Actualité du dopage



Marion Sicot, des mensonges à la vérité


01/04/2020 - cyclisme-dopage.com - Stéphane Huby

Dans un entretien diffusé samedi 13 mars 2020 sur FranceTVSport et complété le lendemain par un reportage dans Stade 2, Marion Sicot, contrôlée positive à l'EPO en 2019 est passée aux aveux. Elle risque quatre ans de suspension. Au micro de Thierry Vildary, elle dénonce l’attitude malsaine à son endroit de Marc Bracke, son directeur sportif. Au-delà de l’acte de dopage, quelle reconnait, assume et pour lequel elle sera sanctionnée, son expérience éclaire une face sombre du sport de haut niveau. Nous avons pu nous entretenir avec elle et consulter de nombreux documents du dossier ce qui nous permet d’apporter un éclairage sur les dessous de l’affaire.

Dans un premier volet, nous avons décrypté, au travers des échanges Messenger entre Marion Sicot et son directeur sportif, la descente aux enfers de la jeune femme.

Dans ce second volet, nous nous penchons sur le parcours qui l’a menée des mensonges à la vérité, un parcours exceptionnel tant les aveux restent rares, ou à tout le moins partiels, dans les affaires de dopage.

« Je ne savais pas combien de temps l’EPO restait dans l’organisme »

Jeudi 27 juin 2019. Marion Sicot en termine avec les 28 kilomètres du contre-la-montre des championnats de France qui se tiennent à La Haye-Fouassière en Loire-Atlantique. La chaleur est caniculaire. Elle prend le deuxième temps intermédiaire. Alors qu’elle commence à récupérer, une chaperonne l’informe qu’elle est attendue au contrôle antidopage. Elle en a déjà subi des dizaines dans le passé. Elle connait le protocole. Arrivée déshydratée à 14h31 au poste de contrôle, il lui faut plus de deux heures et deux litres d’eau pour remplir les flacons qui vont changer sa vie. Le premier est scellé à 16h43. Sur le formulaire de contrôle du dopage, elle a indiqué : « Aucune transfusion. Prend du Ferograde 500 (du fer et de la vitamine C), un par jour, pris ce jour. Aucune infiltration ». Une signature, des félicitations à Séverine Eraud, sa coéquipière qui remporte l’épreuve et Marion Sicot retrouve ses parents. « Je ne savais pas combien de temps l’EPO restait dans l’organisme et je ne pensais pas que je serais positive avec une injection », se confie-t-elle.

Deux jours plus tard, 11 heures, elle s’apprête à participer à la course en ligne. Le directeur sportif (qui n’est pas Marc Bracke) prépare les vélos de Séverine Eraud et Pascale Jeuland, ses deux coéquipières. Elle doit se débrouiller seule pour installer la plaque de cadre, gonfler ses boyaux, vérifier les réglages. Son père lui donne un coup de main sous les yeux de sa mère attristée de voir que sa fille ne bénéficie pas du même traitement que les autres. Depuis qu’elle a été enrôlée dans l’équipe Doltcini-Van Eyck Sport Women Cycling Team, l’orléanaise n’a pas de vélo de rechange, par exemple. Pendant la course, elle n’arrive pas à se libérer totalement. Quand elle s’extirpe du peloton avec trois autres coureuses, la bonne échappée est déjà partie. Jade Wiel revêt le maillot tricolore. Sicot et ses trois compagnes d’échappée se disputent la sixième place. L’orléanaise termine neuvième. Elle espérait mieux même si ce résultat est conforme à son niveau habituel. « A mon retour le dimanche soir, je suis triste. Je me dis qu’au final ça ne fonctionne pas. Je prends la boite d’EPO et la jette à la poubelle », dit-elle.

« N’ai-je pas déjà tout perdu ? »

Son injection d’EPO remonte au 24 juin, soit seulement trois jours avant son contrôle. C’est aussi le jour de son anniversaire. Elle se sent au fond du trou. Aujourd’hui, elle se souvient : « Ce jour-là, j’ai dû mal à sortir la tête de l’eau. Le vélo me dégoutte de plus en plus mais je ne veux pas l’abandonner. Je me lève en mode zombie. Je ne suis pas bien. Je tourne en rond chez moi. Je me mets à pleurer puis je regarde longuement le colis que j’ai reçu quelques jours plus tôt. Et si j’essayais ? Peut-être que ça marchera et que Marc Bracke me laissera tranquille. Si je fais une performance, il sera peut-être aussi gentil avec moi qu’avec les autres. Il cessera ses demandes de photos. J’ouvre le colis. Regarde les flacons. Est-ce que je le fais ou pas ? Est-ce que je tente le tout pour le tout, quitte à tout perdre ? Mais n’ai-je pas déjà tout perdu ? Perdu l’amour du vélo ? »

