Après ses mésaventures de santé sur ce Tour de France, l'équipe UAE-XRG de Mauro Gianetti mériterait la dernière place de l'indice de confiance (ICCD) publié ici début juillet. La raison principale est que plusieurs équipiers de Tadej Pogacar (mais bizarrement pas lui) ont été victimes de troubles gastro-intestinaux, ou TGI, (dont des douleurs stomacales) dont la cause n'a pas été révélée par la direction de l'équipe. Tous les coureurs n'ayant pas été victimes de ces troubles, on n'est pas en présence d'un abandon d'une équipe entière comme ce fut le cas au Tour de France 1991 pour l'équipe PDM qui avait utilisé l'Intralipide. On n'est pas non plus devant un cas comme celui de Mauro Gianetti lors du Tour de Romandie 1998 où un perfluorocarbure l'envoya à l'hôpital de Lausanne avec une insuffisance rénale et hépatique. A part Cian Uijtdebroeks (Movistar), contraint à l'abandon en raison de troubles gastro-intestinaux récurrents depuis plusieurs mois, aucune autre équipe présente sur ce Tour de France n'a été atteinte par ces problèmes, ce qui élimine l'hypothèse d'une épidémie de gastro-entérite. Les TGI ont touché la moitié de l'équipe UAE : Adam Yates, Brandon Mc Nulty, Tim Wellens et Florian Vermeersch. Isaac del Toro, lui aussi, a montré des signes de faiblesse et Mc Nulty a abandonné lors de la 19ème étape Gap - l'Alpe d'Huez d'hier tandis que Tim Wellens sombrait. Aucune communication officielle crédible n'a été faite, mais Wellens a évoqué un rhume et un mal de gorge.
Tadej Pogacar, lui, n'a rien ! Il va même très bien. Aujourd'hui, il s'est promené dans un rôle d'équipier au service de Del Toro. Dans l'étape d'hier, avec quatre équipiers en moins pour lui assurer le train, le Slovène a rattrapé en quelques kilomètres l'échappée constituée de Richard Carapaz, Lenny Martinez et Sepp Kuss qui avait trois minutes trente d'avance et deux minutes dix au début de la montée finale aux 21 virages. Le Slovène reprend plus de deux minutes à Remco Evenepoel. Pogacar pulvérise le record de l'Alpe d'Huez détenu par Marco Pantani en 36 min 40 lors du Tour de France 1995, avec un temps de 35 min 27. Avec un VO2 max de plus de 100 ml/min/kg (impossible pour un humain) et quelque soient les configurations de compétition, le Slovène domine ses rivaux. Ses équipiers, tel Nils Politt bonifiés par les sorciers d'UAE, mais qui parfois se trompent de dosage, perdent de leur superbe quand ils quittent l'équipe (tel Juan Ayuso parti chez Lidl-Trek). Il est donc plus que probable que les déconvenues d'UAE sur ce Tour de France soient dues à l'utilisation mal maîtrisée d'un médicament pas forcément inscrit sur la liste des produits interdits de l'AMA (on pense à une nouvelle classe de médicaments dont on a parlé le 9 juillet), et pas à un quelconque virus ou gastro-entérites, qui ne permettrait pas une récupération rapide.
Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore régulièrement à cyclisme-dopage.com