Calculs de puissances



Dopage : en vingt ans, la méthode des « radars » a fait ses preuves

08/07/2015 - lemonde.fr - Antoine Vayer

Depuis vingt ans, nos radars, positionnés dans les principaux cols de fin d'étape du Tour de France mesurent les puissances développées en « watts étalons » par les coureurs et permettent ainsi de débusquer les tricheurs. Les principaux radars de l'édition 2015 sont extraordinaires. Jugez plutôt : la Pierre Saint-Martin (15,7 km à 7,35 %), le 14 juillet, à l'arrivée de la 10e étape, le plateau de Beille (15,9 km à 7,8 %), deux jours plus tard, la Toussuire (18 km à 6,1 %) à la 19e étape et, enfin, l'Alpe-d'Huez (13,8 km à 8 %) la veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées. On peut craindre le pire, comprendre un retour à l'ère Armstrong, niveau performance. On se fait du souci pour Thibault Pinot, 3e du Tour l'an dernier, qui devrait logiquement perdre une bonne minute par radar sur un coureur comme Chris Froome.

Depuis deux décennies, nous classons les « exploits » des forçats de la route en quatre catégories. Il y a les « mutants », capable de développer plus de 450 watts étalons en moyenne, les « miraculeux » qui oscillent entre 430 et 449 watts et les « suspects » qui naviguent entre 410 et 429 watts. 410 watts, c'est le seuil du « dopage avéré ». Appelons-le « suspect », c'est plus « soft ».

En dessous de 410 watts, nous qualifierons la performance d'« humaine », la mesure ne nous permettant pas d'affirmer avec certitude qu'elle est impossible sans aide exogène et mensonges associés. Ce fut le cas pour moult coureurs. Ainsi de Floyd Landis, vainqueur sous testostérone en 2006 avec seulement 395 watts étalons de moyenne sur Marie-Blanque, Pla de Beret, l'Alpe-d'Huez, la Toussuire et Joux-Plane.

En vingt ans, nous avons flashé 48 coureurs « inhumains » sur le Tour : 3 « mutants », 15 « miraculeux », 30 « suspects ». Combien ont ensuite été pris par la patrouille de l'antidopage ou contraints aux aveux ?

Pour le très fermé club des « mutants », c'est du 100 %. Marco Pantani : mort honni. Bjarne Riis : prié de quitter l'équipe d'Alberto Contador qu'il dirigeait trois mois avant le Tour. Quant au « Roi Miguel » Indurain, il a eu son contrôle positif au salbutamol.

Pour le club des « miraculeux », c'est du 73 % avec par ordre de puissance Armstrong, Contador, Ullrich, Leblanc, Rominger, Virenque, Olano, Zulle, Basso, Vinokourov, Schleck (Frank), Gotti. Tous tombés après avoir été flashés. Ce qui n'empêche pas Vinokourov de continuer à gérer ceux qui gagnent, chez Astana.

Pour le club des suspects, c'est du 50 %. Dufaux, Ugrumov, Mayo, Rasmussen, Julich, Boogerd, Moreau, Casagrande, Chiappucci, Heras, Leipheimer, Totschnig, Kohl, Menchov sont sortis par la petite porte. Les plus malins comme Jalabert continuent d'asséner leurs vérités à la télévision.

62,5% des coureurs flashés rattrapés par la patrouille

100 %, 73 %, 50 %, cela fait donc 62,5 % des coureurs flashés par nos radars rattrapés officiellement par la patrouille. Pas mal quand on sait que les mailles du filet sont extrêmement larges (avec ses 250 000 contrôles par an, l'Agence mondiale antidopage n'atteint même pas 2 % de cas positifs). Elles ont laissé filer trois « miraculeux » : Luttenberger et Escartin qui ont pourtant fait les beaux jours des sulfureuses Rabobank, Once, CSC et Kelme. Schleck (Andy) a terminé 2e du Tour 2009 à 434 watts de moyenne sur Arcalis, Verbier, Petit-Saint-Bernard, Colombière, Ventoux.

Restent quinze « suspects » encore épargnés. Nibali et Wiggins, à égalité à 426 watts en 2009, ont ensuite écrasé le Tour avec « seulement » 417 watts pour l'Italien, en 2014, et 415 pour l'Anglais, en 2012, juste avant son sacre olympique. Le Sicilien jure sur la tête des cinq enfants d'Armstrong qu'il n'a jamais travaillé avec Ferrari, l'ami de Lance. Recordman de l'heure depuis le 7 juin à 54,526 km/h, sir Bradley Wiggins a raccroché. Son compatriote Froome possède également la puissance, inversement proportionnelle à la maigreur de ses jambes : en 2013, sur le mont Ventoux, nous l'avons flashé passant de 19 km/h à 31 km/h en cinq secondes, en développant une puissance instantanée de 1 028 watts. Le dernier de la liste : Quintana. Epargnons-le pour l'instant, il va l'emporter cette année.

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Compléments à l'article d'Antoine Vayer (proposés par le site www.chronowatts.com)

Ces statistiques ont été obtenues à partir de l'excellent travail de cyclisme-dopage.com, qui répertorie (entre autres) depuis des années tous les contrôles positifs et révélations officielles.

Les puissances sont exprimées en watts étalons. Pour affilier un coureur à un club, Frédéric Portoleau a calculé sa moyenne de watts réalisés lors des différents radars d'un grand Tour. Un coureur membre du très prisé "club des mutants" a donc réalisé au moins une fois dans sa carrière une moyenne de 450 Watts étalon sur les principales ascensions d'un grand Tour. C'était par exemple le cas de Pantani sur le Tour de France 1994, Indurain au TdF 1995, ou Armstrong au TdF 2001. 

Voici le détail des membres de chaque "club" :

Mutants - 450W - 3 coureurs - 100% officiellement dopés : RiisPantani et Indurain

Miraculeux - 430W - 12 coureurs officiellement dopés sur 15 (73%) : 

- les "déjà pris" : ArmstrongContadorUllrich, Leblanc, Rominger, Virenque, Olano, Zulle, BassoVinokourovFrank Schleck et Gotti

- les "miraculeux miraculeusement passés entre les mailles du filet" : Escartin, Luttenberger et Andy Schleck

Suspects - 410W - 15 coureurs officiellement dopés sur 30 (50%) : 

- les "déjà pris" : Dufaux, Ugrumov, Mayo, Rasmussen, Julich, Boogerd, Moreau, Casagrande, Chiapucci, Heras,LeipheimerTotschnigKohl, Menchov et Jalabert

- les "on attend les prochaines révélations dans 5 ans même si on aurait déjà beaucoup à dire aujourd'hui ?" : KlödenWiggins,Nibali, Zubeldia, Mancebo, Soler, Sastre, Froome, Van den Broeck, Azevedo, Gesink, Sanchez, Quintana, Evans, Beloki

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Le post-scriptum de cyclisme-dopage.com

Luca Paolini ne sera pas condamné dans le cadre de cette affaire. Il tombera néanmoins, pendant le Tour de France 2015, pour un contrôle positif à la cocaïne.


Cette page a été mise en ligne le 09/07/2015