Dossier dopage



Inquiétude autour du dopage sanguin

12/11/2004 - L'Humanité - Lionel Venturini

Extraits

Badges magnétiques, accès contrôlés : sans être la Banque de France, le Laboratoire national de dépistage du dopage, à Châtenay-Malabry (...) est un lieu sensible. (...) Le LNDD a reçu la visite du ministre des Sports, Jean-François Lamour, la première depuis son arrivée au ministère en 2002. Pas mécontent de cet objet de fierté nationale : il est classé premier laboratoire mondial dans la traque des produits dopants par l'Agence mondiale antidopage.

Pour le ministre qui met la dernière main à son projet de loi de mise en conformité de la législation antidopage française, très sourcilleuse, avec un Code mondial antidopage un poil plus tolérant (les produits interdits varient selon les disciplines, au contraire de la loi Buffet de 1999), le déplacement à Châtenay-Malabry s'effectuait opportunément : il siégera désormais à la commission exécutive de l'Agence mondiale antidopage (AMA). (...)

Au laboratoire de Châtenay-Malabry, ce sont (...) neuf mille échantillons d'urine de sportifs qui sont analysés chaque année. Jean-François Lamour est venu constater que les 18,3 millions d'euros de budget consacrés à la lutte antidopage sont bien employés. Objectif assigné au laboratoire, accentuer désormais les contrôles inopinés des sportifs au cours de leur préparation (50 % des contrôles actuellement) dans des « paradis du dopage », plutôt que lors des compétitions. « On ne peut pas tellement augmenter la capacité d'analyse », tempère devant le ministre le directeur du laboratoire, Jacques de Ceaurriz. Et pour cause : bien que modernisé en machines et agrandi, le LNDD continue de tourner avec les mêmes effectifs, en statut précaire pour beaucoup (voir l'Humanité du 3 juillet 2004).

Le passage en CDI de techniciens est toujours soumis à l'arbitrage de Bercy et du ministère de la Fonction publique, les discussions sur la grille des traitements et des statuts sont restées au point mort. (...)

En 2000, à partir d'un seul échantillon, environ 130 molécules potentiellement dopantes étaient recherchées. En 2004, ce chiffre a plus que doublé, pour atteindre environ 270 molécules scrutées, sous formes de traces pesant autour du nanogramme...

Revers de cette haute technicité acquise avec l'expérience, à moyens humains constants, « la recherche des nouvelles molécules dopantes en pâtit », constate un autre technicien. Autrement dit, dans la course scientifique engagée entre dopés, dopeurs et lutte antidopage, tandis que les premiers sont actuellement rattrapés par les seconds, l'écart risque fort de s'agrandir à nouveau si la recherche et le développement de nouveaux tests piétinent. La réapparition du dopage sanguin risque ainsi de prendre de court le LNDD, qui craint de ne pouvoir absorber un afflux d'échantillons, car « il faudrait un à deux postes supplémentaires ».


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