L'actualité du dopage



Pas de zèle sur le Tour pour les douanes

08/08/2002 - L'Humanité - Stéphane Guérard

Extraits

Une note interne de la direction générale des douanes demandait début juillet à ses agents de ne pas effectuer de contrôles de leur propre chef concernant des produits dopants sur le Tour 2002.

Douaniers, n'intervenez surtout pas de votre propre chef pour enquêter sur des produits dopants. On attend les ordres ! C'est ce que semble traduire une directive émanant des services de la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI). Daté du 10 juillet, quatre jours après le départ de la Grande Boucle, ce document interne fixe les grands principes d'encadrement de cette épreuve : seule une demande expresse des préfets, des autorités sportives (fédération nationale ou internationale, ministère de tutelle) ou des organisateurs de l'épreuve peut amener des douaniers à enquêter la présence ou non de produits dopants dans le peloton.

Emise à la suite d'une demande datant du 5 juillet (veille du prologue) de la DRD, les services des enquêtes douanières, saisie par la Société du Tour pour intervenir sur des contrefaçons, cette directive stipule ainsi que " la recherche de produits dopants à l'occasion de cet événement ne s'inscrit pas comme une action prioritaire de contrôle et ne doit être engagée, en tant qu'action ciblée, uniquement qu'à la demande expresse de l'autorité sportive ou préfectorale ".

" Cela revient tout simplement à interdire aux douaniers de faire leur travail ", s'insurge Alain Flamand, secrétaire CGT de la section de Paris des douanes. "(...) En langage administratif, c'est une interdiction déguisée de remplir la mission de service publique pour laquelle nous sommes employés. Un douanier normalement constitué, s'il enquête sur des contrefaçons sur le Tour de France, et s'il passe devant les poubelles d'un hôtel qui héberge une équipe, aura envie de vérifier son contenu. Avec cette directive, il ne pourra pas le faire."

En présentant le Tour 2002, ses organisateurs avaient parlé d'une édition 2002 " propre" en mettant l'accent sur des contrôles antidopages encore plus performants. Aucun cycliste n'a été déclaré positif à l'issue de l'épreuve. Mais, par cette note interne, la "direction générale a-t-elle ordonné aux douaniers de ne pas rechercher des produits dopants pour éviter une deuxième affaire du type Virenque-Festina", se demande Alain Flamand ?

" Il ne s'agit en rien d'empêcher nos douaniers d'enquêter sur des produits dopants, répond-on à la direction générale des douanes. Mais cette année, ce n'est pas une action majeure. Chaque année, nous nous fixons un plan de contrôles ciblés pour employer de manière plus structurée nos huit cents agents, en collant au mieux aux préoccupations de nos concitoyens. Depuis 1998 et l'affaire Festina, le contexte du dopage a évolué. La nouvelle loi sur le dopage fixe plus finement la lutte contre les produits interdits. Elle nous impose de travailler en relation avec le ministère des Sports. De plus, les contrôles des sportifs sont plus sévères et ont été systématiques lors de ce Tour." Il est donc logique pour la DRDDI que le dopage ne soit plus un axe majeur de la politique des douanes. " Nous ne disons pas dans cette directive à nos agents de ne pas contrôler d'éventuels trafics de produits dopants sur le Tour. Nous leur disons juste que ce n'est pas prioritaire. Mais si l'on nous demande d'intervenir, nous le ferons."

Les douaniers n'ont pas laissé tomber le dossier du dopage. Pour preuve l'arrestation inopinée, le 28 juillet dernier, lors d'un contrôle de routine, de la femme du Raimondas Rumsas, troisième du Tour, en possession de produits dopants (lire l'encadré). Mais, alors que les soupçons demeurent dans le cyclisme (...), alors que les contrôles antidopage ne sont pas encore fiables (" les tests de dépistage de l'EPO ont été négatifs durant le Tour parce qu'ils ont été mal utilisés", a affirmé le Dr Françoise Lasne inventeur, avec le Pr Jacques de Ceaurriz du test permettant de distinguer l'EPO naturelle et l'EPO " additionnelle "), le changement de priorité des Douanes concernant le dopage est plus que maladroit. Jean-François Lamour n'a-t-il pas annoncé, suite à l'affaire Raimondas Rumsas, qu'il souhaitait " le renforcement du dispositif de répression du trafic de produits dopants au niveau français mais également au niveau européen et international " ? Pour ce qui concerne la France, c'est bien mal parti.

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