Finalement, elle s’injecte l’EPO dans le ventre. Les psychologues qu’elle a consultés lui ont fait remarquer que le geste ressemble au hara-kiri des samouraïs. Un suicide sportif en quelque sorte. Elle, évoque un « geste de désespoir ». Elle sait qu’elle risque de se faire prendre : « Alors, ça sera enfin terminé avec mon équipe et avec mon directeur sportif. Je ne voulais pas quitter l'équipe avant la fin de la saison. Ça fait mauvais genre. J'avais peur de ne pas retrouver d'équipe après », nous explique-t-elle.

Après les championnats de France, elle enchaîne les courses. Un déplacement en Hongrie puis en République Tchèque. Rentrée en France le 14 juillet, elle repart le 16, seule en voiture, en direction de Pau où elle doit participer à la Course By Le Tour, épreuve organisée par ASO en marge du Tour de France. Quand elle annonce à Marc Bracke qu’elle arrivera en retard, il le prend mal et lui demande d’aller chercher une coéquipière à la gare de Pau : « Marion, tu arrives en retard donc peux-tu prendre Séverine à Pau. Elle arrive vers 20h30. Comme ça le staff peut tout préparer et se reposer après un long voyage. Merci. Contacte Séverine. »


Marion Sicot se retrouve à attendre pendant 2h30 à la gare de Pau. De son côté Marc Bracke arrive encore plus en retard que la jeune femme. « Vraiment stupide l’attitude de Marc avec toi », lui écrit une de ses coéquipières. « Nous allons nous coucher. J’ai du mal à trouver le sommeil, c’est difficile car je suis dégoutée du vélo et je n’en peux plus de l’acharnement de Bracke », se souvient-elle.


Dernier instant de bonheur pour Marion Sicot avant l'annonce de son contrôle positif
17/07/2019, Droits réservés

« Bonjour, Agence Française de Lutte contre le Dopage »

Après le petit déjeuner, le 17 juillet, elle effectue une reconnaissance du circuit de la course. Petit moment de bonheur, quelqu’un a inscrit son nom sur la route. « Quelqu’un à pensé à moi alors que je ne suis pas connue. Je suis touchée et heureuse. Ça embellit ma fin de sortie », se souvient-elle.

Alors qu’elle rentre à peine de cette reconnaissance et qu’elle s’apprête à se reposer à l’hôtel, elle reçoit un appel : « Bonjour, Agence Française de Lutte contre le Dopage. Nous vous avons envoyé un mail. Il faudrait que vous regardiez et que vous répondiez très vite ». Immédiatement, elle ouvre son ordinateur où elle trouve l’annonce de son contrôle positif. Elle accuse réception. Tout de suite, l’interlocuteur de l’AFLD la rappelle et lui annonce qu’elle ne pourra pas courir le lendemain et doit rentrer chez elle immédiatement pour éviter le scandale en plein Tour de France. Sicot raccroche, effondrée. Comment annoncer son départ à son équipe ? Que vont-ils penser ? « Je me sens vide et mal. D’un côté, je suis soulagée de me dire qu’avec mon équipe c’est fini. Surtout avec Marc Bracke. Mais de l’autre, je me dis, Marion, que vont penser les gens de toi ? ». Elle envoie un texto à ses parents. Impossible de leur parler. Encore moins de leur donner les vraies raisons de sa positivité. Elle dit ne rien comprendre. Sur la table de massage, elle pleure. De retour dans la chambre qu’elle partage avec une coéquipière, elle pleure encore. Elle parle d’une « analyse de sang pas bonne ». Elle veut parler à Marc Bracke mais il est parti chercher les dossards et se détendre dans les rues de Pau. Elle lui envoie un message mais il ne répond pas. Il est 15 heures. Elle doit partir. Elle prend la route. Elle a 700 kilomètres devant elle. 700 kilomètres avec le téléphone qui sonne sans cesse. Ses parents, sa grand-mère Elle ne répond pas. Puis un numéro inconnu. Elle hésite puis décroche. « C’est l’UCI. Ils me demandent si je suis bien partie. Ils ne veulent absolument pas que je communique sur mon contrôle, même avec mon directeur sportif. Ça doit rester entre nous et ça se réglera en interne. Ils ont peur du scandale à cause du Tour de France. Pourtant, je découvrirai plus tard que Marc Bracke a déjà été mis au courant par l’organisateur de la course ! »

