Dossier dopage



« La nouvelle loi antidopage blanchit 80% des cyclistes positifs l'an passé ! »

14/04/2005 - cyclismag.com - Propos recueillis par Pierre Carrey

Jean-Pierre de Mondenard (...) décrypte pour Cyclismag le coup de colère lancé le 7 avril [2005] par le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) à l'adresse de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Cette dernière a notamment décidé, en catimini, un seuil de tolérance aux corticoïdes.

Extraits

Cyclismag : Pourquoi l'Agence mondiale antidopage a-t-elle décidé de tolérer en partie l'usage des corticoïdes dans son nouveau règlement ?

Dr Mondenard : En autorisant l'usage d'un produit, on pense empêcher les sportifs d'aller vers d'autres formes de substances. C'est illusoire. Depuis les années 80, les corticos sont sur la sellette. (...) Il a fallu attendre 1999 pour que le produit soit décelable chez les cyclistes alors qu'il l'était depuis quatorze ans dans les milieux hippiques ! Mais, entre-temps, on a interdit l'usage des corticoïdes. Or, comment prohiber ce qu'on ne sait pas déceler ? Sur le Tour de France 1997, un laboratoire spécialisé dans les recherches sur les chevaux a découvert que 80% du peloton carburait aux corticos.

L'AMA accepte désormais un taux de 30 nanogrammes de corticoïde (par millilitre de sang) chez les sportifs... ?

La barre est très haute. Avant, on pouvait être positif à 2 nanogrammes ! La tolérance donnera aux tricheurs les coudées un peu plus franches. Avec ce taux, 80% des cas positifs aux corticoïdes enregistrés l'an passé seraient négatifs... Jouer avec les seuils autorisés est ridicule. Le rapport entre testostérone et epitestostérone a lui aussi été relevé. Il est passé de 1, ce que possède la moyenne de la population, sportive et non-sportive, à 4 !

Puisque les corticoïdes sont détectables depuis 1999, pourquoi ne pas continuer d'effectuer des tests et de sanctionner ?

Parce qu'il y a une faille : les labos ne peuvent pas savoir si le produit a été apporté à l'organisme par injection intramusculaire et voie orale, ce qui est interdit, ou par infiltration et voie cutanée, qui est admis. Philippe Gaumont a d'ailleurs raconté que les coureurs se faisaient prescrire en toute légalité du Nasacort contre les allergies aux acariens. Ce produit servait de masquant, puisqu'il contient la même molécule que le Kenacort, qui s'injecte et reste donc interdit.

Le problème des certificats médicaux de complaisance a également été dénoncé le 7 avril dernier par le CPLD. ?

Le principe des « autorisations d'usage à des fins thérapeutiques » s'est accéléré. Il concerne non pas l'EPO ou les hormones de croissance, qui demeurent interdites, mais d'autres produits comme la caféine. Depuis 2004, cette substance n'est plus prohibée. Mais les laboratoires continuent de les détecter. En cas de recrudescence de taux anormalement élevés, on considérera que la santé des athlètes est en jeu et on interdira de nouveau l'absorption de caféine.

Comment lutter contre ces « autorisations d'usage à des fins thérapeutiques » ?

Un sportif malade ne fait pas de compétition. Point ! (...) Le principe des ordonnances a posteriori est trop facile. Il évite au coureur de se présenter avant une épreuve avec une liste de quinze médicaments qui lui sont indispensables pour des « raisons de santé ».

La dernière récrimination du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage porte sur la distinction entre produits autorisés en compétition et produits autorisés à l'entraînement. Votre point de vue sur le sujet ?

La récrimination est légitime. Lorsqu'on prend des amphétamines pour aller en salle de sports ou pour rouler 200 kilomètres à l'approche d'une compétition importante, on obtient un gain vasculaire et musculaire considérable. Autoriser les narcotiques et les stimulants à l'entraînement, voilà une décision absurde. (...)

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