Brève

Marcel Kittel - Mark Cavendish : deux avis différents sur le dopage


- cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

Les avis des deux ex-cyclistes pro se sont télescopés dans la presse à quelques semaines d'intervalle. Ils divergent radicalement. Cela laisse planer des doutes sur l'honnêteté ou l'hypocrisie de leurs appréciations quant à l'état du peloton actuel et de sa relation au dopage. Comment faire pour discerner le vrai du faux ?

Marcel Kittel

Le cycliste allemand Marcel Kittel a pris sa retraite en 2019 à l'âge de 31 ans. Vainqueur de dix-neuf étapes sur les grands Tours (dont quatorze sur le Tour de France), le sprinteur a annoncé son retour dans le cyclisme au sein de l'équipe française Unibet Rose Rockets (Pro Team) comme entraîneur des sprinteurs. Ce choix correspond bien à la philosophie de l'Allemand qui, jusqu'en 2015, courrait pour des équipes Continental pro qui sont à l'origine de la création de l'équipe Picnic Post NL, dernière équipe de Romain Bardet en World Tour. Puis, entre 2016 et 2019, il fut beaucoup plus exposé au dopage chez Quick- Step et Katusha.

Kittel stoppe brutalement sa carrière en mai 2019. Avec John Degenkolb et Andre Greipel, il avait relancé le cyclisme allemand qui avait eu tant de mal à se relever de l'ère Jan Ullrich. Période maudite au point que la télévision publique allemande refusait de retransmettre en direct les étapes du Tour de France. Si Kittel n'a jamais été contrôlé positif, il fut néanmoins inquiété par l'AMA en 2008 pour traitement sanguin aux UV pratiqué par le Dr Andreas Franke, médecin au centre de préparation olympique d'Erfurt. Jusqu'en 2011, cette méthode n'était pas interdite. Kittel ne fut donc pas suspendu. Dès 2011, l'AMA considérera toute méthode consistant à prélever, manipuler et réintroduire n'importe quel volume de sang comme une méthode de dopage.

Si Kittel, dans la seconde partie de sa carrière, n'hésita pas à critiquer la présence en World Tour de cyclistes au lourd passé (Alexandre Vinokourov et Bjarne Riis par exemple), sa fin de carrière brutale interroge néanmoins. Était-elle due à un épuisement profond ? Il avait déclaré à Cycling News ne plus vouloir passer son temps à se torturer sur un vélo. Était-elle due à l'affaire Aderlass ? Fin décembre 2020, le procureur Kai Gräber, en charge de l'affaire de dopage sanguin révélée aux mondiaux de ski nordique de Seefeld 2019, déclarait que deux cyclistes allemands du World Tour (l'un encore en activité, l'autre retraité) étaient mis en examen. Mais leurs noms ne furent jamais révélés.

Mark Cavendish

Mark Cavendish est devenu une figure du Tour de France en battant en 2024 le record de victoires d'Eddy Merckx avec 35 victoires, sans parler de celles du Giro (17) et de la Vuelta (3). On peut supposer que cette intronisation au « Hall of Fame » lui ait conféré une certaine mesure dans ses propos, voire une maladie assez courante dans le peloton, la langue de bois.

Retraité depuis 2024, le grand admirateur de Lance Armstrong a évoqué le dopage fin octobre lors de la promotion de son nouveau livre. Cavendish considère que le cyclisme est « l'un des sports le plus propre, si ce n'est le plus propre ». Le cyclisme aurait fait le ménage et chassé la majorité des tricheurs. Il aurait même achevé sa mue quand l'anglais est arrivé en Pro-Tour en 2006 chez T-Mobile où il est resté jusqu'en 2011. A-t-il entendu parler de Jan Ullrich, Patrik Sinkewitz ? En somme, Cavendish veut nous faire croire que le dopage était alors réduit à un épiphénomène ne concernant que quelques tricheurs dont il nous assure qu'il n'est pas un.

Match Cavendish-Kittel

Kittel a-t-il voulu répondre aux propos de Cavendish ? Fin novembre, l'allemand déclarait que le cyclisme « n'était pas un sport propre. Absolument pas ». Le sprinteur allemand appelle tout simplement au réalisme et à ne pas ignorer les faits récents comme des performances répétées et difficilement explicables, comme l'affaire du monoxyde de carbone, méthode ignorée volontairement des instances antidopage.

Kittel met aussi en cause les journalistes afficionados qui donnent une fausse image du cyclisme et qui poussent à la naïveté. Kittel pense néanmoins que le dopage actuel ne concerne que des cas isolés et que le dopage généralisé d'équipes entières, tel qu'on l'a connu dans les années 90-2000, a disparu.

Certains faits contredisent cette vision. Comment expliquer le record de victoires cette saison de l'équipe UAE-Team Emirates XRG ? Les 97 victoires (ancien record Columbia-HTC en 2009 : 85 victoires, la plupart au sprint par Mark Cavendish) ont été acquises par 24 coureurs (dont aucun sprinteur de renom) sur les 29 que compte l'équipe.

On attribuera donc un joker à Marcel Kittel et un gros carton rouge à Mark Cavendish.


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com

Cet article a été mise en ligne le 29/11/2025