On peut penser que les influenceurs du cyclisme sévissent en World Tour. Dès la période post-Covid, la fédération internationale avait joué ce rôle, malgré elle ? On constatait en 2023 qu'il n'y avait plus de cas positif en World Tour. L'UCI se gargarisait du cas Nairo Quintana disqualifié de sa 6ème place au Tour de France 2022 pour usage de tramadol. Mais on ne pouvait pas considérer cet usage comme un cas positif, l'antalgique opioïde ne figurant pas sur la liste des produits interdits de l'AMA. L'agence avait repoussé son interdiction à 2024 et en placera un autre (le tapentadol) sous surveillance. On ne comprend pas la méthode de l'agence mondiale. Puis Michele Gazzoli (Astana-Qazaqstan) avait été contrôlé positif en février 2022 au tuaminoheptane (stimulant présent dans un pulvérisateur nasal) et Miguel Angel Lopez (autre chaudière de la même équipe) avait été suspendu quatre ans en 2023 pour ses liens avec le Dr Marcos Meynar et son usage de ménotropine en 2022. Du côté du Passeport Sanguin, c'est le calme plat. L'UCI suspendra Franck Bonnamour en février 2024 pour des anomalies constatées en 2018 et 2022. Pourtant, les anomalies du Français avaient déjà été remarquées en 2016. L'UCI ne prendra pas en compte son Covid en 2022 alors que l'on sait que cette maladie virale peut modifier le taux d'hémoglobine et celui des réticulocytes. David Lappartient, président de l'UCI, avait déclaré après le Tour de France 2025 n'avoir aucune raison de douter de Tadej Pogacar (1), mais les doutes sur Franck Bonnamour le pousseront par manque de finance à ne pas contester sa suspension et à prendre sa retraite. Le dernier cas de dopage, celui d'Oier Lazkano, cycliste espagnol suspendu provisoirement par l'UCI en octobre 2025, n'est pas encore réglé. Il n'est pas certain que la justice espagnole suive la fédération internationale.
Le monde du World Tour regorge aussi d'influenceurs : certains directeurs sportifs, entraîneurs et d'anciens cyclistes professionnels veulent nous faire croire que le cyclisme s'est subitement débarrassé du dopage. D'un coup de baguette magique ! Les vélos plus rapides et les coureurs mangeant mieux et davantage sur le vélo, voilà leur explication. Les méthodes d'entraînement ont aussi évolué. Le dernier influenceur n'est autre que l'agent de Tadej Pogacar, Alex Carera, qui compte une vingtaine de pros dans son écurie, A et J All Sports. Carera est connu pour son approche agressive de la stratégie de management et de changement d'équipe. Les ruptures de contrat ne sont pas un problème pour lui. Début mars, Carera a déclaré que le cyclisme n'avait plus de problème de dopage alors que l'UCI, en collaboration avec l'ITA, envisage de créer un passeport des puissances pour mieux lutter contre la triche. Ce projet de passeport des puissances suscite déjà le rejet des coureurs pro. Les mentalités ont-elles vraiment changé comme l'affirme Carera ? L'ITA a révélé que soixante cyclistes pro (dont certains de la Visma parmi lesquels Jonas Vingegaard) avaient accepté de faire partie d'une étude préliminaire sur deux ans. Aucun chez UAE n'en fera partie suivant en cela l'avis défavorable du CPA (association internationale des coureurs cyclistes professionnels) dirigé par Adam Hansen.
L'idée de création de ce passeport révèle bien l'incapacité du passeport sanguin à déceler les cas de dopage. Ce passeport d'un nouveau genre jouerait le même rôle qu'un radar de vitesse pour les automobilistes. Reste à savoir si Pogacar (qui ne publie pas ses puissances contrairement à d'autre coureurs) serait suspendu après une ascension de 20 min à 7,2 W/kg comme lors du Tour de France 2025. Le Slovène est capable de développer 7 W/kg pendant 30 min (soit autour de 460 watts) là où les autres en sont à 6,2. Sur six ascensions du Tour de France 2025, sa moyenne de puissances est de 458 watts ± 2%. D'après l'UCI, le passeport de puissance ne servirait qu'à attirer l'attention sur des performances anormales d'un cycliste pour ensuite le confondre avec un contrôle classique. On avait déjà entendu cela à propos du passeport sanguine. A partir du moment où les meilleurs utilisent des substances ou méthodes indétectables, ces deux passeports ne servent en fait pas à grand-chose.
(1) Le slovène a maintenant les cheveux teints en blond, soi-disant en hommage au rappeur Eminem. C'était aussi le cas de Richard Virenque, Davide Rebellin en 2004, Franck Vandenbroucke et Philippe Gilbert en 2011 année de ses 18 victoires en World Tour, peut-être pour perturber un contrôle antidopage éventuel par analyse des cheveux. La peroxydation ou décoloration par l'eau oxygénée gêne ou empêche la mise en évidence à moyen terme (6 mois) de certains produits dopants jusqu'à 60%.
Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore régulièrement à cyclisme-dopage.com