Actualité du dopage



Cofidis revient sur une mise à pied médiatique

29/01/2004 - Libération - Blandine Hennion

Extraits

«Si votre coureur se fait prendre, ça vous pète à la figure ?», s'inquiète l'Equipe. «Mais non, je le vire. Point à la ligne», rétorque François Migraine, PDG de Cofidis, très sûr de lui, lundi, dans ses réponses au quotidien sportif national. Philippe Gaumont, coureur emblématique de l'équipe nordiste, présent depuis sa création en 1997, et mis en examen le 21 janvier par le juge Richard Pallain pour cession de produits dopants ? «Mis en examen, mis à pied», tranchait il y a encore deux jours le PDG, sans barguigner. Marche arrière toute au siège de Cofidis dès le début de la semaine. «François Migraine n'a pas exactement dit cela...» On relit le journal en se frottant les yeux. Texto. Du Migraine dans le texte. «Philippe Gaumont n'est pas mis à pied. Il faut respecter le droit du travail. On prépare un communiqué...», lâche, embarrassée, la direction de la communication du spécialiste du crédit par téléphone. L'affaire est si laborieuse que le texte est relu pendant 24 heures avec une pince à épiler.

Car entre-temps, le «chouchou» à deux roues de la filiale des 3 Suisses a fait donner ses avocats. Et se répand dans les médias. Officiellement, Cofidis n'a pas de nouvelles de Gaumont qui n'a, lui, pas d'échos de son employeur. Mais il suffit d'ouvrir le journal ou de tourner le bouton du poste pour être plus qu'abreuvé. Sur France Bleu Picardie, le trentenaire Amiénois lâche ainsi, lundi, que «90 % des coureurs ne sont peut-être pas clairs. J'ai avoué avoir pris des substances : quel coureur cycliste peut dire le contraire ?» Cofidis n'a même pas besoin de dégainer. C'est la Fédération française de cyclisme qui est la plus prompte à défendre la pseudo-propreté du vélo (...). «Depuis la mise en place du suivi longitudinal, la situation du peloton s'est améliorée au fil des ans, même s'il est vrai que des dérapages ou comportements déviants sont malheureusement toujours possibles». Le docteur Armand Megret, médecin fédéral, a ainsi signalé que Robert Sassone (...) avait présenté un suivi biologique anormal en juillet 2003, conduisant à sa mise au repos. Le sponsor, qui n'a pas renouvelé le contrat de cet espoir de médailles aux Jeux d'Athènes, savait donc que le coureur trichait, contrairement aux dires de Migraine. (...)

Daniel Morelon, entraîneur national de la piste, retrouvait aussi la parole, hier (...). (...) Il avoue que le pôle espoirs de Hyères (Var), où s'entraînait Sassone, n'a pas vu «un seul contrôle inopiné depuis 2000. Il faudrait peut-être commencer par là». Une olympiade entière sans une visite efficace, il était temps que le ministre des Sports, Jean-François Lamour, se réveille. Sur France 2, mardi, Philippe Gaumont s'est fait encore plus précis : «En 1999, après l'affaire Festina, certains ont levé le pied par peur du gendarme. Mais depuis l'arrivée de Jean-François Lamour, un sentiment d'impunité a conduit au relâchement...» Bref, le peloton a rallumé comme un seul homme.

Quitte à bricoler chacun dans son coin. L'Internet et l'automédication sont devenus les deux mamelles du dopage 2004, loin du dopage organisé de Festina, mais non moins généralisé. Philippe Gaumont se fait même menaçant, sur l'air de «arrêtez-moi ou je dis tout». Dans le Parisien/Aujourd'hui d'hier, l'ancien vainqueur de Gand-Wevelgem prend date : «Pour assainir le cyclisme, j'aimerais expliquer un jour comment on passe au contrôle antidopage en ressortant clean.» «Etes-vous prêt au grand déballage ?» relance, gourmand, le confrère. «C'est encore prématuré», conclut le coureur cycliste. Les neuf lignes du communiqué de Cofidis d'hier suffiront-elles à surmonter ce suspens, propice aux négociations d'indemnités sonnantes et trébuchantes ? On peut y lire en effet que «conformément aux règles du droit du travail, Philippe Gaumont sera convoqué dans les prochains jours pour s'expliquer». (...)


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