Actualité du dopage



Le contrôle antidopage de Chris Froome contesté par des scientifiques


09/05/2018 - ouest-france.fr - Gaspard Brémond


Des scientifiques néerlandais viennent de publier une étude, dans un journal britannique, qui met en cause la fiabilité des tests pratiqués par l'Agence mondiale antidopage concernant le salbutamol. (...) Une aubaine pour sa défense ?

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Des scientifiques néerlandais de l'université de Leiden, par l'intermédiaire du sérieux British Journal of Clinical Pharmacology, ont publié une étude où ils affirment que les tests actuels réalisés pour détecter d'éventuels dopages au salbutamol peuvent être ininterprétables.

15,4 % de chances que le contrôle soit faux ?

Bien sûr, le clan Chris Froome n'a pas encore commenté cette étude. Il ne le fera d'ailleurs sûrement pas en public, mais nul doute que les avocats du quadruple vainqueur du Tour de France ont lu avec attention (et se serviront peut-être beaucoup de) ces travaux. Travaux qui, disons-le en préambule, n'ont pas été commandés par le clan Froome. Les signataires de cette étude l'affirment ainsi : « Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêt... »

Que dit, concrètement, cette étude baptisée « Futility of current urine salbutamol doping control » (Inutilité du contrôle antidopage du salbutamol actuel) ? Que les tests antidopage concernant le salbutamol ne sont pas fiables.

Comment les scientifiques ont-ils procédé ? Ils ont effectué des simulations sur des personnes, en leur faisant ingérer le nombre de bouffées donnant la dose autorisée (1 000 ng/ml) de salbutamol dans les urines.

Mais dans 15,4 % des cas, alors qu'ils auraient théoriquement dû être négatifs, ils ne l'étaient pas et passaient même au-dessus du seuil autorisé...

« Les simulations ont montré une très large gamme de concentrations de salbutamol, avec une proportion significative (15,4 %) dépassant le seuil limite de 1 000 ng/ml de l'AMA, une heure après avoir pris la dose », disent ainsi les scientifiques dans les conclusions de leurs travaux. Et inversement, poursuivent-ils, « des doses orales inacceptables tombaient sous le seuil dans les 48 heures suivant la dernière administration ».

Dès lors, selon eux, ces résultats « montrent que les mesures d'urine simples ne permettent pas d'estimer la dose absorbée ». La valeur seuil de 1 000 ng/ml appliquée est « insuffisante » pour faire la différence entre l'utilisation acceptable et inacceptable du salbutamol, expliquent-ils.

« Le seuil actuel conduit par inadvertance à des suppositions incorrectes de violation, poursuivent-ils, alors que de nombreuses violations passeront inaperçues, en particulier lorsque les échantillons sont prélevés longtemps après l'administration du médicament... »

Un Français, spécialiste du dopage, également sceptique

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Qu'en pensent des spécialistes du dopage ? Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport, ex-médecin sur le Tour, auteur de nombreux ouvrages sur le dopage, est l'un d'eux. Selon lui, il n'y a rien de très surprenant dans les conclusions de cette étude. « Cela fait un moment que je pense que cette affaire Froome n'a pas été traitée très régulièrement, dit-il. Parce que d'abord, elle a été divulguée dans la presse sans que les parties aient apporté leurs arguments. Mais surtout, car les seuils sont très discutables... »

Et d'argumenter : « Il y a quelques années, j'ai défendu un cycliste qui présentait un taux de salbutamol de 1 879 ng/ml, donc très proche du résultat de Froome. Mais nous avons prouvé qu'il était propre, et il a été blanchi par la Commission antidopage de la Fédération... » Pourquoi ? « Car sa densité urinaire était très très élevée, il était complètement déshydraté, et forcément cela avait joué sur les résultats du contrôle. »

Pour Christopher Froome, s'il refuse évidemment de se prononcer, ni de défendre le cyliste, Jean-Pierre de Mondenard argumente donc dans le même sens : « Comment étaient les conditions de course, ce jour-là ? Froome était-il déshydraté, faisait-il terriblement chaud ? s'interroge le médecin. Partant de ça, sa concentration urinaire était-elle beaucoup plus élevée et aurait-elle donc fait grimper son taux de salbutamol ? »

Les seuils pour le salbutamol, pour des cyclistes de haut niveau sur des grands tours, peuvent être « discutables et doivent être discutés », estime Jean-Pierre de Mondenard.

« Surtout, ils ont contrôlé Froome à la 18e étape, mais il prenait du salbutamol pour soigner son asthme depuis le début du Tour d'Espagne, rappelle-t-il, et le fait d'en prendre depuis le début a-t-il eu un impact à terme sur son taux le 7 septembre ? Personne ne le sait, car personne n'a réalisé d'étude de pharmacocinétique (sur la durée) sur tout un tour où les coureurs grimpent trois cols par jour... »

Selon lui, « les tests sur le salbutamol ne peuvent être réalisés sans prendre en compte des conditions de course ce jour-là... Et ce seuil de 1 000 ng/ml concerne tous les sportifs ! Aussi bien le joueur de curling qui pratique en intérieur qu'un cycliste qui va courir sous 30 °C et monter des cols de 2 000 mètres... »

L'Agence mondiale antidopage se défend

Une information judiciaire contre X est ouverte 10 février 2017 en écho à la diffusion du documentaire Cash Investigation sur France 2 le 27/06/2016.

Le 20/11/2017, Bernard Sainz est arrêté à son domicile d'Almenêches par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) et de la section de recherches de la gendarmerie de Caen. Son interpellation fait suite à commission rogatoire du juge d'instruction chargé du dossier. Son manoir est perquisitionné. Il est placé en garde à vue et mis en examen pour " exercice illégal de la médecine " et pour " incitation à l'utilisation, par des sportifs, de substances ou méthodes dopantes interdites ". Il effectue quatre mois de détention préventive à Fleury-Mérogis.

Le 20/03/2018, il est libéré sous contrôle judiciaire. Une importante caution aurait été demandée par la justice. Son procès pourrait avoir lieu dans le courant de l'année 2018.


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Cette page a été mise en ligne le 12/05/2018