Actualité du dopage



Le docteur Mégret sur ses gardes

24/07/2011 - leparisien.fr - Simon Barthélémy

Les performances du peloton et les bons résultats des Français semblent montrer un recul du dopage. Mais le médecin de la Fédération française de cyclisme, Armand Mégret, chargé du suivi médical des Tricolores, demeure prudent à cause de la libéralisation des corticoïdes par l'Agence mondiale antidopage.

« Je suis content pour le Tour, et content pour le vélo ». Armand Mégret, médecin fédéral national de la Fédération française de cyclisme (FFC), savourait vendredi la belle victoire de Pierre Rolland à l'Alpe d'Huez, symbole selon lui d'un véritable renouveau. « Pierre, on le suit depuis des années », dit-il. Comme 1214 coureurs français, dont 204 professionnels, le maillot blanc de meilleur jeune du Tour 2011 est soumis au suivi longitudinal - quatre prélèvements sanguins par an — justement supervisés par le docteur Mégret.

« J'ai l'intime conviction, mais aussi des éléments qui me permettent de dire que si les coureurs français ont bien marché cette année, c'est parce que le dopage a reculé », poursuit Armand Mégret. Un seul cas de dopage, celui du russe Alexandre Kolobnev, positif à un diurétique, a ainsi été avéré.

Le médecin ne met pas en doute les performances de Thomas Voeckler (...). « Je le connais depuis qu'il est passé pro, et je n'ai jamais eu de problème avec lui. Il a des capacités mentales et physiologiques au-dessus de la norme. Qu'il soit aussi performant à 32 ans ne me choque pas, si la progression est régulière. Au contraire, on sait qu'en vieillissant, les capacités physiques évoluent plutôt vers un type d'effort plus adapté à la montagne qu'au sprint. »

Les comportements des coureurs sont peut-être la preuve que le Tour du renouveau (...) est peut-être celui-ci. D'après Armand Mégret, « on voit des défaillances et des visages grimaçants, choses qu'on ne voyait plus depuis les années 1990, lorsque certains avalaient l'Alpe d'Huez sans une mimique, car l'EPO renforçait leurs capacités de transport de l'oxygène. (...) » Autre argument : les 41 minutes d'ascension de l'Alpe d'Huez par les premiers sont très loin du record, en 37'35'', de Marco Pantani signé lors du Tour 1997.

« Pour la première fois depuis 1999, aucun coureur n'a dépassé la barre des 410 watts moyens (seuil du dopage « avéré ») dans les cols tests de fin d'étape », se réjouit Antoine Vayer (...) ( Le Monde des 24 et 25 juillet). La puissance développée par certains coureurs dans les Alpes laisse toutefois pantois cet expert de l'étude des performances : selon lui, Andy Schleck a amélioré jeudi de 1'12'' le record de la montée de l'Izoard, détenu depuis 2000 par Lance Armstrong. Une performance qu'il évalue à 423 watts. Celle de Cadel Evans dans le Galibier aurait selon lui atteint 423 watts. Même Voeckler aurait atteint les 433 watts dans le Télégraphe.

On est très loin des 470 watts de Pantani dans l'Alpe en 1995. Mais Antoine Vayer comme Armand Mégret jugent qu'il faut rester très vigilants.

Le médecin de la FFC s'alarme d'une « reprise des comportements déviants » après avoir constaté une augmentation de 73 % des anomalies biologiques chez les coureurs français, notamment des administrations abusives de fer, souvent associées à des prises d'EPO.

Les deux experts s'inquiètent aussi du « gros problème des corticoïdes », « libéralisés » par l'Agence mondiale antidopage. Depuis le début de l'année, les sportifs n'ont plus besoin de présenter une « déclaration d'usage » pour cette substance, dont le seuil de détection a de surcroît été relevé, ce qui rend quasiment impossible tout contrôle positif. Outre ses effets antidouleurs et stimulants, ce produit apporterait aussi, selon le docteur Mégret, des « capacités physiologiques supplémentaires ». Elle permettrait aussi de potentialiser les effets de l'EPO, et donc de réduire les doses d'érythropoïétine, rendant celle-ci indétectable.

Mais les corticoïdes présentent aussi des risques pour la santé - augmentation de la rétention d'eau et de la tension artérielle. Ils sont donc souvent administrés avec des diurétiques, qui ont l'effet inverse. Ce qui explique peut-être le contrôle positif d'Alexandre Kolobnev, ou celui de quatre nageurs brésiliens.

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Cette page a été mise en ligne le 24/07/2011