Dossier dopage



Les champions asthmatiques 
Libération - 14/08/2000
Par Patrick Laure

Une nouvelle fois, le salbutamol a été découvert lors d'une série d'analyses antidopage. Cette molécule de la famille des bêtamimétiques a pour propriétés essentielles de relâcher la musculature des bronches et de l'utérus. D'où ses principales indications en médecine: le traitement de la crise d'asthme et la diminution des contractions utérines en cours de grossesse. En France, le salbutamol est disponible depuis 1971. On le trouve sous différentes formes (sirop, comprimés, ampoules injectables et suspension pour inhalation), dont la plus connue est le flacon bleu commercialisé sous le nom de Ventoline®.

Très vite, certains ont tenu le raisonnement suivant: si le salbutamol améliore en quelques minutes la respiration d'un sujet asthmatique, cet effet sera d'autant plus marqué chez un non-asthmatique. Par exemple, un sportif.

(...)

Le salbutamol a ainsi connu un succès immédiat. Jusque dans les cours de récréation où, au moment d'épreuves sportives, les bouffées de ce produit s'échangeaient, auprès des élèves atteints d'asthme, contre des bonbons. Rapidement, certains sportifs sont passés aux comprimés pour augmenter les doses. Par ailleurs, ressentant moins la fatigue, ils lui ont attribué des vertus stimulantes. Et ceux qui en prenaient de très fortes doses (plus de 120 fois celle utilisée pour une crise d'asthme), observant un développement de leur musculature, en ont déduit qu'il avait aussi des effets anabolisants.

Enfin, des chercheurs français ont démontré, au cours d'un exercice sous effort maximal intense sur bicyclette, que cette molécule pouvait améliorer significativement la performance. Toutefois, outre des considérations éthiques, cet usage non thérapeutique engendre des effets indésirables: palpitations, maux de tête, tremblements des doigts, tachycardie, vomissements, etc. Pour ces raisons, le salbutamol et ses analogues ont été inscrits sur la liste des substances dopantes.

Avec, malgré tout, la possibilité de l'utiliser en traitement de l'asthme et/ou de l'asthme d'effort. Depuis, il compte parmi les produits les plus souvent détectés lors des analyses antidopage. L'apparente proportion élevée d'asthmatiques chez les sportifs contrôlés suscite l'étonnement. (...) En fait, on connaît mal le pourcentage d'asthmatiques diagnostiqués chez les sportifs de haut niveau.

Une étude sur les Américains ayant participé aux JO d'hiver de 1998 a montré que 60 % des skieurs de fond avaient eu ce diagnostic ou avaient déjà reçu des médicaments contre l'asthme, contre seulement 3 % des pratiquants de bobsleigh, de biathlon ou de luge. Aux Jeux d'Atlanta, 50 % des cyclistes américains étaient dans le même cas. D'autres travaux suggèrent qu'un exercice physique intense dans un environnement particulier (pollens, grand froid, pollution aérienne) pourrait engendrer un équivalent de la crise d'asthme.

Quoi qu'il en soit, depuis avril 2000, le code antidopage du mouvement olympique a fixé des concentrations urinaires limites pour le salbutamol: plus de 100 ng/ml signerait un usage stimulant et plus de 1 000 ng/ml un usage anabolisant. Reste à différencier, pour des taux inférieurs, l'usage par inhalation, autorisé, de celui par voie orale, interdit. Une récente étude espagnole y est parvenue, mais avec un taux de faux négatifs de 12 %. Quant à l'analyse de cheveux, elle n'apporte que peu de renseignements supplémentaires dans ce contexte

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