Actualité du dopage

Fabien Taillefer: « Si je n'avais pas été arrêté, j'aurais peut-être continué à me doper »


10/10/2012 - ouestfrance.fr - Vincent COTÉ.


Suspendu pour [ses] aveux de dopage lors de saisons 2009-2010, Fabien Taillefer est redevenu coureur. L'USSA Pavilly-Barentin a accepté de le reprendre. À 23 ans le Caennais veut tourner la page du dopage, il a tout avoué aux gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp) avec lequel il a collaboré. Ses deux ans de suspension ont été ramenés à quinze mois. Le prometteur junior, n°1 français en 2007, grand espoir par la suite, veut croire dans la deuxième chance qui lui est offerte. Le Caennais a gagné en maturité et espère maintenant reprendre sa place dans le peloton amateurs comme un coureur digne.

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« Quand Romain Chan Tsin et Stéphane Belot ont été arrêtés, à l'automne 2010, j'avais déjà arrêté mes bêtises. Mon père était aussi dans l'histoire. Je me suis dit, s'ils ne m'ont pas attrapé, j'ai peut-être une chance. J'ai fait tout l'hiver sainement, ça faisait deux ans que j'étais perdu, où je me disais, je ne peux plus être le meilleur sans bricoler un peu. Quand je suis arrivé à la première course, en 2011, aux Plages vendéennes, j'étais le meilleur, même devant Samuel Plouhinec, sans avoir rien pris. J'avais prévenu mes directeurs sportifs, mes amis : si on vient me chercher, je dirais tout. J'ai été sur écoute pendant un an, mais je n'ai pas été arrêté quand je me dopais, mais après. »

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« J'ai joué franc-jeu avec les enquêteurs, j'ai tout dit (...). J'habitais à Vannes à l'époque, ils sont venus et j'ai tout déballé. C'est parce que j'ai collaboré avec la justice que ma suspension de deux ans a été ramenée 15 mois. Je suis suspendu pour manquement à l'honneur et à la probité, et en raison de mes aveux qui ont dégradé l'image de la FFC. J'ai été convoqué pour des confrontations chez le juge. »

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« Quand j'étais junior et espoir 1, j'étais celui dont on parlait le plus, j'avais d'excellents résultats sans dopage. Quand je suis arrivé chez les pros, en 2009, je n'avais pas encore 20 ans, je me suis fait opérer deux fois. On était douze dans l'équipe, dix se dopaient. Aux corticoïdes. Le staff le savait, mais ce n'est pas pour cela que nous avons arrêté. Moi, ça a commencé comme ça, en injections de corticoïdes. On se présentait avec une ordonnance et ça passait.

Après je suis parti chez Véranda Rideau, il y avait un manque de résultats dans l'équipe, Plouhinec était absent et j'ai commencé à prendre de l'EPO. J'ai gagné mes deux étapes du Tour de la Manche 2010 avec ça. J'étais le plus fort, j'aurais pu gagner les six étapes. Mais je ne savais plus courir, je n'avais plus de repères, je ne souffrais plus.

Si tu prends de l'EPO sans t'entraîner, en amateurs, tu voltiges, mais tu ne sais pas forcément faire les bons choix. J'ai pris l'EPO Cera, la Cera, cette version d'EPO, n'était pas détectée. »

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« Avec l'aide de certaines personnes, j'en suis arrivé à me doper. J'ai négligé les choses les plus importantes pour un coureur, à savoir l'entraînement, la nutrition et le sommeil. J'ai remplacé tout cela par le dopage. Quand tu es chambre avec des mecs qui en prennent et qui te conseillent, tu peux tomber dans le panneau, c'est ce qui s'est passé à Roubaix. Je n'y connaissais rien. La preuve, aux championnats de France professionnels en 2009, j'avais pris des corticos le vendredi soir, on a eu une prise de sang le samedi matin. Je devais participer au championnat d'Europe espoir en Belgique la semaine suivante, mais le sélectionneur m'a dit que je ne pouvais pas courir car mon taux de cortisol était effondré. »

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« Tout a commencé là. J'ai pris une claque, je n'étais pas bien, je me trouvais gros et j'aurais fait n'importe quoi pour faire comme les autres. Je manquais de confiance. Je me suis mis à fréquenter des copains qui me proposaient des produits. Je voulais maigrir.

