Dossier dopage



Le dopage, une fatalité ?

05/07/2007 - 01men.com - Christophe Moëc

Extraits

A l'inverse de l'affaire Festina en 1998, les révélations de 2007 n'ont d'exceptionnel que leur grand nombre. Car le mécanisme du sport cycliste ne fait plus aucun mystère. Pour le public et les médias, après les années amphétamines en 1960, les années anabolisants en 1970, les années testostérone en 1980, les années EPO en 1990, à peine s'étonne-t-on de voir les années 2000 faire la part belle aux transfusions sanguines.

Et demain, les athlètes seront génétiquement modifiés (...). « Le dopage est au sport de haut niveau ce que le bâton est à la majorette : l'un va rarement sans l'autre », peut-on lire sous la plume de (...) Willy Voet (ex-soigneur de l'équipe Festina).

Cependant, une chose frappante n'échappe à personne : pourquoi toujours exclusivement le cyclisme ? Cette question s'impose d'autant plus à tous les esprits que le docteur Eufemiano Fuentes (...) affirme qu'il comptait parmi ses clients de nombreux joueurs de tennis et de football.

Selon le médecin espagnol, « il y a des sports davantage sans défense que d'autres », d'ailleurs il sait de quoi il parle, pour avoir reçu des menaces de mort très persuasives (...)... Ainsi, devons-nous peut-être nous réjouir de toutes les accusations contre le cyclisme, signe que la justice ne baisse pas les bras face à la mafia sportive.

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Pour Christophe Bassons, ancien coureur professionnel, de 1996 à 2000 (...) : « Tout le monde est à bout cette année. Mais en dépit des récentes révélations, rien n'a changé, car il n'y a pas de véritable prise de conscience. Les aveux sont davantage motivés par la peur du gendarme et par la volonté de sauver au mieux sa peau en redorant son image » Ainsi, Erik Zabel, qui sera sur la ligne de départ à Londres malgré ses aveux, a accompagné son geste d'un don de 100 000 euros pour aider les jeunes cyclistes !

Le constat est le même pour Jesús Manzano (...). Reconverti en jardinier, celui qui a failli mourir sur les routes du Tour en 2003 (...) déclare désabusé dans L'Equipe du 5 juin : « La vérité, c'est qu'en Espagne toutes les personnes que j'ai incriminées continuent d'exercer. » Et, soulevant le problème de l'audience et de l'attrait pour le vélo, il poursuit, « à part sur le Tour, il n'y a plus personne nulle part. Même les vaches ne sont pas dupes ».

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L'Espagne, mouton noir et plaque tournante pour le dopage, arrive en tête des statistiques de l'UCI du 20 juin sur les paramètres anormaux des coureurs, suivie par le Portugal et l'Italie. La présence de Alejandro Valverde (premier du classement UCI Pro Tour 2006) et d'Oscar Pereiro (deuxième du Tour l'an passé), tous deux cités dans l'affaire Puerto, cependant au départ de la Grande Boucle, est un véritable cauchemar pour les organisateurs de l'épreuve cette année.

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Que faire, surtout quand ceux qui dirigent aujourd'hui les coureurs sont pour la plupart d'anciens dopés ? Pour Francesco Moser, ex-transfusé lors de son record du monde de l'heure et président de l'Association internationale des coureurs cyclistes, on le sait, « libéraliser le dopage serait la meilleure solution ». Mais comme le souligne Christophe Bassons, « cette issue est un leurre, en vertu de l'équité et de l'égalité des chances, sans compter l'idéologie malsaine qui serait alors véhiculée auprès des jeunes ». En attendant mieux, le vieil adage « pas vu, pas pris », a encore de beaux jours devant lui.

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Il est urgent d'apporter une réponse au phénomène du dopage, la pérennité du sport cycliste en dépend. Car, aujourd'hui, on ne se demande plus qui va gagner, mais qui va se faire attraper ? (...) Philippe Gaumont, auteur du livre Prisonnier du dopage, (...) qui a avoué, en 2004, avoir fait usage de substances dopantes durant sa carrière, explique comment l'achat de 15 000 euros par an de divers produits illicites, constitue un investissement irrésistible pour le coureur qui voit alors sa cote décupler et, par conséquent, ses revenus. Ne faudrait-il pas alors instaurer une grille de rémunération identique, pour le premier jusqu'au dernier du peloton ?

Pour Stéphane Huby, en revanche, auteur d'un annuaire du dopage, " L'épuration en cours du peloton doit se poursuivre et même s'intensifier, jusqu'à complète disparition de la génération actuelle de coureurs et de dirigeants. Ce faisant, les sponsors vont se retirer progressivement, ainsi que la télévision ; le cyclisme devenu un sport mineur, pourra alors se reconstruire sur des bases saines. " Cette position est donc sans appel pour le monde du vélo actuel et sans perspective d'avenir à court terme.

Il faut dire que la création de l'annuaire coïncide avec cette volonté de l'auteur de percer à jour la " culture du dopage ", à la suite de l'affaire Festina. Malheureusement, le renouveau du cyclisme n'est pas pour demain, si l'on en juge par le " droit à l'oubli " invoqué par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (et mandatée par une poignée d'anciens dopés n'assumant pas leur passé) pour la fermeture du site (...) en 2004.

C'est pourquoi, la liste (...) qui s'allonge inexorablement est aujourd'hui en partie anonyme. Reste à savoir maintenant si son serveur sera suffisamment costaud pour supporter l'intégration de toute la kyrielle des dopés 2007.

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Cette page a été mise en ligne le 30/8/2007.