Dossier dopage



En sport, uriner sur les mains n'est pas jouer

03/11/2007 - Libération - Cédric Mathiot

Extraits

L'hygiène commande de se laver les mains après avoir uriné. La lutte antidopage préfère que les sportifs se les nettoient avant. Lors de la finale mondiale d'athlétisme, à Stuttgart (...) en septembre, les athlètes étaient priés de passer au lavabo pour un nettoyage énergique des pognes avant d'aller au pipi. La rumeur court depuis une grosse année : quelques tricheurs inventifs s'enduisent les mains de protéases, enzymes tout ce qu'il y a de plus banales qui «bouffent» les protéines... et donc les traces de produits illicites, EPO en tête. Il leur suffirait ensuite de s'uriner sur les doigts pour faire passer le produit miracle dans l'échantillon, qui en ressort comme immaculé. Depuis deux ans, plusieurs laboratoires antidopage (...) ont ainsi analysé des échantillons urinaires déconcertants, vierges de toute trace d'EPO, alors que celle-ci est naturellement présente - dans de très faibles quantités - dans l'organisme.

(...) En septembre 2006, lors d'une émission sur France 3, le cycliste espagnol Jesus Manzano (...) accrédita l'usage de techniques effaçant les traces d'EPO. Il détailla le mode d'emploi des produits, qu'il connaissait sous forme cristalline. «Après l'arrivée, si tu dois aller te présenter au contrôle, en fait, tu as un peu de temps, tu as un moment, trente minutes de liberté. Alors, tu te laves un peu les jambes ou tu te fais masser. Et puis, quand arrive le contrôle, le masseur a déjà tout préparé pour toi. En fait, tout est dans un flacon de parfum où il cache des petits grains. Il te les donne, tu les prends, tu te les mets sur le pénis, dans l'urètre. Deux petits grains, trois petits grains... Tu ouvres le flacon, tu les mets, et c'est fait !»

Mais déjà, le bruit courait que des petits malins, dans différentes disciplines, avaient changé de méthode : «On pense qu'ils se mettaient les produits sur les mains avant de se pisser sur les doigts, affirme Michel Audran, professeur à l'université de pharmacie de Montpellier (...). Ce qui est un autre moyen de mettre les protéases dans le flacon.»

Une inquiétude d'autant plus forte pour la lutte antidopage que les protéases en question se trouvent dans des produits ménagers particulièrement faciles d'accès... En janvier, l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a décidé (...) d'obliger les sportifs à revêtir des gants avant les contrôles urinaires pour éviter ce type de manipulations.

Une toute fraîche étude, réalisée par l'équipe du laboratoire de Lausanne (...) estime à 17 % le nombre de contrôles urinaires ne présentant aucune trace d'EPO. Ces disparitions ne sont pas le fait de seules manipulations.

Plusieurs explications possibles sont mises en avant, dont le degré d'hydratation des sujets : une forte hydratation induit une dilution des traces d'EPO dans l'urine.

(...) Toutefois, l'équipe du labo a procédé à une simple expérience démontrant que l'usage, même en faible quantité, d'une protéase facilement accessible et bon marché suffisait bien à faire disparaître les traces d'EPO. (...) Plusieurs laboratoires cherchent actuellement un moyen de détecter ces protéases exogènes dans les échantillons.

(...)

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Cette page a été mise en ligne le 5/11/2007.