L'actualité du dopage



Procès Ferrari : le " J'accuse " de Sandro Donati

19/01/2002 - L'Humanité - Dominique Muret

Extraits

(...)

Après deux faux départs, en septembre et décembre, le procès de Michele Ferrari a repris mardi avec la première véritable audience. Il n'y avait pourtant pas grand monde pour suivre les vicissitudes de ce très populaire médecin sportif, qui s'occupe entre autres du triple vainqueur du Tour de France, Lance Armstrong. Accusé d'avoir distribué et administré des produits dopants à plusieurs cyclistes de haut niveau, le sulfureux médecin de Ferrare ne fait pas plus sensation, en Italie, que Marco Pantani n'avait attiré les foules lors de son procès l'année dernière. Il faut dire que les " stars " tant attendues s'étaient bien gardées de faire le déplacement. Ainsi, les deux premiers cyclistes cités à comparaître, Axel Merckx et Gianluca Bortolami, étaient absents. Le premier n'a pu être joint. Quant au deuxième, un fidèle client du " Dottore ", il a présenté un certificat médical pour une blessure à la clavicule !

Pour finir, c'est donc sur Sandro Donati que se sont braqués les projecteurs. Le fonctionnaire du Coni (Comité olympique italien), qui a toujours été en première ligne dans la lutte contre le dopage, était en effet appelé lui aussi à témoigner. Dans sa déposition, il n'a pas hésité à mettre en cause le Dr Ferrari à plusieurs reprises. Il a expliqué notamment, comment, en 1996, un avocat du Coni lui avait consigné une ordonnance, qu'il tenait d'un cycliste amateur, où étaient prescrites des " animines ", un stimulant qui peut provoquer des problèmes cardiaques et se révéler dangereux (...).

La feuille portait le timbre de Michele Ferrari et indiquait l'adresse de la pharmacie Giardini Margherita à Bologne (...) qui est considérée comme la principale centrale de distribution de produits dopants en Italie. A une autre occasion, Sandro Donati a croisé ce type de substance. " C'était dans des circonstances assez dramatiques, raconte-t-il, lorsque Matteo Volpi, un coureur amateur lombard fut hospitalisé à l'hôpital de Trente. Après plusieurs jours, il finit par confesser qu'il avait pris des ''animines'' ". Et le Monsieur Propre du sport transalpin de rappeler, encore, comment dès 1994, il avait fait un rapport sur le dopage en Italie, où apparaissait déjà le nom de Ferrari. " J'y dressais la liste de ceux qui prenaient et qui administraient l'EPO ", précise-t-il.

Depuis cette dénonciation, huit ans se sont écoulés. Pourtant, rien ne semble avoir changé. D'où son amertume. " Comme je l'ai déjà dit il y a deux ans, je ne parlerai plus de dopage dans le sport de haut niveau, car il y a trop de complicités, lâche-t-il en aparté face aux journalistes. C'est vraiment à se suicider ! Officiellement, le dopage à haut niveau n'existe pas. OK ! Je suis d'accord, je n'en parlerai plus, continue-t-il sur un ton ironique. Je ne baisse pas les bras, non, mais arrivé à un tel point, je préfère me consacrer à la prévention contre le dopage parmi les jeunes et les amateurs, les secteurs les plus fragiles... Si on ne me met pas des bâtons dans les roues, ajoute-t-il, prudent. Depuis que je me suis exposé, en effet, j'ai été menacé, je me suis retrouvé complètement isolé. Ma vie est devenue très difficile. Mais aujourd'hui, au moins, j'ai les idées claires. Le dopage n'est pas un petit phénomène circonscrit. Il est très diffus et avec des intérêts économiques considérables. C'est une bataille que l'on ne pourra gagner qu'au niveau des gouvernements. "

Pour en finir avec cette mafia, " ce trafic international incontrôlable ", Sandro Donati avance quelques idées : prévention parmi les jeunes, contrôle de la production de médicaments dopants, compétition entre les pays pour trouver les substances le plus vite possible et non avec 10 ans de retard, etc. " Mais soyons clairs, conclut-il, le dopage a dépassé désormais le simple milieu sportif. "

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