Le silence et le déni comme seule perspective, les kilomètres défilent. « Je me rends compte que cela va changer ma vie, poursuit-elle. Les gens vont me voir comme une tricheuse. Je me rends compte que le vélo c’est ma vie mais que je l’avais oublié à cause de ce qui m’arrivait avec mon directeur sportif. Je me dis également que je vais perdre mon travail. Que vont penser mes élèves ? La vie que j’ai construite autour du vélo s’écroule comme des dominos, à une vitesse telle qu’il est impossible de stopper quoi que ce soit. »

Les kilomètres d’autoroute défilent, tantôt à 90 km/h, tantôt à 160, « pour jouer avec ma vie qui est pour moi sur le fil du rasoir. A chaque camion, je me demande si le plus simple ne serait pas de tourner le volant. Ou j’imagine foncer dans les barrières de sécurité et faire des tonneaux. Je pleure encore et encore pendant ces sept heures. ». Arrivée chez ses parents, elle se réfugie dans sa chambre, sans leur parler. Elle a pris le temps de prévenir son entraîneur, Franck Alaphilippe. Elle se désole qu’il puisse être mêlé à ça en plein Tour de France alors que Julian, son cousin, porte le maillot jaune. Quand un journaliste ayant eu vent de l’affaire interrogera Alaphilippe quelques jours plus tard, il s’en tiendra à la version du contrôle sanguin avec un taux de fer anormal. C’est aussi la version qu’elle sert à ses parents et à ses amis qu’elle accompagne à un stage vélo prévu de longue date. Marc Bracke son directeur sportif ne la contacte qu’une seule fois pendant cette période. Il est inquiet des répercutions médiatiques mais annonce pourtant la nouvelle à toute l’équipe.

« Il m’arrive de mettre le vélo sur le home-trainer et de le regarder pendant des heures »

Marion Sicot a rendez-vous à l’AFLD le 30 juillet. On lui explique qu’avec de l’EPO dans ses urines, elle n’a aucune chance de s’en sortir. Sa seule possibilité pour réduire sa peine (elle risque quatre ans de suspension), c’est d’aider l’Agence à faire tomber un réseau. « Un réseau ? Je suis bien loin de tout ça », se désole la jeune femme. La colère monte intérieurement quand la responsable de l’Agence lui lance : « Vous êtes cycliste professionnelle, vous gagnez très bien votre vie ». Si elle savait. Si elle pouvait comprendre. Alors Marion Sicot se raccroche à un dernier espoir, un échantillon B, qui par miracle, reviendrait négatif. Il lui faudra attendre le 17 septembre. Deux mois. « Une éternité, soupire-t-elle. Pendant ce temps ma famille aura tout fait pour me réconforter en essayant de me changer les idées. Mes frères étaient au courant du contrôle positif mais pas des détails. Personne ne l’était. La vérité, je l’ai gardée pour moi. Et elle était de plus en plus lourde à porter, sans personne à qui me confier. Seule ma chienne Celka a su la vérité ! Plusieurs fois, je m’entraînais à la dire devant elle. Mais quand ma famille arrivait, je me ravisais. Je ne pouvais pas. »

Les jours passent. Somnifères. Rentrée scolaire. Un peu de vélo certains jours. « Il m’arrive de mettre le vélo sur le home-trainer et de le regarder pendant des heures », se souvient-elle. Chaque matin, elle guette les réseaux sociaux avec la peur que la nouvelle du contrôle positif ne s’ébruite. A juste titre car la rumeur circule. « Je l’ai appris le 12 septembre », nous indique Antoine Vayer.

Le 17 septembre, elle assiste à l’ouverture des échantillons B. Le même jour, elle contracte une assurance obsèques auprès de sa banque.

Elle sera Marion Sicot la dopée à l’EPO, Marion Sicot la tricheuse

Deux jours plus tard, elle reçoit l’appel d’un journaliste de L’Equipe. Il a appris son contrôle positif à l’EPO. Il prépare un article pour le lendemain. Il veut recueillir sa réaction. Il veut savoir si Franck Alaphilippe l’a aidée. « Je lui dit que non, qu’il ne m’a pas aidée, que je conteste le contrôle, que j’ai demandé l’analyse de l’échantillon B, qu’il va détruire ma vie ». Désespérée, elle appelle ses parents qui tentent de la rassurer. Mais elle sait, que le lendemain, elle sera pour tous Marion Sicot la dopée à l’EPO, Marion Sicot la tricheuse.

