Dossier dopage



Les années de plomb

21/07/2000 - L'Humanité - Jean-Emmanuel Ducoin - Entretien avec Gérard Nicolet, médecin de la Fédération française de cyclisme et ex-médecin du Tour

Extraits

"Le cyclisme aime les vanneurs, les chambreurs et les m'as-tu-vu à lunettes de soleil, lui chérit la simplicité, le silence et la solitude. " Etre médecin, c'est avoir des valeurs ", lance-t-il sans forcer la voix. · cinquante-deux ans et après douze Tours de France, il dit avoir " apprécié ce qui s'est passé sur le Tour, en 1998 ", cette " honte enfin révélée au grand public.

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" Vinrent alors la fin des années quatre-vingt et l'institutionnalisation du dopage. Arriva surtout l'érythropoïétine, permettant en un rien de temps l'augmentation du transport d'oxygène dans le sang. Il reconnaît : " Avec l'EPO, ce fut un bouleversement terrible, car on peut dire que cette hormone magique rendit le dopage efficace. Pour la première fois, un apport exogène assurait au sujet entraîné une amélioration de ses performances. Une révolution. Dès 1989, un professeur suédois évaluait le gain à 10 %. On sait aujourd'hui qu'il était en deçà de la réalité. Cela a eu pour conséquence de banaliser l'effort athlétique ".

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"Vous savez, glisse-t-il, le sportif n'est plus isolé comme avant. Un coureur cycliste est capable de résister à des choses terrifiantes. Alors, certains testent n'importe quoi sur eux. Quand les PFC (...) sont arrivés dans le vélo, ils étaient en phase expérimentale et certaines études venaient d'être stoppées aux Etats-Unis, c'est vous dire ". Et maintenant ? Sait-il, Gérard Nicolet, que l'hémoglobine réticulée ou recombinante (hormone fabriquée par génie génétique) circule dans les grandes équipes ? Que les hormones de croissance se refilent entre équipes italiennes ? Que l'EPO, dans sa version " mimétique " (ou EPO-like), issue de l'ingénierie moléculaire, n'augmente plus le taux d'hématocrite dans le sang ? Et tant d'autres bonnes nouvelles... Il répond : " Les substances sont détournées des indications thérapeutiques. Maintenant, les produits dopants de pointe, sont ce que nous appelons des " grands médicaments ". Ça me laisse songeur. Il y a peu de temps encore, il fallait compter 50 000 francs par an pour le traitement de base d'EPO, dix fois plus pour le traitement de pointe : ça vous donne un aperçu lorsqu'il s'agit de nouveaux produits pas encore commercialisés. Pour en arriver là, il faut forcément que ce soit pris en charge par les équipes. Et vous, savez-vous qu'on évoque aussi l'utilisation de facteurs tissulaires pour reconstituer du cartilage... Fou, non ? "

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