L'actualité du dopage



Affaire Sainz - Des soupçons à défaut de preuve scientifique

10/07/2000 - AFP


Un an après le déclenchement d'une affaire de dopage présumée dans le milieu cycliste, dans laquelle Bernard Sainz dit "Dr Mabuse" est mis en examen, les enquêteurs peinent à trouver des preuves scientifiques pour étayer leurs soupçons.
Les experts n'ont ainsi pas pu déterminer l'origine, humaine ou animale, de l'ADN prélevé sur des seringues appartenant à Bernard Sainz, ne disposant pas de suffisamment de matériel ADN, a-t-on appris lundi de source judiciaire.
Des traces de corticoïdes et de testostérone avaient été décelées dans un lot de dix seringues usagées appartenant à Bernard Sainz lors d'une perquisition dans ses bureaux en mai 1999, juste avant le Tour de France.
Eleveur de chevaux, connu dans le milieu cycliste depuis 30 ans, Bernard Sainz a été mis en examen en mai 1999 pour "infraction à la législation sur les substances vénéneuses et à la législation sur les produits dopants" ainsi que pour "exercice illégal de la médecine".
Pour la justice, ces seringues pourraient avoir été utilisées par des coureurs. M. Sainz a toujours affirmé que les seringues contenant de la corticoïde étaient destinées à ses chevaux et provenaient de son haras de Normandie.
Les corticoïdes permettent aux sportifs qui les utilisent aux fins de dopage d'atténuer la douleur et de la supporter plus longtemps.
Quant aux seringues contenant de la testostérone, Bernard Sainz a assuré en faire un usage personnel, pour accroître ses performances sexuelles.

Produits masquants

Autre revers pour les enquêteurs, un précédent rapport d'experts avait indiqué que des fioles saisies dans le bureau occupé par M. Sainz au cabinet de l'avocat Bertrand Lavelot ne contenaient pas de substances dopantes.
Avocat spécialisé dans la défense des cyclistes professionnels devant leurs instances disciplinaires, Me Lavelot est poursuivi pour "infraction à la législation sur les substances vénéneuses et à la législation sur les produits dopants". Tout comme Bernard Sainz, il avait brièvement été écroué l'été 1999.
Les analyses ont établi que ces flacons de couleur marron étaient remplis d'un mélange contenant de la caféine, des extraits végétaux et de l'alcool.
La juge d'instruction parisienne Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui a succédé il y a quelques mois à Michèle Colin, a demandé que des expertises soient faites sur ces fioles pour déterminer si elles contiennent ou non des produits masquants, qui rendent les contrôles antidopage inopérants.

L'usage de produits masquants est puni par la loi.

En outre, les analyses effectuées sur plusieurs coureurs n'ont pas été concluantes. Ainsi, les analyses de sang de Richard Virenque ont montré la présence de cortisone et caféine. Mais les experts n'ont pas pu déterminer si cette cortisone était endogène, fabriquée par le corps humain, ou exogène.
A ce jour, seuls trois coureurs - Yvon Ledanois (Française des Jeux), Philippe Gaumont (Cofidis) et l'ancien coureur professionnel Pascal Peyramaure- sont poursuivis dans ce dossier. Ils ont été mis en examen pour "usage de produits stupéfiants et de substances dopantes".

 

Le portrait de Bernard Sainz
2004 : Philippe Gaumont à nouveau impliqué dans une affaire de dopage