Dossier dopage



L'antidopage français s'inquiète de l'usage dangereux des corticoïdes

05/06/2008 - Le Monde - Stéphane Mandard

Extraits

L'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) est "extrêmement inquiète". Depuis plusieurs mois, les dossiers qu'elle instruit révèlent des pratiques médicales "dangereuses" dans l'usage des corticoïdes.

Ainsi de ce dossier d'un jeune de 18 ans pratiquant un sport de combat au niveau national. Suite à un contrôle positif, l'AFLD découvre que ce sportif prometteur souffre d'une malformation lombaire depuis la naissance.

Après plusieurs chutes, une hernie discale l'oblige à s'arrêter six mois et à porter un corset. Mais le champion en devenir doit passer une sélection importante. Un rhumatologue lui fait alors trois infiltrations de corticoïdes pour masquer la douleur et lui permettre de disputer la compétition. "Ce jeune garçon risquait d'être paralysé", juge Véronique Lebar, médecin de l'AFLD (...).

Plus inquiétant encore, l'Agence reçoit des demandes d'autorisation à des fins d'usage thérapeutique (AUT) de corticoïdes pour des adolescents. Ainsi de ces gymnastes et nageurs âgés de 13 à 15 ans évoluant aux niveaux régional et national sur lesquels des médecins voulaient pratiquer des infiltrations de corticoïdes avant des compétitions.

A chaque fois, l'AFLD a refusé de délivrer les AUT mais l'agence n'est pas en mesure d'engager des poursuites contre ces praticiens en l'absence de réglementation quant à l'usage des corticoïdes. Pour combler ce vide, le président de l'AFLD, Pierre Bordry, a demandé à la Haute Autorité de santé et à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) de "définir les bonnes pratiques médicales" en matière d'utilisation des corticoïdes chez le sportif.

L'Afssaps doit bientôt publier un rapport dont Le Monde a pu prendre connaissance. Il établit plusieurs recommandations afin d'"inciter à une utilisation mesurée et plus sécuritaire des corticoïdes en médecine et traumatologie du sport."

Réalisé par Pierre Rochcongar, président de la Société française de médecine du sport, le rapport souligne qu'il existe "des alternatives" aux corticoïdes pour le traitement des lésions traumatiques (tendinites, arthropathies...) et que ces derniers ne doivent "pas être proposés, dans la plupart des cas, en première intention". Il recommande, en outre, de "respecter les temps de cicatrisation et de repos" et alerte sur les risques de "pharmacodépendance" et d'"insuffisance surrénalienne."

Plusieurs études montrent qu'en bloquant la production endogène de cortisol, l'administration de corticoïdes est à l'origine d'insuffisances surrénaliennes (...) qui peuvent dégénérer en accidents graves, voire mortels, en cas de stress intense (traumatisme ou infection).

(...)

Selon Michel Rieu, conseiller scientifique de l'AFLD, les origines de certaines morts subites de sportifs sont peut-être à rechercher du côté d'une utilisation abusive de corticoïdes. "Il y a toute une série de morts suspectes qui restent inexpliquées. Quand, à la suite d'une autopsie, on vous dit qu'un sportif est mort d'un arrêt cardiaque parce qu'il avait un gros coeur, c'est un peu court comme explication", estime Michel Rieu qui juge "scandaleux" et "dangereux" que les corticoïdes ne soient plus interdits hors compétitions.

Le professeur Rieu juge, par ailleurs, que "beaucoup de demandes d'AUT de corticoïdes" - qui se sont banalisées (en 2007, l'AFLD a traité 1 173 demandes d'AUT dont 415 pour des corticoïdes) - sont " bidons" et "cachent une utilisation à but de dopage". (...)

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Cette page a été mise en ligne le 5/6/2008