Actualité du dopage



La guerre contre le dopage du professeur Arne Ljungqvist

28/06/2012 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

La projection en avant-première mondiale de "The war on doping" (La guerre contre le dopage), un documentaire de 58 minutes a eu lieu le 7 juin dernier à la Maison de l'Unesco, à Paris. L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture prête appui à l'AMA et soutient l'application du Code mondial Antidopage. Le film a été tourné en vue de Jeux Olympiques de Londre. Le réalisateur du documentaire, Mats Omne et le producteur Bjorn Bertoft étaient présents, ainsi que le Pr Arne Ljungqvist, vice-président de l'AMA et président de la commission Médicale du CIO.

Le film est centré sur Ljungqvist, 81 ans, qui a consacré une grande partie de sa vie à la chasse aux dopés. Certains, dont le Dr Jean-Pierre de Mondenard, diraient que son parcours n'a pas évité quelques sorties de route, mais le film n'en parle pas. Lord Sebastian Coe, encore seul double champion olympique du 1500m (mais attention à Abel Kiprop) et Directeur de l'organisation des JO de Londres, est sollicité pour louer les mérites du vieux Professeur. Sergueï Bubka est appelé en renfort : il est toujours détenteur des records du monde en saut à la perche (6,14m en plein air en 1994 et 6,15m en salle en 1993) ; ses révélations font peur : il a vu le dopage ! Mais autour de lui uniquement, car il était tout disposé à l'époque à subir des tests à tout moment. Ouf. Ils sont devenus tous les deux membres du CIO.

On égrène ensuite de grosses affaires de dopage de ces dernières années : le dopage d'Etat en Allemagne de l'Est, le scandale Ben Johnson aux JO de Séoul, l'affaire Balco, etc. C'est intéressant pour qui n'a pas suivi toutes ces affaires mais le survol est rapide.

Au final, il reste un film intéressant (il y a toujours à apprendre) mais qui donne souvent l'impression que la chasse aux dopés est un peu comme la corrida. Le chasseur gagne à la fin. Dans la vraie vie du sport, la réalité est pourtant souvent différente.

Lors du débat qui a suivi la projection, le Pr Ljungqvist situe le pic du dopage dans les années 80 (naïvement, on le situait dans les années 90 avec l'explosion de l'EPO) et déclare triomphalement : " On a nettoyé le sport ! ". Ah bon ? On veut bien croire que le dopage a reculé (voir notre article d'hier), mais on pensait qu'il restait encore du ménage à faire. On pensait que le passeport biologique s'enlisait à cause des microdoses d'EPO pratiquement indétectables. On se rappelait les kenyans du marathon accusés de dopage sanguin par le journaliste allemand Hajo Seppelt, le tombeur de Contador. On se rappelait les transfusions sanguines toujours indétectables. On s'interrogeait sur les records de Bolt à des années-lumière de ceux de ses adversaires. On avait tort sans doute.

Mais l'important est ailleurs. Voilà un documentaire qui tombe à point pour faire de Londres les JO les plus propres. Toujours plus propres, foi de Ljungqvist.


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 28/06/2012