A l'arrivée de la 3ème étape du Tour Granollers-Angles (195,9 km et 3850 m de dénivelé), le 6 juillet, Tiesj Benoot (Décathlon CMA-CGM) distillait à la fin d'une interview une petite remarque lourde de sens. Il avouait avoir souffert, mais pas seulement de la chaleur, et glissait « mais j'espère que les UAE aussi ». Tom Pidcock (Q36.5), quant à lui, déclarait qu'il n'avait connu jamais une course si difficile. A côté, Tadej Pogacar, à peine marqué par l'étape, comme à son habitude, répond aux journalistes vassaux qu'UAE a tout simplement fait son travail. Voulait-il dire que les autres ne le font pas ? De fait, le fossé est énorme entre les UAE qui se font des cadeaux (on imagine le dialogue en cours d'étape : tiens, si on gagnait aujourd'hui, je voudrais une montre comme la tienne, Tadej) et le reste des coureurs.
L'entraînement, la diététique, le matériel peuvent-ils expliquer une telle domination ? Bien sûr que non. Ce serait trop simple. Et toutes les équipes World Tour pratiquent de même dans ces domaines. La crédibilité du Tour de France est déjà réduite à l'état de cendres au bout de trois étapes. Bien sûr, on ne croira pas à l'affirmation de l'agent du Slovène, Alex Carera, qui déclarait, il y a quelques semaines, que le cyclisme n'a plus de problème avec le dopage.
Concernant le dopage sanguin, on peut se demander si le passeport sanguin a vraiment ramené les équipes du World Tour à la raison. L'Autrichien Bernard Kohl (3ème du Tour de France en 2008 puis suspendu pour contrôle positif à l'EPO CERA) avait révélé que ce passeport servait, dès son adoption par l'UCI en 2008, à ajuster les constantes : les médecins des équipes l'utilisaient pour ajuster les doses d'EPO et les transfusions en fonction des paramètres physiologiques des coureurs. À l'époque, le Dr Mario Zorzoli, médecin de l'UCI, devaient les aiguiller. En 2023, Joxean Matxin, directeur de la performance chez UAE, appelait cela « bonifier le passeport sanguin » après utilisation d'inhalation de monoxyde de carbone. Trois équipes étaient concernées : Jumbo (dont faisait partie Tiesj Benoot), UAE et Israël Premier Tech (devenue NSN Cycling Team). Aujourd'hui, les possibilités de dopage sanguin sont plus limitées, à moins d'utiliser la méthode des médecins dopeurs du marathon en Afrique de l'Est : pré-doper un cycliste avant qu'il ne fasse des résultats au niveau international. L'absence de contrôles antidopage au moment de la pandémie de COVID-19 a pu favoriser cette pratique. Il ne suffit ensuite que de micro-transfusions ou injections d'EPO microdosée pour maintenir le cycliste dans un état sanguin considéré comme normal par l'antidopage. Mais la pratique est risquée et nécessite des contrôles inopinés fréquents.
Aujourd'hui, il est plus rentable de profiter des carences de l'AMA. La méthode de dopage en vogue est vraisemblablement l'utilisation de substances « oubliées » par l'agence. On avait parlé l'année dernière des effecteurs allostériques de l'hémoglobine. L'AMA ne les cite toujours pas dans sa liste. On peut citer l'arrivée de nouvelles hémoglobines animales solubles, comme l'Oxyvita, une hémoglobine bovine enfin sûre. Il existerait aussi une hémoglobine chinoise de ver marin (qui n'est pas celle de Franck Zal !) - voir l'article du 22/12/2025 de ouest-france.fr -. Il faut également noter l'arrivée du sang artificiel ErythroMer, indétectable en microdoses et ne colorant pas le plasma. Toutes ces substances ont l'avantage de ne pas modifier les paramètres du passeport sanguin.
Mais un nouveau médicament prometteur pourrait déjà être utilisé lors de ce Tour de France par les équipes les plus riches : le Kygevvi. Il agit sur les réactions mitochondriales qui fournissent l'énergie musculaire. L'AMA n'a encore une fois rien vu venir. Nous en reparlerons demain.
Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore régulièrement à cyclisme-dopage.com