Dossier dopage



De la positivité des contrôles

22/07/2000 - Libération - Patrick Laure (Médecin, sociologue, Patrick Laure est spécialiste des drogues de la performance au CHU de Nancy.)

Le Laboratoire national de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry aurait trouvé des traces de corticoïdes dans les urines de Armstrong. Mais l'analyse aurait été déclarée négative car le rapport testostérone sur épitestostérone était inférieur à 6, selon le journal le Monde du 21 juillet. On mentionne également d'autres coureurs «négatifs» avec les «taux» correspondants. En fait, il s'agit de deux notions bien différentes dont l'amalgame aboutit à une confusion.

Concernant les corticoïdes, seules les substances synthétiques sont, à ce jour, décelables dans les urines. On peut les dépister plusieurs heures après leur administration pour les corticoïdes à effets courts comme la prednisone, et pendant quelques semaines pour les autres comme le triamcinolone et le cortivazol. Les substances naturelles, cortisol et cortisone, ne sont pas décelables pour l'instant, mais cela ne saurait tarder.

Cela dit, il n'y a aucun seuil de détection pour les corticoïdes. Soit on en trouve dans les urines et l'analyse est positive, soit on n'en trouve pas et elle est négative. Or, les corticoïdes peuvent être prescrits aux sportifs pour des raisons thérapeutiques, sous réserve de respecter les voies d'administration autorisées (en application locale, par inhalation ou par injection intra-articulaire ou locale) et d'en notifier l'usage avant la compétition.

Il n'est donc pas anormal, a priori, que le Laboratoire en détecte chez certains coureurs soignés avec ces médicaments.

C'est exactement la même situation pour d'autres produits, comme le salbutamol utilisé pour traiter l'asthme et rendu responsable du contrôle positif de Miguel Indurain en mai 1994. A ce stade, il est donc trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit à partir des résultats biologiques. Seule une enquête permettra de vérifier si les conditions d'utilisation des médicaments ont bien été respectées.

Concernant la testostérone, la nouvelle technique d'analyse par spectrométrie de masse isotopique du carbone (C) détecte son apport exogène. Les anciennes méthodes recourent au rapport testostérone (T) sur épitestostérone (E). T et E, toutes deux fabriquées naturellement par l'organisme, sont épimères : elles ont la même formule chimique, mais une configuration spatiale un peu différente. Si le rapport T sur E est supérieur à 6, l'analyse est dite positive et, en résumé, entraîne, selon la valeur du rapport, examens complémentaires ou sanctions. Mais si E est supérieur à 200 nanogrammes par millilitre, quelle que soit la valeur de T, le contrôle est aussi déclaré positif. En effet, pour éviter toute variation intempestive du rapport T sur E, certains s'injectent à la fois T et E. Du moins ceux qui en ont les moyens, car si la testostérone vaut trois fois rien, l'épitestostérone est elle très coûteuse.

Pour les corticoïdes, le rapport T/E n'est d'aucune utilité, ni à leur mise en évidence, ni pour leur servir de seuil de détection. Les «taux» annoncés par le Monde montrent simplement que les rapports T/E des coureurs sont normaux. Reste à expliquer cette confusion et surtout comment des conclusions d'analyse antidopage, confidentielles, ont pu être divulguées. Hypothèse : sur la même feuille, ou dans la même liasse, figuraient les résultats concernant les corticoïdes et la testostérone. Et le lien aurait été fait un peu hâtivement. Ce serait sans conséquence si, une fois de plus, le respect de la confidentialité due aux coureurs n'avait été bafoué.

Cet article est tiré du dossier dopage de Libération