Actualité du dopage



Vinokourov, champion olympique de cyclisme, le pestiféré des dopés

28/07/2012 - rue89.com - Clément Guillou


La course en ligne de cyclisme sur route était promise au Britannique Mark Cavendish, le meilleur sprinteur du monde. L'histoire devait être belle : le petit effronté, brimé pendant le Tour de France et écarté des spotlights par Bradley Wiggins, devait s'imposer devant Buckingham Palace (...).

Mais aux Jeux olympiques, il n'y a pas d'oreillettes et pas plus de cinq coureurs par équipes - contre neuf sur le Tour - : la course est très difficile à contrôler. Tout n'est pas allé comme prévu pour les Britanniques, harcelés par des attaques venues de partout et, malgré un parcours plat comme la main, aucun sprinteur n'est monté sur le podium.

Le médaillé d'or est donc Alexandre Vinokourov. Un vainqueur qui divise les amateurs de vélo.

Il y a ceux qui rappellent son esprit offensif, son intelligence de course, sa présence à l'avant sur toutes les grandes courses de l'année, sa longévité - déjà médaillé d'argent aux JO, en 2000 -. (...)

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Et puis il y a ceux qui trouvent que Vino sent un peu trop le soufre pour faire un beau champion olympique. En terme de publicité pour le vélo, la course olympique était plutôt réussie mais son vainqueur ne l'est pas.

Vinokourov est toujours marqué par un contrôle positif à la transfusion homologue (...) lors du Tour de France 2007. Il ne cachait pas, à l'époque, travailler avec le docteur Michele Ferrari, plusieurs fois convaincu d'avoir dopé ses coureurs.

Le vélo a pardonné à certains leurs contrôles positifs. Pas à d'autres. « Le cyclisme n'a rien gagné dans l'olympisme aujourd'hui », a écrit le coureur français Jérôme Pineau sur Twitter.

(...) Personne n'en aurait voulu à David Millar, le plus célèbre des anciens dopés repentis, s'il avait gagné la course olympique. Tout le monde sera ravi quand Alberto Contador, en septembre, remportera le Tour d'Espagne.

Vinokourov est, avec Riccardo Ricco, le plus pestiféré des dopés. Il a eu le tort de ne jamais avouer. Il a toujours expliqué ses résultats par « son orgueil » et « son travail »,avec son fort accent de l'Est et son visage cireux.

(...)

Il y a le passé de dopé de Vinokourov, qui a annoncé qu'il prendrait sa retraite en octobre, et il y a la manière dont il a remporté la course. En surprenant Rigoberto Uran, jeune certes, mais pas inexpérimenté, dont on se demande donc comment il a pu se faire surprendre à 300 m de l'arrivée.

Uran mène devant « Vino » - il est donc dans la plus mauvaise position - , se retourne une fois dans la bonne direction, sur sa droite, puis, dans la mauvaise, sur sa gauche, comme s'il voulait voir une dernière fois Buckingham Palace. Vinokourov en profite pour attaquer, Uran met trois secondes à s'en rendre compte, la course est pliée.

Quelques minutes plus tôt, les deux hommes s'étaient échangé quelques mots. Course vendue ? Les anciens champions, qui adorent jouer à repérer une course truquée, n'auront sans doute pas une hésitation devant un tel final.

Vino a un beau pedigree en la matière : en 2010, il a acheté la grande classique Liège-Bastogne-Liège au Russe Alexander Kolobnev pour 150.000 euros, selon le magazine suisse L'Illustré qui a publié des échanges de mails entre les deux coureurs puis les preuves de l'arrangement financier.

L'ancien coureur Philippe Gaumont et la veuve de son compatriote disparu Andreï Kivilev ont aussi accusé Vinokourov d'avoir payé l'équipe Cofidis pour rouler à son service dans Paris-Nice 2003.

Ces choses-là existent depuis aussi longtemps que le cyclisme professionnel. Elles font aussi son sel. Mais l'image que voulait donner le vélo, dans un pays fraîchement conquis, est ternie par cette consécration d'un coureur à l'ancienne. Qui arrête sa carrière sur une victoire à la fois louche et pleine de flair.

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Cette page a été mise en ligne le 29/07/2012