Comme annoncé, L’Equipe publie son article le lendemain. Franck Alaphilippe est interrogé par le journal. Il dit avoir appris le contrôle la veille. Interrogée par Le Monde, elle le met hors de cause : « Je ne l’ai vu qu’une fois, et c’était l’année dernière. C’est une relation à distance. Je lui envoyais mes fichiers de capteurs de puissance, et lui me faisait des plans d’entraînement. On avait commencé à travailler ensemble l’an dernier, parce qu’il avait obtenu des résultats et que je cherchais une nouvelle méthode. Il devait, quoi qu’il en soit, arrêter de m’entraîner à l’issue des championnats de France, en raison de son passage chez Quick Step ». De son côté l’entraîneur explique au quotidien du sport : « J’avais accès à un récapitulatif de ses entraînements précédents et je pouvais notamment consulter tous ses records de profils. Mais depuis le début de l’année, je n’ai constaté aucune amélioration dans ses chronos ». Avant de conclure : « Je faisais ça bénévolement, c'est très dur à encaisser ».

Sicot sert alors aux media une explication abracadabrantesque : « Je suis droite dans mes bottes et innocente. Je me défendrai jusqu’au bout. C’est un taux extrêmement faible qui est dû au fait que, au moment du contrôle, j’avais mes règles. On a alors une production d’EPO supplémentaire, comme me l’ont confirmé plusieurs laboratoires d’analyse ». Mais le contrôle a révélé la présence d’une EPO exogène. L’excuse est digne de notre bêtisier du dopage.

Les réseaux sociaux s’enflamment. L’excuse est tournée en ridicule. Ses liens avec Franck Alaphilippe montés en épingle. Sur Twitter, Antoine Vayer alias @festinaboy, n’est pas le dernier à la « troller ». Nous relayons plusieurs de ses tweets. Elle reçoit des menaces. Elle fait des copies d’écran, garde tout. Plus tard, dans ses moments de déprimes, elle les consultera. Comme pour creuser un peu plus son trou.

Le 14 octobre, dans le bureau de son avocat à qui elle continue de mentir, elle comprend qu’elle est dans une impasse. Le lendemain, elle lui avoue tout. Elle lui raconte le harcèlement, le dégoût du vélo, l’achat puis la prise d’EPO. Dans la foulée, elle libère sa conscience auprès de ses parents et de quelques amis. Début novembre, une dizaine de personnes sont au courant. Mais alors qu’elle leur parle de l’EPO, elle n’ose pas raconter à tous ses confidents ce qu’elle a subi avec Marc Bracke. Avec son avocat, elle prépare un dossier pour se défendre devant l’AFLD. La procédure est partie pour durer. L’agence est déjà mobilisée sur des dossiers plus gros comme celui de Clémence Calvin. Les media et les réseaux sociaux passent à autre chose. Tant qu’aucune sanction n’est prise, elle peut continuer à enseigner au Lycée du Blanc. Elle doit affronter le regard de ses collègues, de ses élèves et de leurs parents. Certains prennent leurs distances mais la plupart se montrent bienveillants, ce qui l’aide à tenir, nous dit-elle avec émotion.

« J’ai fini par la contacter parce que j’en ai marre des mensonges »


Marion Sicot avec Antoine Vayer au Mans, février 2020
Copie d'écran Stade 2, 8 mars 2020

Au cœur de l’hiver, Antoine Vayer est alerté sur le cas Sicot. « J’ai mes antennes dans le milieu », nous dit-il. L’affaire ne serait pas aussi simple qu’il y parait, lui dit-on. « J’ai fini par la contacter parce que j’en ai marre des mensonges et elle mentait de façon éhontée, raconte-t-il. Je lui ai expliqué qu’elle ne pourrait se reconstruire que dans la vérité. Elle a accepté que je la rencontre. Je voulais qu’elle joue cartes sur table, à livre ouvert, ce qu’elle a fait. Je l’ai rencontrée longuement à deux reprises au Mans. Elle m’a raconté son histoire, m’a montré son dossier. J’ai tout vérifié. L’EPO, c’est une connerie et elle va être punie pour ça. C’est normal. Mais derrière, il y a une histoire sordide qu’il faut dénoncer ». La jeune femme, nous raconte : « Il m’a décidée à parler publiquement. Il m’a mis en relation avec Thierry Vildary et nous avons enregistré l’entretien que vous connaissez. Ça m'a fait du bien. J'ai tout dit. Je vais bien. Ça m'a permis de me soulager ». Depuis, elle a reçu beaucoup de messages de soutien. C'est « super-sympa, sourit-elle. Au lycée, dans l’ensemble, ils ont bien réagi. J’ai des élèves qui sont tops ».

