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Avant Madonna di Campiglio, Pantani passait à travers l’orage


25/04/2019 - Giro - Pierre Carrey

(...) Le contrôle hématocrite de Madonna di Campiglio pourrait résulter d’une erreur accidentelle. Qu’il s’agisse d’un protocole bâclé de la part des intervenants de l’UCI (comme le suggère le juge chargé de statuer sur une possible fraude sportive de Pantani et qui lui a accordé le bénéfice du doute), ou bien d’un manque de précaution de Mercatone Uno pour déjouer ce contrôle. L’équipe savait depuis la veille, par des indiscrétions, qu’elle devrait se soumettre à cette obligation médicale. Comme le révèle le journaliste britannique Matt Rendell, le maillot rose avait mesuré son taux de globules rouges huit fois la veille au soir, grâce à une centrifugeuse. Cette machine était-elle déréglée ? Le soigneur et le docteur à son chevet n’ont-ils pas assez dosé les perfusions qui permettent de diluer le sang et passer à travers les contrôles, procédé très classique en ce temps-là ?

Pantani, lui, semblait penser qu’il y avait eu un coup délibéré. En faisant chauffer son échantillon de sang pour en fausser les résultats ou en inversant les flacons de deux coureurs. Qui, dans ce cas, aurait ourdi le complot ? Et pour quelles fins ? Deux thèses romanesques surgissent de l’obscurité. Celle de Manuela Ronchi, la manager, pour qui Pantani a été puni par le clan Agnelli, et pour au moins deux raisons. Les riches Turinois n’auraient pas apprécié que le champion porte plainte contre la municipalité du Piémont, « leur » ville, suite à son accident de 1995 dans Milan-Turin ; et par ailleurs, en tant que propriétaire de Fiat, la famille se serait vengée de cet athlète lié à Citroën... L’autre scénario de la conspiration implique la mafia napolitaine, qui aurait cherché à favoriser d’autres coureurs du Giro dans les jeux de paris. Un repenti n’en démord pas : c’est la Camorra qui a mis à prix la tête du champion chauve...

Étonnamment, la question n’est jamais posée en sens inverse sur les complicités du milieu, à savoir : pourquoi le plus grand grimpeur de son époque n’était-il pas tombé plus tôt ? La loterie du contrôle hématocrite se joue à un cheveu, dans des fluctuations sanguines que les étapes d’altitude viennent altérer. À dévider la pelote de ses succès, dans la période glorieuse de sa vie, il apparaît que Marco Pantani a eu beaucoup de chance. Le 26 mai 1999, dix jours avant la prise de sang fatale, le « Pirate » s’était présenté hors délais à un rendez-vous du même genre, au départ de l’étape de Cesenatico. Plusieurs témoins ont rapporté à Philippe Brunel que le grimpeur avait dormi à sa villa plutôt qu’à l’hôtel de son équipe. En tout état de cause, ce non-respect des horaires aurait dû entraîner une sanction. Au précédent Tour d’Italie, le 6 juin 1998, Pantani s’était senti en danger à quelques heures du dernier contre-la-montre de Lugano, où il s’était préparé à une performance d’anthologie au milieu des rouleurs. Le maillot rose se révèle très nerveux en attendant qu’on lui pique sa veine. « Un exercice qui fait toujours peur », confie-t-il à L’Équipe qui, en cette période d’avant l’affaire Festina, ne relève pas outre-mesure cet état de nervosité. Son équipier Riccardo Forconi trébuche ce jour-là avec un hématocrite à plus de 50 %. Alors qu’il connaissait lui aussi le protocole pour faire baisser les taux. Avait-il perdu au jeu ou s’était-il laissé accuser à la place de son leader, dans un croisement de flacons ? L’hypothèse se fait jour dans le milieu. Encore plus loin, dans le Giro 1997, le grimpeur romagnol avait échappé aux suspicions lorsque son accident en descente l’avait conduit à l’hôpital de Cava de’ Tirreni, près de Salerne, pour une blessure à la jambe : son dossier médical contenant ses analyses sanguines s’était volatilisé entre deux couloirs, comme le lui reprochera un juge ultérieurement. Vraisemblablement pour ne pas divulguer les variations folles de son hématocrite, comme en 1995 à Milan-Turin, où des médecins de l’hôpital s’étaient affolés d’un pic à 60,1 %. Pantani, pour l’instant, passait à travers l’orage.


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Cette page a été mise en ligne le 25/02/2020