militer contre le dopage, même s'il admet pécher par une certaine naïveté. Cet assureur bénévole s'occupe du club de 130 licenciés, avec une école de vélo d'une trentaine d'enfants, à partir de 4 ans.(...)

(...) Mais comment Majeswki a-t-il atterri ici ? «Pour aguerrir nos jeunes, je souhaite les inscrire régulièrement dans des courses à étapes. Pour cela, il nous faut avoir des coureurs d'élite 2 dans le club. Alors j'ai mis une petite annonce dans Velomania», raconte Eric Malbreil, responsable de l'école de vélo du CAC. Velomania est un site web créé par un Breton fondu de vélo. L'annonce y figure toujours. «Le 3 novembre, j'ai un coup de fil de Bob Madejak qui me conseille Majeswki, coureur à l'AC Boulogne-Billancourt. J'ai pris mes renseignements auprès de la fédération, du président du club, d'amis coureurs en région parisienne, tout était OK», raconte Eric Malbreil. «J'ai appris que les pros de l'équipe RAGT avaient embauché l'ancien coureur polonais de Cofidis, Marek Rutkiewicz, mis en examen, lui aussi, sur un coup de fil de Bob dont ils ne connaissaient pas le nom de famille ! Alors, ici, club bénévole, comment voulez-vous qu'on fasse ?, renchérit le président Granié. (...) On est servi.»

Le président du CAC cyclisme s'est expliqué auprès des enquêteurs. Et a averti la fédération que Majeswki ne signerait jamais. «Il n'avait pas encore sa licence. On n'avait même pas encore ses résultats médicaux. Il est arrivé le 6 janvier, l'affaire a débuté le 13», poursuit Pascal Granié. L'arrangement aura tourné court. En l'espèce, il n'y avait pas de contrat de travail. Juste l'assurance d'être nourri et logé chez un ami, propriétaire du Monastère, en attendant mieux. La méthode est utilisée par une foule de clubs amateurs plus ou moins douteux : embaucher des coureurs étrangers qui écrèment toutes les courses régionales. Mais CAC jure qu'on ne l'y reprendra plus. «C'était la première fois qu'on avait affaire à un élite 2. On fera sans désormais», jure Granié, mais un peu tard.


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