Actualité du dopage

Le mystérieux colis qui fait tanguer le navire Sky


- lemonde.fr - Clément Guillou

Il y eut une époque, pas si lointaine, où Dave Brailsford, grand manitou de l’équipe Sky, quadruple gagnante du Tour de France avec Bradley Wiggins en 2012 puis Chris Froome (2013, 2015 et 2016), pouvait regarder dans les yeux ses interlocuteurs abordant la question du dopage et répondre calmement : « Vous avez parfaitement raison de poser cette question, c’est votre droit. » Voire suggérer à la presse, comme il le fit un jour dans la petite salle de réception d’un hôtel d’Orange, de lui dire quoi faire pour prouver la probité de son équipe. « Aidez-moi ! », avait ainsi lancé le crâne chauve le plus célèbre du cyclisme mondial.

Est-ce vraiment le même homme qui, mardi 10 janvier, dans un hôtel de Majorque, n’a su se dépêtrer des questions des télévisions britanniques (...) ? Ces circonlocutions, hésitations, ballets de mains, clignements d’yeux répétés trahissaient le malaise d’un homme que l’aura, forgée en deux décennies au service du cyclisme britannique, ne préserve plus des questions dérangeantes de la presse nationale. Reconnaissons-lui cette circonstance atténuante : quand il n’y a pas de bonne réponse possible, l’exercice de l’interview est toujours plus difficile.

(...)

Après l’affaire des inexplicables – et mal expliquées – autorisations à usage thérapeutique dont a bénéficié Bradley Wiggins au sommet de sa carrière chez Sky, l’armada britannique se débat désormais avec les doutes entourant une livraison à destination du même Wiggins, à l’issue d’une course préparatoire au Tour de France 2012. Dresser la liste des mensonges et des omissions de Dave Brailsford à propos du contenu de ce petit paquet serait fastidieux.

Il a fallu deux mois et demi, l’ouverture d’une enquête par l’Agence antidopage britannique (UKAD) et l’audition par une commission parlementaire pour qu’il donne une réponse. Devant les parlementaires, Dave Brailsford a affirmé que le colis contenait du Fluimucil, un décongestionnant autorisé, disant tenir cette information de l’ancien médecin de l’équipe Richard Freeman. Sky n’a pu fournir aucun document confirmant ses dires. Et personne n’a de réponse rationnelle aux questions suivantes :

  • pourquoi un employé de la Fédération britannique de cyclisme, qui n’est pas liée officiellement à l’équipe Sky, s’est-il chargé de la livraison ?
  • pourquoi un aller-retour au coût approchant 600 livres entre Manchester et La Toussuire (Savoie) a-t-il été nécessaire pour livrer un médicament disponible en France, sans ordonnance, pour environ 8 euros ?
  • pourquoi la Sky a-t-elle attendu quatre jours, délai nécessaire à la récupération du colis et à sa livraison en main propre, pour soigner les encombrements de Bradley Wiggins – par ailleurs vainqueur de ce Critérium du Dauphiné –, plutôt que d’acheter un médicament sur place ?
  • pourquoi le livreur, Simon Cope, ami de Bradley Wiggins, ne s’est jamais demandé ce que contenait le colis qu’il a trimballé durant quatre jours ?
  • pourquoi Dave Brailsford, apparemment soucieux du moindre détail, ne sait-il pas ce qui est administré à son coureur vedette à trois semaines du Tour de France, en sa présence ?
  • pourquoi Dave Brailsford a-t-il tout tenté pour empêcher la publication de l’article original du Daily Mail, y compris donner des informations au journaliste en échange de son silence, si le colis ne contenait qu’un simple décongestionnant ?
  • si vraiment il s’agit de Fluimucil, a-t-il été administré en inhalation, pour soigner un rhume, ou en perfusion, pratique interdite depuis 2011 mais utilisé auparavant pour favoriser la récupération des coureurs ?

Les deux principaux intéressés, Richard Freeman et Bradley Wiggins, restent murés dans le silence ; Wiggins n’en sortant que pour officialiser sa retraite entre le pudding de Noël et les crackers de la Saint-Sylvestre, annoncer sa participation à une émission de télé-réalité et provoquer ses détracteurs sur Instagram. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne doivent, eux aussi, répondre aux questions des parlementaires britanniques.

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Cet article a été mis en ligne le 12/11/2018