Actualité du dopage



Comment la prescription a sauvé le «docteur EPO»

22/11/2003 - Libération - Eric JOZSEF

Extraits

«Il y a une différence entre un nu de Goya et une photo porno...» Non content d'avoir été acquitté mercredi par le tribunal de Ferrare, le Pr Francesco Conconi, soupçonné d'avoir pendant des années dopé le fleuron du sport italien et international, s'est ainsi élevé au rang d'artiste du sport. (...) Celui que l'on surnommait autrefois «le Docteur Sang» a soutenu à la sortie du tribunal : «Nous, nous n'avons jamais facilité le dopage, mais le sport et les athlètes.» D'où la différence esthétique et la référence à Goya invoquées par Conconi. Auparavant, l'intéressé avait précisé : «Dans notre centre (biochimique, longtemps financé par le Comité olympique italien, ndlr), on faisait uniquement de la recherche, à tel point que l'accusation ne parlait que de "facilitation de l'usage du dopage", ce qui constitue déjà une différence par rapport à l'administration de produits dopants»...

(...) . Avec l'acquittement de Francesco Conconi, c'est l'une des plus grosses enquêtes sur le dopage en Italie qui s'achève (...) sans toutefois dissiper les ombres sur les pratiques du «Professore», devenu entretemps recteur de l'université de Ferrare. L'affaire avait débuté en 1996, à la suite d'un «blitz» des carabiniers à Brindisi, lors d'une étape du Giro. De retour de Grèce, où ils avaient effectué le prologue du Tour d'Italie, les coureurs ­ opportunément avertis ­ s'étaient débarrassés en mer de toute une série de produits embarrassants.

Plus tard, en 1998, une perquisition dans son centre de Ferrare a permis de saisir des fichiers informatiques comportant les noms de dizaines d'athlètes de premier plan, comme Gianni Bugno, Stephen Roche, Manuela Di Centa, Marco Pantani, Evgueni Berzine..., et l'étrange évolution de leurs hématocrites. Après avoir, dans les années 80, pratiqué la transfusion sanguine à Francesco Moser notamment, Conconi s'est retrouvé soupçonné d'être l'un des premiers médecins à introduire l'EPO dans le sport.

Mercredi, le tribunal de Ferrare a scindé le verdict en deux parties. Pour les faits postérieurs à 1995, le juge a considéré qu'il n'existait pas de preuves suffisantes pour condamner Francesco Conconi, les fichiers informatiques étant antérieurs à cette période. «Monsieur EPO» a donc été blanchi de l'accusation. En revanche, pour les soupçons liés aux documents recueillis dans son centre, le juge a constaté la prescription du délit. Il faudra désormais attendre la publication des motivations du verdict, dans trois mois, pour savoir si le magistrat de Ferrare a néanmoins considéré que les éléments à charge étaient suffisamment probants pour mériter une condamnation (quoique couverte par la prescription) pour «fraude sportive». Conconi n'a, en effet, pu être directement accusé de dopage, la loi italienne en la matière n'ayant été approuvée qu'en 2000.

(...) «Je n'ai pas le sentiment d'avoir perdu, a répliqué le procureur Pierguido Soprani. Pour la partie concernant les fichiers informatiques, c'est-à-dire jusqu'en 1995, les éléments de responsabilité ont été confirmés même à travers la sentence d'acquittement.» Regrettant que de précieux mois aient été perdus suite à une erreur de procédure du juge des enquêtes préliminaires, Soprani a commenté : «Un résultat a cependant été obtenu : la prise de conscience du dopage dans le sport, qui a permis l'approbation de la première véritable loi antidopage


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