Dossier dopage



Le diable se cache dans 15 millilitres

14/05/2008 - cyberpresse.ca - Françoise Chaptal (Agence France-Presse)

Extraits

L'augmentation de la quantité d'urine prélevée lors des contrôles antidopage à partir de 2009, de 75 à 90 ml, provoque la colère de certains sports, à commencer par le football qui prévoit un chamboulement des après-matches, alors que l'Agence mondiale antidopage (AMA) calme le jeu.

La mesure, contenue dans le nouveau règlement des contrôles adopté samedi dernier par le comité exécutif de l'AMA (...), a été vertement critiquée par le médecin-chef de la Fifa, Jiri Dvorak, qui envisage déjà «des avions retardés par les joueurs qui ne pourront pas fournir la quantité demandée» après une rencontre et stigmatise l'insupportable «surcharge de travail» des médecins préleveurs de sa fédération.

Cet accroissement, à première vue anodin, est le résultat d'une consultation par l'AMA des 33 patrons des laboratoires accrédités. Lors de ce sondage, ils ont plaidé quasi unanimement pour des mictions de 120 ml, afin de faire face à la multiplication des analyses.

À partir de 2009, date d'entrée en vigueur du nouveau Code mondial antidopage, la découverte de plusieurs produits interdits sera ainsi une circonstance aggravante. Il faudra donc disposer de plus d'urine pour les contre-expertises qui aujourd'hui ne se pratiquent que sur la plus lourde des substances. Par ailleurs, le nouveau test de l'insuline est très gourmand en urine ainsi que la spectrométrie de masse (IRMS) (...). Enfin, le développement du passeport biologique dans d'autres disciplines que le cyclisme va encore consommer.

(...)

L'actualité récente a également montré que la pénurie de fluide pouvait conduire à des impasses juridiques inextricables. Au terme d'allers-retours rocambolesques entre les laboratoires de Châtenay-Malabry (...) et de Gand (...), les flacons d'urine de l'Espagnol Iban Mayo se sont vite montrés quasi à sec. Il est possible que la découverte d'EPO dans son échantillon A ne puisse jamais être confirmée au vu du ridicule reliquat de pipi de l'échantillon B que le labo parisien conserve religieusement en attendant l'ordre de le réanalyser.

L'AMA a par ailleurs eu connaissance des recommandations de médecins mal intentionnés, conseillant aux sportifs de ne pas livrer une goutte de plus que les 75 ml afin de compliquer la tâche des analystes.

Pour circonscrire toute récrimination du monde sportif, l'AMA n'a pourtant pas inscrit dans sa loi les 120 ml préconisés par les patrons de labo, trouvant un compromis à 90 ml, soit 15 de plus que le standard actuel. Mais ce sont déjà 15 de trop pour les sportifs qui se plaignent déjà de la difficulté actuelle d'uriner après l'effort. Arne Ljungqvist, président de la commission médicale du CIO, a qualifié l'adoption de cette rasade de «pire décision» prise par l'AMA, rappelant qu'à ses débuts, «on faisait déjà beaucoup avec 25 à 30 ml».

Pour le Dr Alain Garnier, directeur médical de l'AMA, le débat n'a pas lieu d'être: «De deux choses l'une, soit le sportif est déshydraté et il ne peut même pas donner 75 ml, soit il ne l'est pas et l'augmentation du prélèvement n'est pas un problème.» (...)

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Cette page a été mise en ligne le 14/5/2008.