Actualité du dopage



Contrôlée positive à l'EPO, la cycliste Blancoise Marion Sicot passe aux aveux, et accuse


08/03/2020 - francebleu.fr - Régis Hervé

Contrôlée positive à l'EPO, Marion Sicot avait dans un premier temps nié en bloc. Mais dans un entretien diffusé ce dimanche soir dans l'émission Stade 2, la cycliste professionnelle passe aux aveux. Elle dénonce aussi le comportement "malsain" de son directeur sportif.

En septembre dernier sur France Bleu Berry, Marion Sicot, controlée positive à l'EPO aux championnats de France du contre-la-monte en juin 2019, clamait encore son innocence, en affirmant qu'elle ne s'était jamais dopée : "J'ai des valeurs, toujours persévérer, progresser étape par étape...je ne pourrais m'être dopée et prendre des produits alors que j'inculque à des jeunes ces valeurs". Mais le poids du secret et du mensonge, était visiblement trop lourd à porter (...).

Membre de l'équipe belge Doltcini-Van Eyk Sport et responsable de la section cyclisme au lycée Pasteur au Blanc, Marion Sicot avoue s'être dopée à l'EPO. Dans un entretien exclusif accordé à notre confrère de France 2 Thierry Villardy, la jeune cycliste explique comment elle en est arrivée là. Et elle accuse : "J'ai envie de dire ce qui s'est vraiment passé". Le dopage et le recours à l'EPO, Mario Sicot l'assume et l'explique : "Je me suis dit, l'EPO ça fait marcher. Peut être, si j'arrive à obtenir une performance, mon directeur sportif m'accordera autant d'importance que les autres filles et me gardera dans l'équipe." Mais Marion Sicot va plus loin et parle d'un acharnement de ce directeur sportif.

L'EPO commandée sur un site chinois

Les produits avaient été commandés fin mai sur un site internet chinois : "Il fallait que ça passe les douanes, mais j'étais tellement perdue, que j'étais prête à prendre le risque". Marion Sicot recevra le colis de 10 flacons d'EPO. Quelques semaines plus tard au Blanc, le 24 juin, jour de ses 27 ans, Marion Sicot ne se sent pas bien : "Je me mets à pleurer...j'etais pas bien, parce que je n'avais plus la passion du vélo. J'arrivais à saturation, j'étais à bout". Mais cette passion du vélo ne l'a pas vraiment quittée, alors la cycliste est prête à prendre des risques pour obtenir des résultats. Cette décision, elle la prendra seule, après s'être isolée de ses amis notamment : "A force d'isolement, c'est là qu'on fait des erreurs. Personne de ma famille n'était au courant"

Dans le détail, Mario Sicot raconte à notre confrère de France 2, l'injection, la poudre blanche, l'eau qu'elle fait chauffer, la seringue et l'aiguille qu'elle enfonce dans son ventre. Une descente aux enfers qui se poursuivra jusqu'au 28 juin, jour du contrôle aux championnats de contre-la-montre. Elle apprendra son contrôle positif le 18 juillet. Les pleurs, les nuits où elle pense mettre fin à ses jours, les insultes sur les réseaux sociaux et le terrible mensonge : c'est avec tout cela que Mario Sicot vit alors.

L'emprise du directeur sportif qui aurait demandé des photos en sous-vêtements

Dans cet entretien de près de 35 minutes (...) Marion Sicot, qui avoue aller mieux aujourd'hui, accuse aussi et veut dire la vérité, toute la vérité. "Fin 2O18, j'attends toujours un nouveau contrat et mon directeur sportif me demande de vendre deux vélos pour rester dans l'équipe...je devais payer tous mes frais de déplacement, et cà, c'est illégal, mais j'ai accepté parce que j'aime le vélo...et tout ça sans salaire".

Au delà de cet aspect contractuel, Marion Sicot évoque aussi ses relations personnelles avec son directeur sportif qu'elle côtoie très peu : "Il me disait que j'étais trop grosse, que je ne marchais pas". Les relations vont se dégrader encore : dénigrement permanent, pas de vélo de rechange comme ses coéquipières, Marion Sicot dit alors ressentir une "pression malsaine vis à vis de lui". Une pression qui va prendre une tournure très particulière à partir de novembre 2018 : "Il me demande des photos où je dois me prendre devant et derrière pour (dit-il) contrôler mon poids. J'aime pas forcément mon corps, et là c'est difficile de s'afficher devant une personne". Des photos que ce directeur sportif aurait demandé jusqu'à deux fois par semaine : "Si je ne lui fournis pas ces photos, je ne pourrais pas faire les courses du début de saison. Mais à aucun moment, il ne me demande de prendre la balance en photo. Uniquement moi, en sous-vêtements".

Marion se dit alors que pour participer aux courses, c'est la seule solution. (...) Et ça ira plus loin encore avec des demandes de photos plus osées, en string : "Là, ça dépasse les limites et je refuse".

Marion Sicot dit avoir les preuves de ce qu'elle avance. Au delà du dopage, condamnable, la jeune femme estime avoir des "circonstances atténuantes" qui l'ont contrainte à se doper et elle demande donc, une certaine clémence des instances sportives. Elle précise par ailleurs qu'elle va engager des poursuites pénales contre son directeur sportif : "Pour que ça n'arrive pas à d'autres filles". Après le secret et le mensonge, Marion Sicot veut parler, pour retrouver aussi, l'estime d'elle même et celle des ses proches.


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Notre post-scriptum

L'entretien intégral de Thierry Vildary avec Marion Sicot est disponible sur FranceTVSport.


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Cette page a été mise en ligne le 08/03/2020