Actualité du dopage



Le dopage ordinaire en accusation !

02/06/2001 - L'Humanité - J.-E.D.

Extraits

Procès. Fin des débats à Poitiers, où 41 prévenus sont passés à la barre dans l'affaire dite du " pot belge ". Verdict plutôt clément. Mais la pédagogie fut édifiante.

Prenez une dose de caféine, mélangez avec un soupçon de morphine, des amphétamines, ajoutez de l'éphédrine, de l'aspirine, des corticoïdes, et voilà : prêt pour enfourcher la bicyclette. Dans certains cas, on peut additionner à ce cocktail dynamique de la cocaïne, de l'héroïne. Vous pouvez dire un grand " merci " au " pot belge ", mixture apocalyptique qui a valu toute la semaine à quarante et un ex-coureurs et trafiquants de comparaître devant le tribunal correctionnel de Poitiers. Dans ce procès exemplaire, aucune vedette du peloton. Rien de commun avec le déballage médiatico-dramatique du dossier Festina qui s'abattit sur Lille il y a quelques mois. Là, que des obscurs, des sans-grade, des anonymes de toujours et de jamais qui, dans leur cyclisme quotidien, acteurs du " dopage ordinaire ", en étaient réduits à se piquer pour avancer. Ou simplement exister. Sébastien Bordes par exemple, vingt-sept ans, coureur de 2e catégorie du Cycle poitevin puis du club de Bressuire (Deux-Sèvres), reconnaît avoir " consommé " pour 65 000 francs de potion magique. " J'en prenais pour faire la fête en hiver, pas pendant les courses, avoue-t-il. Je n'ai jamais été positif. Et je suis le contrôle longitudinal de la FFC. Si j'ai fait du vélo sous pot belge, c'était juste pour suer, quand j'en avais trop pris. J'étais rendu toxico... " Où s'arrête le dopage ? Ou commence la drogue ? La mécanique infernale est bien connue du " milieu " et conduit immanquablement à l'accoutumance. Parfois durant l'effort. Gregory Perez, ami du Cycle poitevin, évoluant au niveau national, confie lui qu'il s'injectait du pot belge dans le ventre... pendant les courses. " Ça se passait plutôt au milieu de la compétition, si on voulait jouer la gagne. "

Deux témoignages entendus au tribunal correctionnel de Poitiers. L'affaire, jugée avec le soucis précieux de la pédagogie, passa pourtant inaperçu au moment des faits. Juin 1998 : quelques jours avant que n'éclate le " cas " Festina, deux coureurs poitevins couverts de sueur et en pleine crise d'angoisse vont consulter leur médecin. Étonné, ce dernier veut en savoir plus et réclame des échantillons des produits qu'ils lui avouent s'être administrés. Analyse au centre de toxicologie du CHU de Poitiers. Verdict : pot belge. L'enquête de la gendarmerie qui suit débouche sur un trafic et des importations d'origines belge et polonaise. Mais, lors du procès, on touche aussi le sommet de la pyramide. Si en sport " l'exemple " doit venir d'en haut, on notera que pas moins de trois prévenus, cités pour consommation voire trafic d'amphétamines (donc de stupéfiants), sont d'anciens présidents de club cycliste. Albert Bigot, ex-militaire et ex-coureur, a dirigé le club de Bressuire (Deux-Sèvres). Au pot belge, il avoue avoir goûté " pour voir l'effet ". Il savait toutefois que deux de ses coureurs en prenaient, mais en acheta quand même à un certain Patrick Ossowski. " À mon avis, il était le facteur et c'était son père Christian qui vendait. " Bel équipage : le fameux Christian Ossowski, ancien grand coureur mis en examen, est décédé en cours d'instruction.

Entre tabou dont on ne parle pas dans les clubs et habitude entrée dans les moeurs (...), les prévenus qui défilent à la barre montrent chacun à leur manière la gangrène généralisée. Autre exemple qui en vaut des dizaines ? Celui d'Éric Broussart qui a dirigé, de 1989 à 1992, le club de Meudon (Hauts-de-Seine). Cet ancien cycliste amateur prenait déjà des corticoïdes dans les années quatre-vingt, " pour suivre " comme il dit. Puis il devint président de club à la suite d'une suspension pour dopage. " En 1988, raconte-t-il (...), on m'a déclaré positif simplement parce que je n'avais pas fini. " Il ne veut pas en rester là. Il revient dans le vélo et fonde son propre club. La ville de Meudon lui offre son premier budget avant que Patrick Charron, " un ancien grand coureur que j'appréciais malgré sa condamnation pour trafic d'amphétamines aux 6 jours de Bercy", lui présente un nouveau sponsor. Le fils du boxeur a alors " table ouverte " dans les différents restaurants d'Éric Broussart en banlieue parisienne. Il peut donc lui acheter 60 premiers pots belges en 1989, avant de se connecter à une filière polonaise. Suite de l'histoire : le président du club de Meudon revend à son tour ! Défense de l'intéressé : " Je n'en vendais qu'à des amis. Vous savez, les coureurs mendient toujours. Vous connaissez ce que sont les mafias dans les critériums ? "

Stoppons là l'énumération, pour s'attarder, une nouvelle fois, sur le monde des pros (...). Lorsque Jean-Christophe Currit vient s'exprimer, les souvenirs des Virenque, Hervé et autres Brochard resurgissent. Au milieu des années quatre-vingt-dix, Jean-Christophe a porté pendant deux ans et demi les couleurs de l'équipe Gan, de Roger Legeay (...). Il dit avoir pris son " premier pot belge fin 1994 " et avoue que " sans ça, l'entraînement était plus ennuyeux ". Il quantifie sa consommation : quarante flacons en quatre ans, 60 000 francs. " Chez Gan, poursuit-il, on a parlé à Legeay de l'EPO, des Gewiss qui marchaient à l'époque du feu de Dieu (...). La Fédération française de cyclisme, elle, ne parlait pas de dopage. Je peux révéler aujourd'hui que j'ai été positif sur Paris-Bruxelles en 1994, aux amphét', une épreuve de Coupe du monde de fin de saison. La fédé a dit à mon pote Pascal Hervé sur la Vuelta que je m'étais fait gauler. Mais elle a étouffé l'affaire. Pas pour ma gueule. Parce que Legeay renégociait à l'époque un contrat de trois ans avec Gan... " (...)

Après quatre jours un rien expéditifs et malgré un réquisitoire sévère, le tribunal a finalement rendu un jugement plutôt clément en n'infligeant pour l'essentiel que des peines de prison avec sursis et des amendes. Les deux peines de prison ferme (...) s'appliquent uniquement à un couple de Polonais, condamnés par contumace.


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Le post-scriptum de cyclisme-dopage.com

Les prévenus de l'affaire du Pot Belge et le verdict : liste complète en cliquant ici.



Cette page a été mise en ligne le 18/11/2006.