L'actualité du dopage



Complètement piqués

02/07/2000 - Le Républicain Lorrain


Trois coureurs exclus au départ du Tour de France.

Quand tout est fini, ça recommence... L'éviction de trois coureurs au départ du Futuroscope laisse à penser que tout le peloton n'a pas changé de moeurs.

France 3, Italie 1. Ce n'est pas le résultat de la finale de l'Euro livré par quelque mage mais la partie immergée de la magie noire à laquelle se livre encore une partie du peloton. Après Berzin exclu du Giro, trois coureurs ont été déclarés inaptes à participer au Tour de France pour présenter un taux d'hématocrite supérieur aux normes en vigueur.

Surprenant? Pas réellement, même si la veille Jean-Marie Leblanc s'était voulu rassurant en raison des innovations entrevues dans la lutte antidopage. "Avec la détection de l'EPO s'ajoutant à celle des corticoïdes, de l'hémoglobine réticulée, des perfluorocarbures, les mailles du filet se resserrent encore un peu plus autour du dopage". Et le directeur du Tour de France, dans une envolée dont il a le secret, d'ajouter candidement (?): "Qui oserait encore prendre le risque de jouer avec le feu, de jouer avec sa réputation en même temps qu'avec la crédibilité de son sponsor, de son métier?". La réponse lui a été donnée moins de 24 heures plus tard. Ils sont sans doute "piqués", mais ils ont osé. Ils, ce sont Rossano Brasi, du Team Polti, l'équipe de Richard Virenque, Serguei Ivanov, le champion de Russie (Farm Frites) et le Slovaque Andrej Hauptmann (Vini Caldirola) qui présentèrent tous un taux d'hématocrite supérieur à 50.

Stupéfiant? Là encore, pas vraiment. Il faut certes se méfier des assimilations mais les bégaiements de l'histoire sont tout de même accablants. L'an dernier, Vini Caldirola s'était vu fermer les portes du Tour, suite aux problèmes rencontrés par la star ukrainienne Honchar au Tour de Suisse (les mêmes que Hauptmann hier). Quant à Farm Frites, elle n'est que l'extrapolation de l'équipe TVM. Si elle a changé de tête, Jack Hanegraaf succédant à Cees Priems, si elle a pris la précaution de limoger la révélation belge de la saison dernière, Dave Bruylandts, pour une histoire similaire, elle ne semble pas pour autant avoir réglé tous ses problèmes. D'ailleurs, le fait que ledit Bruylandts ait été engagé le lendemain par Palmans laisse pour le moins entrevoir une morale élastique d'une partie du peloton. Vini Caldirola n'a-t-il d'ailleurs pas engagé Francesco Casagrande alors qu'il était toujours suspendu? Comment, dès lors, se départir du sentiment de suspicion qui nous habite depuis l'affaire Festina, croire à une "lutte claire et loyale" comme la souhaitait, hier encore Jean-Marie Leblanc. Plus près de nous l'idée que l'on continue "à nous prendre pour des cons" comme le chantait Tonton David. Ce ne sont pas les nouvelles qui bouleversent le monde, ce sont les faits qui s'en chargent. Des faits que malheureusement nous ne pouvons pas changer, n'en déplaise à ceux qui cherchent désespérément à le faire.