Actualité du dopage

Bernard Sainz mis à mal par les avocats des parties civiles à son procès


24/11/2021 - lequipe.fr - Stéfan L'Hermitte

Le naturopathe Bernard Sainz a vu ses « méthodes » largement décriées ce mercredi au troisième jour de son procès, par les conseils de la FFC, de l'Ordre des médecins et des pharmaciens.

Parfois Bernard Sainz lasse. Alors Me Paul Mauriac, concluant une heure pleine de plaidoirie pour la Fédération Française de Cyclisme (...) a fini par convoquer un « gardien de but et philosophe », Albert Camus : « la plus belle victoire, c'est celle que je n'aurai jamais ». (...)

Il a les tempes bien blanches, il ne semble plus croire à ses mots, entame son ultime combat, le crâne sevré d'amphétamines, de pot belge, d'EPO et d'hormones de croissance. Bernard Sainz est donc poursuivi, une nouvelle fois, pour « incitation au dopage » et « exercice illégal de la médecine et de la pharmacie », après notamment la minutieuse enquête menée, caméras cachées, par l'émission Cash Investigation en 2016. À une « patiente », comme il définit régulièrement ses interlocutrices, Bernard Sainz confiait préparer un nouveau livre « vivre jeune jusqu'à 120 ans », argumentant ainsi : « Ça fait 45 ans que j'ai plein de centenaires autour de moi grâce à mes méthodes. » Il a toujours tout fait pour durer.

Dans une procédure précédente, Me Paul Mauriac s'était plaint au juge d'instruction Thiel, du rythme vitesse lanterne rouge de la justice. « Il m'avait fait une belle lettre pour me dire que lui n'avait pas à disposition dans sa malette les produits qui permettaient à certains de franchir aussi vite les cols. » (...)

Il a surtout pointé coeur serré « l'indicible et l'inacceptable » quand Madame Menthéour, au chevet de son mari, ex-vainqueur d'étape du Tour, en phase terminale d'un cancer du pancréas « avait chassé » un Bernard Sainz qui avait incité le malade à jeuner dix jours et à enlever sa perfusion, contre l'avis médical. « Ce type de personnage, estime Me Paul Mauriac, ne ment pas, il détient la vérité, sauf que la vérité ne résiste pas à l'analyse. Il faut qu'il mette le clignotant, qu'il abandonne. »

Sans notes, imprégnée des témoignages poignants de divers malades désespérés, Me Juliette Agueff, le conseil de l'Ordre des médecins, a redéfini les critères caractérisant l'exercice illégal de la médecine. « L'absence du diplôme » d'abord, que personne ne conteste. « Les actes médicaux » ensuite. Les images « volées » brasserie du Dôme, dans le 17e arrondissement, lors de rencontres avec les cyclistes Pierre-Henri Le Cuisinier et Peter Pouly, établissent la transmission contre argent de gouttes (qui se révéleront n'être qu'à base de plantes anodines), le conseil, et l'écriture de listes de médicaments.

Sainz ne s'est pas exprimé ce mercredi

L'enquête a conclu que les prescriptions étaient « codées » alphabétiquement, que la Vitamine D suggérait en fait du Diprostène, et le Chélidinium renvoyait au Clenbutérol, actant une dérive vers des produits interdits. Me Agueff, bien sûr plus concernée par le volet purement médical, a passé en revue divers cas traités par Bernard Sainz. « Il dit par exemple à une dame qu'il arrive à nécroser n'importe quelle tumeur en quarante jours, [...] en plus il n'opère pas en complément mais en opposition du corps médical, il dit d'un oncologue qu'il est incapable et dangereux [...] ces "conseils" jettent le discrédit sur toute la médecine. »

Alors Me Jean-François Laigneau, pour l'ordre des pharmaciens, a lui précisé ce qu'était un médicament (...). Il y a deux sortes de médicaments. Les médicaments par fonction, ceux qui sont dotés de molécules efficaces. Il y a aussi ceux par présentation. « Un simple flacon avec un triangle représentatif du Viagra, sans même le mot Viagra, sans principe actif, est un médicament par présentation. » Donc les gouttes remises par le faux-vrai Docteur Sainz, face caméras cachées « suffisent à caractériser l'infraction » conclut l'avocat.

Bernard Sainz, qui n'était pas invité à s'exprimer, a, deux heures durant, noirci ses fiches blanches. Lundi après-midi, après le réquisitoire du procureur et les plaidoiries de la défense, il aura sûrement quelque chose à dire.


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Cette page a été mise en ligne le 27/11/2021