Actualité du dopage



Quatre engagés font encore l'objet de procédures judiciaires

06/07/2004 - Le Monde - Stéphane Mandard, avec Guillaume Prébois

Extraits

Il a mis le pied à terre avant la ligne d'arrivée. La faute à un saut de chaîne dans l'emballage final. A Namur, Stefano Casagranda a terminé la 2e étape du Tour de France 2004 quatre minutes après le peloton.

Mais d'ici quelques jours, il pourrait s'en retrouver encore beaucoup plus loin. La responsabilité en reviendra aux organisateurs de la Grande Boucle, qui ont décidé d'exclure tout coureur "impliqué dans une procédure judiciaire ou mis en cause dans une enquête policière".

Un principe qui les a conduits à priver de Tour de France le coureur de l'équipe Saeco Danilo Di Luca, impliqué dans une enquête sur un trafic présumé de produits dopants en Italie, ainsi que David Millar et Cédric Vasseur, tous deux mis examen dans le cadre de l'affaire Cofidis..., et qui pourrait s'appliquer à Stefano Casagranda. Le coéquipier de Danilo Di Luca se trouve en effet, lui aussi, sous le coup d'une procédure judiciaire.

Selon le parquet de Padoue, il devrait comparaître dans les mois à venir devant le tribunal de Bassano del Grappa (...). La conclusion de l'enquête le concernant lui a été notifiée le 21 avril 2004.

Le coureur devra répondre de recel de produits de provenance hospitalière, en l'espèce de l'Eprex, une forme d'érythropoïétine (EPO). Stefano Casagranda est poursuivi pour avoir acheté de l'EPO il y a quatre ans (...). Le vendeur, un certain Cristiano Rossi, a déjà été condamné pour la vente des boîtes d'Eprex.

Le coureur de la première formation mondiale n'est pas le seul auquel les organisateurs du Tour pourraient demander (...) de faire sa valise. C'est également le cas du Slovène Martin Hvastija, de l'équipe italienne Alessio-Bianchi (...).

Lors des audiences préliminaires du tribunal pénal de Padoue, le juge a demandé à ce qu'il soit traduit en justice à l'automne. Selon l'acte d'accusation, dont Le Monde s'est procuré une copie, le coureur devra répondre d'"absorption de produits dopants sans justification thérapeutique à la seule fin d'améliorer ses propres performances".

L'affaire remonte au Tour d'Italie 2001. Le Slovène avait été filmé, le 30 mai, dans sa chambre d'hôtel par la brigade des stupéfiants. Selon le rapport des carabiniers, le coureur expliquait à son compagnon de chambre, Endrio Leoni (condamné depuis lors), qui était en train de s'injecter du Kenakort -corticoïde interdit-, qu'il avait lui-même "l'habitude d'en prendre une demi-ampoule chaque semaine lors des courses par étapes mais qu'il ne -possédait- aucun certificat médical pour le justifier".

Deux autres coureurs, l'Italien Stefano Zanini, de l'équipe Quick Step-Davitamon, et le Tchèque Pavel Padrnos, de la formation US Postal, sont dans le collimateur de la justice italienne. Selon le parquet de San Remo, les deux coureurs (...) doivent comparaître le 27 octobre devant le tribunal pénal de San Remo.

L'équipier de Richard Virenque et celui de Lance Armstrong devront répondre de violation de l'article 9 de la loi antidopage du 14 décembre 2000. Il leur est reproché d'"avoir consommé ou s'être procuré des substances dopantes afin d'améliorer -leurs- propres performances et de fausser le résultat réel de la compétition avec le cas aggravant de l'avoir fait sur le Tour d'Italie, course officielle faisant l'objet de paris". Ils risquent de trois mois à trois ans de prison ainsi qu'une amende comprise entre 5 000 et 50 000 euros.

Les faits qui leur sont reprochés remontent au "blitz" de San Remo, lors du Giro 2001. Le 6 juin, les policiers avaient saisi dans la chambre de Stefano Zanini - alors chez Mapei - une seringue avec des traces d'insuline. Lors de la même perquisition, ils avaient retrouvé dans celle de Pavel Padrnos - chez Saeco au moment des faits - une fiole contenant un diurétique, le mannitol.

Un troisième coureur engagé sur le Tour 2004, l'Italien Andrea Peron, de la formation danoise CSC, a été inquiété dans le cadre de la même affaire : des capsules de caféine avaient été retrouvées dans sa chambre d'hôtel. Mais selon une source proche de l'enquête, les poursuites à son encontre ont été abandonnées, la caféine ayant depuis été retirée de la liste des produits interdits. Malgré les procédures judiciaires engagées, les directeurs sportifs de Stefano Zanini et Pavel Padrnos affirment que les affaires concernant leurs coureurs ont été classées. Ceux de Stefano Casagranda et de Martin Hvastija ne sont pas encore exprimés sur le sujet.

Interrogé lundi 5 juillet, Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France, a motivé sa décision d'accepter ces coureurs au départ de la course par la confiance accordée à la parole de leurs responsables d'équipe. Mais le patron du Tour a également précisé qu'il n'hésiterait pas à étendre le principe appliqué à Danilo Di Luca, Cédric Vasseur et David Millar si de nouveaux éléments devaient démontrer que ces coureurs étaient concernés par une procédure judiciaire.


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