Actualité du dopage



Pantani s'échappe du prétoire

03/10/2003 - Libération - Eric JOZSEF

Extraits

Le «Pirate» a été innocenté. Alors que le procureur avait réclamé six mois de réclusion et 500 euros d'amende à l'encontre de Marco Pantani, le tribunal de Tione (...) a acquitté hier le coureur cycliste (...). L'ancien vainqueur du Tour de France et du Giro était soupçonné de dopage à l'EPO après avoir été contrôlé avec un hématocrite supérieur à 50 % (limite fixée par l'Union cycliste internationale) à Madonna di Campiglio, lors de l'avant-dernière étape du Tour d'Italie 1999. En tête du classement, le grimpeur transalpin avait alors été exclu de l'épreuve.

(...) Hier, le tribunal de Trente ne s'est pas véritablement prononcé sur le fond. L'adoption par le Parlement italien d'une loi sur le dopage étant postérieure au scandale de Madonna di Campiglio, Pantani était juridiquement accusé sur la base d'une norme datant de 1989 pour «corruption et fraude sportive». Le juge a estimé que «les faits reprochés à Marco Pantani ne sont pas considérés comme un délit» par cette loi de 1989. Déjà en 2001, Pantani avait été acquitté pour les mêmes motifs par la cour d'appel de Bologne après avoir été condamné en première instance à trois mois de prison pour un taux d'hématocrite hors normes lors de la classique Milan-Turin, en 1995.

Au cours du procès à Tione, ses avocats ont plaidé l'erreur dans les contrôles effectués en arguant que l'hématocrite élevé pouvait résulter de conditions particulières, telle la déshydratation du champion. Ce que les experts présentés par le procureur ont catégoriquement démenti : «Il y a 999 999 chances sur un million pour que l'hématocrite élevé de Pantani soit lié à l'absorption d'EPO», a en substance indiqué (...) le professeur Giovanni Mellioli. Les dirigeants de la Mercatone Uno se sont, pour leur part, défendus en assurant ne pas avoir été informés des prélèvements et contrôles sanguins effectués par les médecins de l'équipe.

Une fois acquitté, Marco Pantani n'a pas commenté le verdict. Il y a dix jours, il avait toutefois indiqué d'un air désabusé : «Désormais, l'histoire a déjà été écrite. (...) Cela fait déjà quatre ans que je lutte contre les procès et les accusations. C'est pourquoi, arrivé à une certaine phase de ma vie, j'ai décidé de me foutre de tout (...).» Car, à 33 ans, le «Pirate» est hors du circuit. «Oubliez le Pantani athlète, confiait-il fin septembre au quotidien La Voce di Romagna. Je garde le vélo à côté de moi, mais je pense à tout sauf au cyclisme. J'ai grossi de quinze kilos et j'ai l'impression d'être comme un taurillon. (...) J'ai perdu toute motivation depuis longtemps et j'en ai marre du monde du cyclisme. Même s'il me manquera. Mais moi aussi je lui manquerai.»

(...) Il y a quelques mois, Pantani avait tenté un ultime retour en grâce. Sur les bords des routes du Tour d'Italie, les tifosi, nostalgiques des entreprises surhumaines du petit Romagnol, avaient voulu s'aveugler. Remonté en selle, après un séjour en chirurgie esthétique pour refaire son nez et recoller ses oreilles, Pantani promettait de faire de nouveau parler la poudre dès que la pente deviendrait plus forte. Au bout de cinq étapes, il était onzième au classement (...). Pantani rêvait même d'être à nouveau admis au Tour de France : «Permettez-moi de défier Armstrong», lançait-il (...).

Mais, moins d'un mois après la fin du Giro, Pantani était hospitalisé à Padoue dans une clinique pour dépressifs, alcooliques, toxicomanes et autres victimes de troubles de la personnalité. Par le passé déjà, ses accidents de voiture à répétition avaient alimenté les rumeurs quant à son état psychologique fragile et l'éventuelle absorption de médicaments. (...) Depuis, s'il est sorti, nul n'a eu vent des raisons de son hospitalisation. Ni des traitements auxquels le coureur a été soumis.

(...) S'il a été acquitté, Pantani reste mis en examen dans le cadre du blitz des carabiniers effectué à San Remo, en 2001. Cette fois, on lui reproche l'utilisation de produits interdits, tombant ainsi sous le coup de la loi antidopage adoptée en novembre 2000 et qui prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement.

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