L'actualité du dopage



En Italie, le procès d'une forme de "dopage d'Etat"

04/12/2002 - Le Monde - Salvatore Aloïse

Extraits

Le professeur Francesco Conconi, soupçonné d'avoir organisé avec des subventions publiques un système dont ont profité de nombreux champions, est jugé à Ferrare. La loi sur le dopage datant de 2000, l'universitaire n'est poursuivi que pour "fraude sportive".

Au moment des faits, le dopage n'était pas encore considéré comme un délit par la loi italienne. C'est en se basant sur cette considération que les défenseurs du professeur Francesco Conconi, accusé d'avoir fourni des produits dopants à de nombreux sportifs de haut niveau, ont demandé, à l'ouverture du procès, le 27 octobre 2002, l'acquittement de leur client, recteur de l'université de Ferrare et directeur du centre de préparation sportive par où sont passés des dizaines d'athlètes de toutes disciplines.

La réponse du tribunal de Ferrare, où il est jugé pour fraude sportive en compagnie de deux de ses collaborateurs, le médecin du sport Giovanni Grazzi et le biologiste Ilario Casoni, est attendue à la reprise du procès, jeudi 5 décembre.

Ce procès est l'aboutissement d'une vaste enquête sur le dopage au terme de laquelle le professeur et ses coaccusés ont failli se voir poursuivis pour "association criminelle" et "administration de médicaments dangereux pour les athlètes".

Le seul chef d'inculpation retenu par la justice a finalement été celui d'"actes frauduleux afin d'obtenir de meilleures prestations sportives et altérer ainsi les résultats".

(...)

L'universitaire est pourtant fortement soupçonné d'avoir favorisé la mise en place d'un dopage "scientifique" auprès d'athlètes dont il assurait le suivi médical. Le parquet a établi une longue liste des patients du professeur Conconi : on y trouve (...) les coureurs cyclistes Gianni Bugno, Evgueni Berzine, Ivan Gotti, Claudio Chiappucci, Marco Pantani et Stephen Roche.

Les enquêteurs ont constaté que le centre de préparation sportive de Ferrare, en Emilie-Romagne, censé combattre le dopage et soutenu financièrement, depuis son ouverture au début des années 1980, par le CONI, le Comité olympique italien, servait en fait de cadre à un système de dopage organisé. Le CONI reconnaît que les financements servaient à effectuer des analyses sanguines mais aussi des recherches sur les produits anabolisants. Recherches qui faisaient en réalité office d'alibi pour "préparer" les athlètes. Pour certains, l'Italie, comme l'Allemagne de l'Est en son temps, a donc pratiqué une forme de dopage d'Etat.

L'élément central de l'enquête est constitué par les données saisies sur l'ordinateur où se trouvaient stockés les résultats des tests sur le taux d'hématocrite des athlètes, indicateur de la prise d'EPO (Le Monde du 24 janvier 2000). Parmi ces résultats, les enquêteurs ont retrouvé ceux d'un amateur, âgé à l'époque des faits de 57 ans : le professeur Conconi lui-même. Car le "Docteur sang", comme on le surnomme désormais, a pratiqué - et pratique encore - le cyclisme. Il a admis publiquement avoir fait usage lui-même d'EPO, en affirmant que c'était pour jouer le rôle de cobaye dans le cadre de la mise au point d'un système de dépistage pour le compte du CONI.

(...) Lors de la montée du Stelvio, qu'il organisait chaque année, on le voyait ainsi pédaler à une moyenne de 18 km/h, malgré des pentes de 8 % à 10 %, sur les 28 kilomètres du parcours.

(...)

On a longtemps parlé du centre de Ferrare comme de la NASA du sport italien. En 1996, son ami Romano Prodi, avec lequel il faisait régulièrement du vélo, avait pensé à Francesco Conconi comme un possible sous-secrétaire d'Etat pour le sport dans le gouvernement qu'il s'apprêtait à former.

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