L'actualité du dopage



«Si j'ai fait du vélo sous pot belge, c'était juste pour suer»

29/05/2001 - Libération - Blandine Hennion

Extraits

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Parmi les prévenus, des jeunes coureurs amateurs, surtout consommateurs, des importateurs polonais et des intermédiaires chenus. Mais parmi les rares absents, Patrick Charron, à deux reprises condamné à deux ans de prison pour vente d'amphétamines, la première fois lors des Six Jours de Bercy en 1988 en compagnie de Bernard Sainz, le fameux docteur Mabuse. Son avocate excuse son absence en raison d'une hospitalisation pour mal de dos et demande la disjonction de son cas. L'avocat de la Fédération française de cyclisme (FFC), partie civile, ne l'entend pas de cette oreille. «C'est la cheville ouvrière de ce procès. Déjà, à Lille, le docteur Rijkaert était absent à l'audience Festina...», s'enflamme Me Paul Mauriac.

Pouvaient alors commencer les interrogatoires des autres prévenus. Sébastien Bordes, coureur de 2e catégorie du Cycle poitevin puis du club de Bressuire (Deux-Sèvres), avoue ainsi avoir consommé pour 65 000 francs de potion magique. «J'en prenais pour faire la fête en hiver, pas pendant les courses. D'ailleurs, je n'ai jamais été positif. Et je suis le contrôle longitudinal de la FFC. Si j'ai fait du vélo sous pot belge, c'était juste pour suer, quand j'en avais trop pris. J'étais rendu toxico», lâche le jeune homme de 27 ans, aujourd'hui à Montauban.

(...) Gregory Perez, un ami du Cycle poitevin, de niveau national, confie qu'il s'injectait du pot belge dans le ventre en course, en continuant de rouler, «plutôt dans le milieu de la compétition si on voulait jouer la gagne». Pierrick Guillereau, excellent amateur autour de 1995, s'insurge contre sa réputation de «chaudière». «Dans le vélo, quand on peut casser le moral du voisin..., lance cet adepte du pot belge festif. Je courais cent courses par an, c'est impossible sous pot belge qui vous cloue plutôt dans le canapé.»

Les cyclistes pro entrent aussi dans la danse. Au milieu des années 90, Jean-Christophe Currit a porté pendant deux ans et demi les couleurs de l'équipe Gan, de Roger Legeay, désormais directeur sportif de l'équipe Crédit Agricole. Il a goûté à son premier «pot» fin 1994. «Sans ça, l'entraînement était plus ennuyeux.» Il avoue une consommation de quarante flacons en quatre ans pour 60 000 francs. Mais se dit victime du système. «Chez Gan, on a parlé à Legeay de l'EPO, des Gewiss (équipe italienne, ndlr) qui marchaient du feu de Dieu. Il nous a dit de ne toucher à rien, qu'il y aurait un mort bientôt dans les autres équipes. Je lui ai répondu qu'on serait au chômage avant leur premier mort.» Reconverti dans la banque, il a la dent dure pour les instances sportives. «La FFC ne parlait pas de dopage. Je peux révéler aujourd'hui que j'ai été positif sur Paris-Bruxelles en 1994 aux amphét', une épreuve de Coupe du monde de fin de saison. La Fédé a dit à mon pote Pascal Hervé sur la Vuelta que je m'étais fait gauler. Mais elle a étouffé l'affaire. Pas pour ma gueule. Parce que Legeay renégociait à l'époque un contrat de trois ans avec Gan.».

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