Dans un communiqué publié le 9 mars, l’équipe Doltcini-Van Eyck Sport Women Cycling Team soutient son directeur sportif Marc Bracke. Elle admet que demander des photos en sous-vêtements pour suivre son poids était une « erreur » tout en mettant en doute les motivations de Marion Sicot à s’exprimer. Elle l’accuse notamment de vouloir surfer sur l’article du Le Monde du 29 février. Le quotidien révélait l’existence d’une enquête de la commission d’éthique de l’UCI, ouverte après la plainte de Maggie Coles-Lyster qui accuse un masseur de la même équipe d’avoir abusé d’elle en 2017. Or l’entretien de Marion Sicot avec Thierry Vildary a été enregistré le 21 février.

Sur les réseaux sociaux, si prompts à s’enflammer, la compréhension – qui ne vaut pas excuse pour tous les internautes - semble majoritaire. Parmi les voix discordantes, celle de Pauline Ferrand-Prévot, a suscité moult commentaires. La multiple championne du monde, dans un message Facebook publié le 10 mars, après avoir écrit que « si les faits de harcèlement par sa direction d’équipe sont avérés () alors la condamnation () est juste une évidence », ajoute : « Il y a quelque chose qui me met mal à l’aise dans les révélations récentes de Marion Sicot à propos des raisons de son dopage. () Ce qui me dérange, c’est que même s’il y a des explications, on reste entièrement responsable de sa décision, de ses actions ». Puis elle fait le parallèle avec Richard Virenque, dopé « à l’insu de son plein gré » avant de conclure : « Je me dis qu’un tel témoignage peut faire passer les cyclistes féminines pour des victimes. Or, je ne me reconnais pas du tout là-dedans ! On a le droit d’assumer ce qu’on a fait, pleinement ». Le même jour, dans un autre message, elle tempère ses propos : « J’ai été assez touchée par les commentaires assassins faciles des réseaux sociaux pour préciser que ce n’est pas mon propos. Je lui souhaite simplement de sortir grandie et renforcée de ce qu’elle traverse. Et de remonter sur un vélo plus sereine. Et je souhaite à tous ceux qui aiment le vélo de ne pas faire du dopage une issue. »

Dans une tribune publiée dimanche dernier sur le site de référence anglophone cyclingnews.com, Philippa York, journaliste et ancien cycliste, ancien meilleur grimpeur du Tour de France, mettait en pièce le parallèle avec Richard Virenque. Cette histoire donne « le sentiment que Sicot ne s'est pas dopée pour gagner des courses, pour être célèbre ou devenir riche, écrit-elle, mais plutôt parce qu'elle pensait que si elle se dopait et devenait une coureuse un peu meilleure, son directeur sportif ne lui demanderait pas de photos douteuses et l'aurait laissée être une cycliste sans rien à cacher. C'est une triste conclusion, et si elle est vraie, elle nécessite de la sympathie et non une condamnation. »

« Il faut que je me reconstruise »

Marion Sicot n’a pas souhaité réagir aux propos de Pauline Ferrand-Prévot. Elle espère simplement que son histoire permettra à d’autres femmes de se libérer de l’emprise d’un entourage malsain et attend beaucoup de l’enquête diligentée par l’UCI.

Côté sportif, elle est suspendue provisoirement depuis le 18 juillet dernier et attend d’être convoquée par la commission des Sanctions de l'AFLD. Elle sait qu’elle mérite une peine et qu’elle sera condamnée. Même si Marc Bracke ne l’a ni dopée ni incitée directement à le faire, il l’a acculée à ce geste qu’un psychologue qu’elle a consulté qualifie de « décompensation avec passage à l’acte ». Elle espère que cette emprise et ce harcèlement exercés par son directeur sportif sera prise en considération par l’AFLD.

« Pour l'instant, je fais du vélo plaisir », dit-elle alors que nous l’interrogeons au retour d’une sortie dominicale de 140km (c’était avant le confinement pour cause de Covid-19). Et puis, « continuer à partager ma passion avec les élèves, c'est essentiel. Il faut que je réfléchisse à ce que je veux faire. Ce sera sans doute toujours dans le monde sportif mais pas dans le vélo. Il faut que je me reconstruise ».


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Cette page a été mise en ligne le 01/04/2020