Dossier dopage



Performances sur ordonnance

08/04/2005 - Libération - Muriel GREMILLET

Extraits

Les sportifs de haut niveau sont des grands malades. C'est du moins ce qui transparaît du bilan annuel du CPLD (Conseil de prévention et de lutte contre le dopage), qui dirige la recherche autour du dopage. (...)

Les sportifs sont-ils vraiment malades ?

En 2004, d'une année sur l'autre, les contrôles antidopage ont augmenté de 10 %, pour atteindre le nombre de 8 915. En Chine, les autorités diligentent 1 000 contrôles par an, et un peu moins de 8 000 le sont aux Etats-Unis. En France, la proportion d'échantillons contenant des substances interdites est en baisse par rapport à 2003 (4,8 contre 6,3 %). Le CPLD pourrait s'en féliciter. Mais il y a un gros bémol : en 2003, presque 60 % des sportifs contrôlés positifs ont fourni des justificatifs thérapeutiques pour échapper à une sanction disciplinaire. Cette «médicalisation croissante» du sport de compétition inquiète Marc Sanson, conseiller d'Etat et président du CPLD : «Si les gens sont malades, il faut leur préconiser du repos», dit-il, faussement naïf.(...)

Le haut niveau peut-il se passer de corticoïdes ?

Là encore, les responsables du CPLD sont pessimistes. Car les nouvelles règles édictées par l'AMA (agence mondiale antidopage) risquent d'autoriser de fait l'usage de corticoïdes en compétition. Il s'agit de substances très dangereuses à moyen terme, mais idéales pour qui doit subir un effort intense et long. Les corticoïdes permettent de mieux récupérer des efforts, sont des antidouleur efficaces et, surtout, donnent un sentiment d'euphorie et de puissance en faisant fi de la fatigue. (...) Un véritable poison, mais un dopant idéal et accessible, aux effets maximum. Et en tête des substances détectées lors des contrôles en France. Les nouvelles règles de l'AMA reviennent en fait à promulguer une «quasi-autorisation» de ces produits. Désormais, l'Agence demande aux laboratoires accrédités pour les contrôles de ne «plus considérer comme positifs les échantillons dans lesquels sont trouvés des corticoïdes à des concentrations inférieures à 30 nanogrammes par millilitre». Un seuil «artificiel, sans aucun sens biologique», selon le professeur Michel Rieu, conseiller scientifique. Le ministère des sports, alerté, espère faire changer cette nouvelle règle. Sans trop d'espoir.

Des entraînements sous perfusion ?

Autre règle de l'AMA qui «remet en cause la crédibilité de la lutte contre le dopage au niveau international» : l'existence d'une double liste de produits interdits. Cela revient à autoriser la consommation et l'usage hors compétition des stimulants comme les amphétamines, des narcotiques, comme la morphine, ou bien encore des bêtabloquants. Une autorisation qualifiée de «mystérieuse» par le CPLD. Car ces substances continuent à agir sur la performance, même une fois qu'on ne peut plus les détecter. Elles permettent d'accepter des charges d'entraînement toujours plus lourdes, et ainsi de briller en compétition. Le CPLD s'interroge : «Dans ces conditions, quel est l'intérêt de continuer à faire des contrôles en dehors des compétitions ?»

Plus de dopage, que des usages thérapeutiques ?

Et voilà les «AUT» : autorisations d'usage à des fins thérapeutiques, inventées par le code mondial antidopage et appliquées par la loi Lamour, le ministre des Sports. Un changement important dans la philosophie antidopage.

Jusqu'ici, un sportif contrôlé positif devait démontrer que c'est son état de santé qui l'obligeait à recourir à des produits interdits. Mais demain, avec les AUT (...), ce sera aux contrôleurs de prouver que les substances détectées dans les prélèvements correspondent au détournement d'un traitement médical.

Pour cela, il suffira que le sportif fasse une déclaration simplifiée d'AUT, qui liste les traitements qu'il doit prendre, signée par un médecin. Selon cette nouvelle procédure, dès lors qu'un sportif dispose d'une AUT, même avec une liste de médicaments longue comme le bras, il est présumé «non dopé». Les AUT pouvant être assimilées à des «AUTorisations à prendre des produits interdits», et justifiant l'assistance médicamenteuse.

A ce jour, le CPLD a reçu plus de 800 AUT. (...)


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