Actualité du dopage



Une enquête sur Europcar

27/06/2012 - lequipe.fr - Damien Ressiot


Les accusations de pratique illicites lors du Tour de France 2011 à l'encontre d'Europcar ont motivé l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris. L'équipe de Jean-René Bernaudeau se défend en invoquant jalousie et malveillance.

Dominique Pérard, procureur du Pôle Santé du Parquet de Paris, nous a confirmé mardi avoir ouvert une enquête préliminaire en août 2011 à la suite d'informations faisant état de possibles infractions aux règles antidopage au sein de l'équipe Europcar. Selon Madame Pérard, ces informations ont été transmises aux enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) (...). « Je n'ai pour l'heure aucun retour du terrain concernant cette enquête, qui se poursuit. Bien sûr, les faits dénoncés sont relatifs à des pratiques interdites et se seraient passés lors du dernier Tour. Mais rien n'est avéré au moment où je vous parle. Vous savez, des enquêtes préliminaires, on en ouvre beaucoup. Et souvent, on ne débouche sur rien... »

Selon nos informations, les éléments transmis aux enquêteurs concernent le possible usage de perfusions de récupération effectuées le soir des étapes à l'hôtel de l'équipe, ainsi que la consommation détournée de corticoïdes à des fins de performances.

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Rappelons que les perfusions constituent une méthode interdite par l'Agence mondiale antidopage (AMA), hors cas d'urgences spécifiques. Celles qui concerneraient Europcar ne consisteraient pas à l'injection de produits dopants chez les coureurs, mais plutôt à l'utilisation de vitamine B par exemple, type Bécozyme (dont l'odeur, caractéristique, est connue par les coureurs puisqu'elle se propage dans les couloirs...). Ceci étant dit, et même si l'on ne se situe pas dans ce contexte présumé d'emploi de substances lourdes, ce mode d'administration peut valoir une suspension au sportif concerné comme au médecin qui le lui administre.

Concernant le possible usage détourné de corticoïdes durant l'épreuve, la problématique est plus complexe. Les corticoïdes, dont l'utilisation a presque été libéralisée par l'Agence mondiale antidopage (AMA), sont désormais autorisés hors compétition, et interdits en compétition lorsqu'ils sont administrés par voie orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale.

Néanmoins, le laboratoire en charge de leur détection ne peut pas déceler le mode d'administration. Il devient donc très simple de déclarer avoir utilisé une pommade à la cortisone et d'avoir en fait reçu une injection de ce même produit, pour peu que la molécule retrouvée soit la même.

Rappelons enfin que ces produits présentent un intérêt indiscuté pour leur action stimulante sur le système nerveux. Donc sur la performance.

Selon les informations transmises aux enquêteurs, qui ont été rapportées par des acteurs du cyclisme français (des coureurs notamment), les perfusions auraient perduré chez Europcar lors des récentes courses à étapes en 2012.

Il est hors de question, pour l'heure, de prendre pour argent comptant ces accusations concernant d'hypothétiques dérives dans l'équipe de Jean-René Bernaudeau. (...)

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Depuis les formidables performances de Thomas Voeckler (4e) et Pierre Rolland (10e) sur les routes du Tour de France 2011, les rumeurs, qui vont bon train à propos des résultats d'ensemble des Europcar, peuvent donc être motivés par la jalousie de leurs concurrents et ne reposer sur aucun fondement. Ainsi Alain Astié, biologiste toulousain, qui intervient désormais régulièrement au sein de l'équipe depuis le Tour de France 2011 (et qui recommencera en ce mois de juillet), rejette catégoriquement l'usage organisé de corticoïdes par les coureurs d'Europcar. « Je suis intervenu à deux reprises, lors des journées de repos, pour effectuer des prélèvements sanguins sur les coureurs afin de déceler d'éventuelles carences, de tous types. Bien évidemment, j'ai également recherché les marqueurs classiques comme le cortisol et la testostérone. Je n'ai jamais rien remarqué de suspect. »

Même conviction dans les dénégations chez le principal intéressé, le Dr. Hubert Long, médecin d'Europcar et ancien toubib du club de rugby de Castres (qui fut également préleveur antidopage sur le Tour) : « Je réfute avec force ces rumeurs. Jamais nous n'avons employé ce genre de méthodes. Lorsqu'une équipe commence à obtenir des résultats sportifs, les rumeurs se multiplient. C'est classique. Et pitoyable... »

Celui-ci a néanmoins été interrogé par ses confrères du MPCC (...) lequel prône le strict respect des bonnes pratiques médicales, comme un repos de huit jours après une infiltration.

Une réunion un peu tendue dudit MPCC a ainsi eu lieu à Valence lors du récent Critérium du Dauphiné.

Selon nos informations, plusieurs médecins d'équipes françaises, en présence des managers et donc de Jean-René Bernaudeau, auraient ainsi interpellé le médecin d'Europcar sur la recrudescence des rumeurs concernant son équipe. Une conversation à visée constructive selon certains acteurs, d'autant plus légitime que peu de temps avant, Anthony Charteau, meilleur grimpeur du Tour 2011 et porteur du maillot d'Europcar, avait été arrêté huit jours après un contrôle sanitaire mettant en évidence un taux de cortisol effondré, probablement consécutif, à 90 %, à une prise de corticoïdes. Un cas semblable à celui de Mickaël Delage (FDJ-BigMat), le week-end dernier lors des Championnats de France.

Quoi qu'inexpliquée puisque Charteau dément avoir usé de cortisone, cette inaptitude à la pratique sportive, décrétée par le médecin fédéral Armand Mégret, s'impose d'elle-même puisqu'un taux de cortisol effondré peut s'avérer mortel en cas de stress aigu, comme une chute par exemple.

Anthony Charteau, interrogé par lequipe.fr, n'a pas souhaité commenter cet épisode, se contentant de réitérer sa « totale confiance dans le docteur Long ». Quant à ce dernier, arguant du secret médical, il a décliné également toutes réactions.

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Cette page a été mise en ligne le 27/06/2012