Actualité du dopage



«La cession de pot belge est un trafic de stupéfiants»


24/04/2020 - liberation.fr - Blandine Hennion

Avec une diligence inhabituelle dans les prétoires, le tribunal correctionnel de Poitiers, présidé par Marie-Claude Gauthier-Bernard, rendra dès ce soir son jugement dans l'affaire du pot belge qui concerne depuis lundi 41 prévenus. (...) Hier après-midi, les avocats ont tenté de trouver des circonstances atténuantes pour leurs clients contre lesquels la substitute du procureur Myriam Denort avait requis des peines savamment graduées.

Les plus sévères (trois ans de prison, dont deux ans ferme) ont été requises à l'encontre des plus importants grossistes du dossier, les vétérans Claude Deschamps et Jacques Guillandou, chacun ayant revendu plus de 300 pots belges. Et les peines les plus indulgentes à l'encontre d'une dizaine d'anciens cyclistes, comme Christophe Le Roscouët ou Jean-Christophe Currit, usagers devenus toxicomanes. Même s'ils ont aussi «dépanné» un jour ou l'autre des copains en leur permettant de tremper leur seringue dans leur propre pot. Myriam Denort s'est bornée à réclamer à leur encontre un «avertissement sérieux», prison avec sursis et/ou amende, laissant l'appréciation du quantum au tribunal. (...)

«Cyclisme ordinaire»

Mal en a pris à Philippe Boyer, ancien vice-champion du monde sur piste, aujourd'hui gardien de la paix, de ne pas répondre à la convocation du tribunal : dix-huit mois de prison dont six ferme ont été requis à son encontre, avec inscription de la peine au volet 2 du casier judiciaire. On lui reproche la revente d'une centaine de pots à deux autres prévenus, dont un collègue, Jean-Marcel Brouzes, ancien cycliste reconverti dans la fédération handisport. (...)

«Nous sommes ici dans le monde du cyclisme ordinaire, de sa quotidienneté, avec un mélange d'amateurs et de professionnels, bien loin de la personnalisation de coureurs très connus comme dans l'affaire Festina jugée l'hiver dernier», a expliqué la substitute. Elle a aussi dénoncé un système fait d'années d'habitudes, un système où «ceux qui tirent la sonnette d'alarme sont mis au banc» (...).

Banalisation

En fait, la substitute voulait surtout répondre à la Fédération française de cyclisme, partie civile dans cette affaire, dont l'avocat, Me Paul Mauriac, ne lui semblait pas convaincant dans son rôle de victime. «Ce système ne vit que par ceux qui l'entretiennent. Et il y a, en la matière, du travail pour tout le monde», a conclu la représentante du parquet, dans un regard circulaire qui englobait la salle entière. Au procès Festina, la fédération ne s'était pas vu accorder le franc symbolique qu'elle demandait.

L'accusation a du mal à accepter que les cyclistes banalisent la prise d'amphétamines dont la dose mortelle peut tomber à 100 milligrammes, le quart du contenu d'une fiole. Et elle comprend encore moins qu'on la banalise en «dépannage», ainsi baptisée dans le jargon du vélo : «Les amphétamines sont classées stupéfiants depuis 1967 en droit français. Une cession, même gratuite, de pot belge constitue un délit, un trafic de stupéfiant sanctionné par une peine maximum de dix ans de prison et 50 millions de francs d'amende.»

A cet énoncé, un ange est passé au-dessus du banc des prévenus, surtout parmi les adeptes de pot belge festif hors saison. Des prévenus aux revenus modestes pour la plupart, quand ils ne sont pas au chômage depuis le début de l'instruction, il y a trois ans. «Mon client est un Bernard Blier sympathique», a soutenu Me Sillard, conseil de Jacques Guillandou, pour lequel il demande de limiter le montant de l'amende. «Il a déjà subi un contrôle fiscal sur la vente des pots et leur TVA ! Au total, 240 000 francs réglés au fisc.» Pour Me Oussedik, avocat de Brouzes, il faut «casser le système» du dopage. Et l'avocat de reprocher le peu de compassion de la FFC pour ses victimes, encore plus accros à la gloire entourant les exploits sportifs qu'au pot belge.

«Procès des dupés.»

Sa consoeur Marie Gadea pouvait enfoncer le clou de la responsabilité collective, évoquant les droits de télévision exorbitants pour les grandes épreuves cyclistes, dans ce «procès des dupés». Enfin, Me Jean Damy, défenseur de deux anciens coureurs, dont Jean-Christophe Currit, a pour sa part souligné le rôle du public, toujours aussi nombreux, malgré l'affaire Festina, sur les routes du Tour. «Astérix, après tout, fait un beau succès de librairie : ce petit costaud qui casse la gueule aux Romains avec sa potion magique...».


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Cette page a été mise en ligne le 24/04/2020