Dès qu'il faisait chaud, j'étais mal, je souffrais de maux de tête. Et toujours aujourd'hui. Ces produits sont une belle cochonnerie. Quand on prend ça, on n'a pas envie de faire des 200 bornes tous les jours à l'entraînement. On devient fainéant. On se dit, je suis plus fort, je n'ai pas besoin de m'entraîner.»

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« Je m'entends bien avec mon père. On n'a pas le même état d'esprit. La première fois que je me suis dopé, je ne l'ai pas dit à mon père. Tout le monde pense qu'il y a un trafic organisé, mais lui ne m'a jamais rien donné, ni vendu. Je suis son fils et il ne voulait pas me dire ce qu'il faisait. Je l'ai appris tout ça. Mais lui a toujours voulu m'en préserver. Il me mentait pour me couvrir. À son époque, beaucoup de produits étaient indétectables et ils le faisaient tous : les amphétamines, les corticoïdes. Mes parents sont divorcés depuis longtemps, moi je vivais avec ma mère, mon père je ne le voyais pas beaucoup. Ce n'est pas lui qui m'a poussé à faire du vélo. Je lui demandais de ne pas venir me voir, car j'avais l'impression qu'il me portait malheur... Maintenant, on ne pas parle pas beaucoup de vélo. Il veut que je reprenne, pour que je montre à tout le monde qu'on peut y arriver sans dopage, et, entre guillemets, laver notre nom de famille, même si je sais que ça ne partira jamais... »

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« Mon image aujourd'hui, c'est 50-50. Je vois des directeurs sportifs chez les pros qui me disent : si tu montres tes prises de sang, qu'elles sont propres et que tu gagnes quinze courses en amateurs on te prend. J'en vois d'autres qui ne me disent plus bonjour. J'espère prouver ma bonne foi. Certains ne veulent pas écouter mon discours. Je ne suis pas Riccardo Ricco. Jackie Tiphaigne, dirigeant à l'USSAPB, à accepter de m'écouter. Je lui ai dit que je voulais me relancer et surtout aider. Je veux parler, témoigner mon expérience, dans les clubs, au comité de Normandie, partout s'il le faut, devant tout le monde.»

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« J’ai été suspendu du 1er avril 2011 au 30 juin 2012. J’ai repris une licence à Sainte-Austreberthe, à l’USSAPB, je l’ai payée. Et j’ai envie de conseiller les jeunes, notamment Alexis Gougeard qui est un grand talent. Je veux dire aux jeunes les nuits que j’ai passées, des trucs de psychopathe, où tu crois que tu es suivi. Les corticoïdes te rendent insomniaques. Ça rend fou, ça bloque les glandes surrénales. (...) »

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« Quand j’ai été placé en garde à vue, je leur ai dit : vous libérez mon petit frère et ma copine et moi je vais tout vous dire, vous n’aurez aucune question à me poser. Je ne voulais pas attendre d’avoir ce qu’ils savaient déjà, j’ai dit ma vérité. Les gendarmes ont fait leur métier. Tant mieux. Si je n’avais pas été arrêté, j’aurais peut-être continué mes conneries. Aujourd’hui, tout ça c’est derrière moi. Ils m’appellent toutes les semaines, je n’ai plus rien à dire, j’ai tout dit. Ils ont plein d’infos, mais ils arrêtent personne. Arrêter le dopage, ce n’est pas des salades, le dire à la justice c’est une étape et en parler à la presse c’est obligatoire. Moi je n’ai jamais rien vendu à personne, ça, ça m’a déplu. Il n’y avait rien d’organisé. Sur les 25 personnes sous contrôle judiciaire, j’en connais 6. Je n’ai rien trafiqué. Moi je ne suis plus sous contrôle judiciaire. Je n’ai plus de confrontation, je n’ai été que consommateur. Je suis pressé qu’on passe en jugement. J’espère que tout sera vite réglé, que la saison prochaine je pourrai uniquement penser au vélo. J’ai déjà eu 2 000 € d’amende et une suspension de 15 mois. C’est bizarre à dire, mais je me considère comme une propre victime de moi-même. J’ai causé de mal à personne, je n’ai rien vendu à personne. Aujourd’hui, je me sens mieux d’avoir tout avoué. Je dors mieux. Je ne dois rien à personne. Je veux redevenir coureur en ne faisant que ça à 100 %. »


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Cette page a été mise en ligne le 10/10/2012